Coup de cœur roman : "Une fille sans qualités", de Juli Zeh. Il était une fois Ada... Une petite fille pas gâtée par la vie : pas franchement belle, ni aimable, une famille pas facile, un contact difficile. Dans la cours du lycée d'Ernst-Bloch, on la craint. Et quand Ada rencontre Alev, commence un jeu démoniaque sans fin, contre leurs profs, les élèves, contre l'humanité...

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''"Elle parlait peu (...)''. ''Avec ses airs curieusement blasés, elle ne s'en sortait pas''. ''Elle n'avait rien de spécial, si ce n'est qu'elle n'était pas allée chez le coiffeur depuis des mois, ne se maquillait pas et portait des fringues qui auraient aussi bien convenu à une fillette de six ans qu'à un homme de vingt ; pourtant la classe se montrait méfiante à son égard, et même, par moments, hostile."'' Voilà toute l'histoire d'Ada, 14 ans. Petite Allemande "''divergente''", "sans qualités" nous dit le titre. Une enfant de la guerre du Golfe, bercée par les Balkans et le 11 septembre. Trimballée de lycée en lycée pour causes familiales... et renvois successifs. Catapultée à Ernst Bloch, à Bonn, un lycée pour paumés, cimetières de faux rebelles et "Princesses" peroxydées, compétitrices haut de gamme pour concours de beauté et de débilités.

Voilà ce que dirait Ada, si elle parlait. Car Ada ne se mêle pas. Elle qui a pour seules références Nietzsche et le nihilisme, qui engrange à elle seul tout le mal-être d'une société, et qui n'exprime aucune passion, préfère les écouter débiter leurs versions oniriques et simplistes de la vie, et se taire. A la récré, idem. Une roulée à la main, accoudée un mur, ''"Ada se tenait au même endroit, comme un objet qui n'appartient à personne."''

Et puis arrive Alev, 18 ans, débarqué en cours d'année. Séducteur, d'une intelligence et d'une beauté rare, il plait à tous. Aux profs et aux Princesses. A Ada aussi. Il va en jouer. Et tirer les fils de leurs jeux démoniaques comme il aurait pu lui tirer les cheveux... Subrepticement, il la conduira au massacre, dans une épopée sauvage et subversive, à la violence incommensurable. Profs et élèves, tous en seront victimes.

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Dans ce roman exigeant et fataliste, l'Allemande Juli Zeh, 33 ans, décrit un monde empreint de misère et de désarroi, largement inspiré de "L'homme sans qualités", le livre culte de Robert Musil. ''"L'invité le plus inquiétant se tient à notre porte"'', disait Nietzsche...

Plus d'infos !"La fille sans qualités", de Juli Zeh Aux éditions Actes Sud, 23,80 euros

En vente sur Amazon"L'homme sans qualités", de Robert Munsil (1931-42)