Un mouvement progressiste
Claire Démar, jeune femme de 32 ou 34 ans (sa date de naissance reste inconnue) est Saint-Simonienne. Tout un programme.
Le Comte de Saint-Simon, philosophe et économiste prévoit l'effondrement de l'Ancien régime et l'avènement de la société industrielle où s'harmoniseront spontanément les intérêts des chefs d'entreprises et des ouvriers. Dès sa mort en 1825, une école saint-simonienne se forme autour de Prosper Enfantin, Armand Bazard et Pierre Leroux. Ces disciples dépassent le maître et élaborent les premières théories du socialisme (collectivisation, planification...). Ils mettent en place une nouvelle société fondée sur la compétence et l'efficacité.
La richesse intellectuelle de cette nouvelle secte, au-delà de son folklore, va marquer l'histoire des idées.

Les femmes ont leur place
Dans ce mouvement progressiste, les femmes trouvent tout naturellement leur place.
En 1830, de nombreux journaux féminins voient le jour, La femme libre, La femme de l'avenir ou L'apostolat des femmes.
Les femmes récupèrent des moyens et des lieux d'expression égarés depuis la Révolution française. "''Nous sommes des jeunes filles du peuple sans autre science que celle de notre religion, sans autre ressource pécuniaire que le produit de nos travaux d'aiguille''", écrivent ces ouvrières. Claire Démar participe activement aux réunions de rédaction, écrit les articles les plus engagés et polémiques.

La femme-messie
En 1831, sous l'impulsion du déjanté, Prosper Enfantin, Père de la famille, les Saint-Simoniens prêchent l'avènement de la "femme-messie", appelée à doter l'humanité de la morale féminine qui lui fait défaut, et à devenir la Mère du mouvement.
Aussitôt, certains partent aux quatre coins de l'Egypte où la "femme-messie" aurait été repéré". D'autres traitent Enfantin de "monstre infernal".
La secte ne survivra pas au schisme...

Un texte capital...

Ma loi d'avenir C'est dans ce climat de crise que Claire Démar écrit un texte capital dans l'histoire de la libération de la femme, Ma loi d'avenir. L'originalité de cette saint-simonienne de la première heure est d'avoir dépassée l'idéologie féministe "utopique" de sa secte pour aborder les sujets concrets du mariage, de la paternité ou du plaisir de la chair, avec une rare audace.Elle résume elle-même ses principes de base : "''Période d'essai avant un éventuel mariage, plus de paternité, douteuse et impossible à démontrer, plus de propriété et d'héritage''". Impressionnant pour l'époque !

Le suicide de Claire En 1833, Claire Démar se suicide d'une balle dans la tête en compagnie de son amant Perret-des-Issarts, le jour même de la fin de la rédaction de son opuscule, Ma loi d'avenir. Elle n'a laissé aucune indication sur les raisons de son geste. Mais on peut supposer que les déchirements, les départs de ses frères et sœurs saint-simoniens ont affecté cette jeune femme. Son amant écrira lui : "''Quant aux hommes de ce qu'on nomme la famille de Paris (les Saint-simoniens), je n'ai foi en aucun''".

Humiliée par la société machiste De plus, à la sortie de sa précédente brochure Appel d'une femme au peuple pour l'affranchissement de la femme, Claire Démar avait été insultée, humiliée par la société machiste. Elle-même s'en inquiète dans Ma loi d'avenir : "''Faible femme, inquiète, alarmée, j'ai dû me mettre longtemps en balance, et l'orage prêt à rouler mon nom de femme dans les agitations du flot populaire, prêt à perdre à jamais dans la tempête de la publicité le repos de ma vie solitaire et ignorée''".

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Sur la table de la chambre de Claire Démar où l'on retrouve les deux corps étendus, Suzanne Voilquin, directrice de La Tribune des femmes découvre une lettre : "''Je désire que ce rouleau de papier, formé de deux cahiers, ayant pour titre Ma loi d'avenir soit remis à M. Vinçard, pour être lu à la famille Saint-Simonienne de Paris et ensuite déposé entre les mains du Père Enfantin''". - Claire Démar.

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Lire "Ma loi d'avenir", de Claire Démar