Du mariage et du jour de noces
La chair chrétienne retentit des publications de mariage ; levez les yeux ! - les murs de l'église et de la maison commune en sont couverts, les journaux eux-mêmes en garnissent leurs colonnes inutiles. - Cette file de voitures qui stationnent devant un de nos temples, à la porte d'une des mairies de nos 12 arrondissements : c'est pour ramener dans la salle du festin quelque noce bruyante. - Devant le maire et devant le prêtre, aux yeux du monde matériel et du monde religieux, un homme et une femme ont entraîné une longue suite de témoins de tout âge et de tout sexe ; et le prêtre avec l'étoile dorée, et le maire avec l'écharpe tricolore, au nom de Dieu et du Code, ont béni ou sanctionné une alliance indissoluble. Voilà pour l'union dite légitime, celle qui permet à une femme de dire sans rougir : tel jour, à telle heure, je recevrai un homme dans ma COUCHE de FEMME !!!...

L'union qui, contractée en face de la foule, se traîne lentement à travers une orgie de vins et de danses, jusqu'au lit nuptial, devenu le lit de la débauche et de la prostitution, et permet à l'imagination délirante des conviés de suivre, de pénétrer tous les détails, tous les accidents du drame lubrique joué sous le nom de jour de noces !
Si l'usage ou la loi qui traduit ainsi la jeune mariée, palpitante et craintive, aux regards audacieux de toute une assemblée nombreuse, qui la prostitue aux désirs effrénés, aux révoltantes railleries d'hommes échauffés, exaltés par les fumées d'une fête licencieuse ; si dis-je, cet usage, cette loi ne vous paraît pas une HORRIBLE EXPLOITATION ; si, en réfléchissant, vous n'avez jamais frémi de dégoût et d'indignation... je m'y perds... Les mots de dignité de la femme, d'affranchissement, d'émancipation de la femme, n'ont plus aucun sens pour moi, ne représentent plus aucune idée à mon esprit !!!

Comparez, analysez chaque fait, chaque circonstance, chaque accident, combinez, composez de mille manières chacun des êtres de l'humanité, chacune des portions de l'univers, chacun des fragments du grand tout, et toujours vous retomberez sur ces deux principes : esprit et matière.Un esprit qui conçoit, qui ordonne, une matière qui exécute, qui réalise. Voilà la seule raison possible et compréhensible de toute œuvre, car la conception serait éternellement inféconde sans l'exécution, et je ne saurais concevoir d'exécution possible sans une conception préalable.Et c'est dans l'entier équilibre, la parfaite harmonie de ces deux principes, également nécessaires, également coexistants de toute éternité, que nous devons chercher, que nous devons placer la loi future de notre bonheur, de notre avenir d'affranchissement et de satisfaction.

Dans l'entier équilibre...

Et c'est pour cela qu'aujourd'hui nous sentons, nous réclamons la réhabilitation de la chair flétrie, torturée, depuis tant de siècles sous la loi chrétienne qui consacrait la prédominance injuste d'un des principes sur l'autre !

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Et les temps sont venus où la chair doit être réhabilitée où la matière sera l'égale, non l'esclave de l'esprit, où un principe ne se développera plus au détriment de l'autre, mais où chacun réalisant son action, dans toute sa force, dans toute son énergie, dans toute sa sainteté, la vie reprendra son cours uniforme, majestueux, et complètera par toutes voies son œuvre féconde.

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