Marcello crève l'écran
Les clichés noir et blanc de Toni Nicolini, qu'il a présenté au vernissage de l'exposition "Balli di Società", décrivent la bourgeoisie milanaise des années soixante. D'un côté "les branchés", qui se retrouvent au Centro Fly, un magasin de cuisines gigantesque et ultra-moderne au cœur de Milan. De l'autre, "les classiques", au bal de fin d'année de Mortara, une petite ville de la banlieue de Milan. Et voilà l'Italie des sixties selon Toni, à une époque où elle vit sa métamorphose sociale et économique...

La première soirée est celle du nouvel an du 31 janvier 1966. La fête est organisée par l'architecte Gae Aulenti et le Comité des Femmes. Dans un cadre très design, les escalators relient les salles blanches, les meubles et canapés ont été conçus spécialement pour l'occasion. Les grands miroirs du plafond reflètent les invités vêtus à la dernière mode. Les femmes portent des robes aux formes et aux imprimés géométriques noirs et blancs. Le style "optical" fait alors fureur dans l'autre capitale de la mode.

C'est l'ère Morante et Moravia en littérature, Capelli, Gaetano Pece, Pantone, Bertone, Zanussi en design, Pasolini, Fellini, Comencini, Antiononi, Ettore Scola au cinéma, Pinin Farina signe les Lamborghini, la Fiat 500 est la reine des chaussées et "Marcello" crève l'écran et les coeurs...
L'orchestre de Giorgio Gaber tente de réchauffer l'ambiance, mais si tout le monde a l'air de passer un bon moment, il n'est pas sûr que le Comité des Femmes réussisse à marier leurs filles... En ce soir d'hiver, on discute, on s'assure d'être aussi "alla moda" que les autres, mais on ne danse pas beaucoup.
L'ambiance, renforcée par le côté moderne aseptisé du décor et l'aspect mathématique du style "optical", n'est pas des plus chaleureuses...

Réveillon au théâtre Onze mois et quarante-huit kilomètres plus tard, c'est la nuit du réveillon au théâtre de Mortara. L'épaisseur des rideaux, la profondeur des tapis et les dorures des glaces indiquent que le décor n'a pas changé depuis la fin du XVIIIème siècle.

Réveillon au théâtre

Qu'elle paraît loin l'ébullition créative du centre-ville milanais ! Ici, le smoking et les robes pastel aux larges décolletés font encore la loi. Les jeunes filles sont sagement assises entre leurs parents, ou dansent (sous le regard attentif de Papa) sur le rock déchaîné des I Nomadi. Et elles ne semblent pas être les seules à se laisser emporter par la musique, comme en témoigne le photographe qui joue avec les effets de flou, de mouvement dans ses clichés. En tout cas, malgré la neige de confettis qui saupoudre les convives, personne ne risque de prendre froid ce soir du Nouvel An... La dernière mode n'est peut-être pas encore arrivée dans cette petite ville lombarde, mais l'ambiance est là ! Les gens se tiennent par les épaules, se serrent dans les bras, rient aux éclats, se lancent dans une danse endiablée ou langoureuse, selon le partenaire choisi...

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Toni Nicolini, n'a jamais été exposé en France. Réputé dans son pays, il a notamment collaboré au prestigieux Touring Club. La toute récente galerie Chambres Avec Vues (ouverte en juin dernier), offre ici un regard inédit sur l'Italie d'il y a quarante ans. L'artiste s'amuse à dévoiler les multiples facettes de sa ville natale "avec ironie et poésie".

Exposition "Balli di società, Milano e provincia, 1966", jusqu'au 11 mars 2006. Galeries Chambres avec Vues. 56 bis, rue des Plantes, Paris, 14ème Le site de l'exposition