FemmesPlus : Pourquoi avoir choisi la ville de Chicago comme cadre de votre dernier livre ?
Alaa El Aswany : J'ai étudié plusieurs années à Chicago. Mon premier jour là-bas, j'ai vu des Noirs fouiller dans les poubelles pour chercher à manger. Je ne pouvais pas y croire : j'étais dans le pays le plus puissant du monde ! Et je découvrais le racisme, la pauvreté, la solitude... J'ai eu l'idée d'explorer ces facettes de l'Amérique méconnues en Egypte et dans le monde arabe.

Qu'est-ce que vos personnages recherchent aux Etats-Unis ?
Ce livre raconte le drame de l'émigration arabe et égyptienne.
Nous, les Egyptiens, n'avons jamais été un peuple de migrants. Nous sommes trop attachés à notre vallée du Nil. Cela fait seulement une vingtaine d'années que nous quittons notre pays. C'est toujours une déchirure et un terrible choc culturel.
Chaïma, un des personnages de mon roman, est une jeune femme qui a obtenu une bourse d'études. Elle n'a jamais quitté sa campagne, elle vient d'une société très fermée. Quand elle arrive à Chicago, c'est un choc énorme ! Toute l'éducation qu'elle a reçue est remise en question, elle découvre un autre rapport au corps, au sexe notamment.

La sexualité est un thème important de votre roman. L'on vous a même reproché d'en faire un peu trop...
Les relations sexuelles sont un langage, au même titre que la parole, les regards, les attitudes... On ne fait pas l'amour seulement pour le plaisir. Parfois c'est parce qu'on a peur, parce qu'on est désespéré, parce qu'on veut contrôler l'autre, le découvrir. Ou encore parce qu'on est écrasé par la pression de la vie. Ce sont des domaines littéraires que j'explore comme les autres.

L'Egypte est une dictature

Comment ''Chicago'' est-il perçu en Egypte ? Le roman a d'abord été publié en feuilleton, dans le plus grand journal indépendant d'Egypte. Dans ces cas-là, vous vous adressez à des gens qui ne sont pas habitués la littérature. Il y a eu quelques fanatiques qui criaient plus fort que les autres, mais dans l'ensemble les réactions ont été magnifiques. Et maintenant ça marche très fort : nous en sommes déjà à la neuvième édition en 9 mois, c'est incroyable car les Egyptiens lisent très peu d'habitude !

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''L'Immeuble Yacoubian'' a été traduit en 19 langues. Comment expliquez-vous ce succès si critique envers l'Egypte ? Il ne faut pas confondre l'Egypte et le régime égyptien, qui est une dictature. C'est elle qui est la source des problèmes de notre société. La corruption, l'hypocrisie, la torture : les Egyptiens vivent avec, mais ils en sont d'abord les victimes. Quand je parle de ces problèmes, je défends mon peuple, je ne critique pas l'Egypte. Alors, vous me demandez pourquoi un tel succès à l'étranger ? Dans mes livres, j'essaye d'atteindre des sentiments et des valeurs universels. Pour moi, ce qui touche les lecteurs étrangers se situe au-delà des maux de l'Egypte. C'est de voir mes personnages vivre, souffrir, se battre : on touche là des émotions universelles. C'est ce que je recherche avant tout.

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