La parcimonie de l'importance
''"Comment ça a commencé ? Comme ça je suppose : moi, seule dans la cuisine, le nez collé à la fenêtre où il n'y a rien. Rien. Pas besoin de préciser."''
Ainsi commence "A l'abri de rien", le dernier roman d'Olivier Adam.
Marie. Une femme au nez "collé". Des ''"existences imperceptibles et fondues"''. Des ''"millions de maisons identiques aux murs crépis de pâle, de beige, de rose, millions de volets peints s'écaillant, de portes de garage mal ajustées, de jardinets cachés derrière, balançoires barbecues pensées géraniums, millions de téléviseurs allumés dans des salons Conforama."''.
Comme dans ses précédents romans ("Je vais bien ne t'en fais pas", "Passe l'hiver","Falaise"...), le jeune auteur a la phrase précise. Il manie les attributs de la langue française avec la parcimonie de l'importance.

Marie, elle, n'a plus beaucoup de virgules dans sa vie. Plus vraiment rien d'import non plus. Mariée, deux enfants, une sœur, Carla, morte accidentée. Paumée, désoeuvrée un peu, abandonnée.
Son univers, celui où elle est née, c'est Calais. Ce sera aussi le propos : un centre (Sangatte ?), qui a fermé ses portes, et des réfugiés qui errent avant passer la frontière. Du moins le tenter. Des réfugiés qui ont sautés aux yeux de l'auteur, lors d'un séjour "nordique".
Et qui entreront dans la vie de Marie, un soir de tempête, sur une route...

Jallal, Bechir, Drago...

Les Kosovars ''"Tout le monde les appelait les Kosovars, mais c'étaient surtout des Iraniens, des Afghans, des Pakistanais, des Soudanais, des Kurdes..."'' (Besoin de précision, virgules). Besoin(s) d'aide(s). Marie va s'occuper d'eux. Vont alors se croiser les destins de cette humaniste, prête à tout pour aider Jallal, Bechir et autres Drago. Faire ''"le tri dans ses vieux trucs"'', passer du temps ''"à chouchouter ces putains de Kosovars au lieu de s'occuper de sa famille"'' quitte à ramener des poux chez elle (dixit la voisine). Vider son compte en banque pour qu'enfin ils puissent "passer". Danser, chanter avec eux et s'endormir dans leurs cris.

Publicité
Laisser dériver... Dans cette folie, laisser dériver son corps, sa famille. Ce mari qui ne comprend plus sa femme et cet enfant qui réclame le soir en pleurant cette maman qui ''"se fait baiser par les Kosovars"''... Entre deux lignes de dense écriture, frôlant parfois le mélo, l'allusion est faite au Ministre de l'intérieur de l'époque qui ferma Sangatte en 2002... Encore un indice ? Si si, c'est lui... A l'abri de rien ?
Publicité

Plus d'infos !"A l'abri de rien", d'Olivier Adam 18 euros

Le site des éditions de l'olivier