''"Chantal ? Il faudrait ouvrir maintenant, non ?"''
Ah, Fabrice Luchini ! On le connaissait impétueux et impatient sur les plateaux, les scènes et devant ses multiples publics. Le voici impatient et impétueux en coulisses, dans l'entrebâillement d'une porte du Théâtre Paris-Villette, pressant sa collaboratrice devant les quelques spectateurs arrivés en avance. 30 minutes avant le début de la représentation, il trépigne déjà...

Que les spectateurs rentrent donc, ce soir notre hôte va lire. Pas Céline ni Guitry, pas de Jouvet ni encore moins La Fontaine : pour cette "Carte blanche" Fabrice Luchini a choisi Paul Valéry et Roland Barthes ("Fragments du discours amoureux", notre livre de chevet à tous dans les années 1980 !) et Molière aussi (tiens, justement "Molière"...). Pour le reste, comme le titre l'indique, le comédien a l'autorisation spéciale de faire à peu près tout ce qu'il veut... et aussi n'importe quoi.

Qui aime son impétuosité sera donc servi. Fabrice Luchini, tout de noir vêtu, va, en cadence, alterner poésie, humour et anecdotes, à travers ses lectures. Mais de tête toujours, le livre semble ouvert pour la forme.

Entre lui et moi...

En conteur exceptionnel, Luchini narre. Il s'enflamme, se pause pour reprendre une phrase. Il articule, il gesticule, les yeux écarquillés, les mâchoires énervées. Et puis il s'arrête. Il fixe le public, et tout d'un coup, oups, il me désigne... Surtout soutenir son regard, surtout ne pas se laisser impressionner. Ouf, il repart sur une histoire...C'est le moment de la confidence, des verbes emportés. C'est aussi le temps de parler (un peu) politique, "bravitude" et art de la formule, et de François Hollande surtout. Dans la discussion, Luchini évoquera ses amis, ses entretiens avec Roland Barthes, son cardigan et son béret. Il parlera de Mireille Dumas un peu et de Roland aussi (aucun rapport, si ce n'est qu'ils sont tous deux venus voir le spectacle...). Luchini nous regarde du coup de l'œil, un rictus perce au coin de sa bouche... Le séducteur est rassuré, il voit qu'il nous a tous conquis.

Le maestro généreux, le fin séducteur, l'imparable conteur nous a tous emportés... Des plus érudits et ceux qui sont capables de le précéder lors de sa lecture de Salammbô, aux plus innocents et aux autres. Ceux qui ne se déplacent vraiment que pour le voir s'agiter et se déchaîner, ceux qui sont venus par hasard et les quelques uns qu'il reste à séduire, les enfants du premier rang et les plus grands à qui il faut tout réexpliquer, à commencer par qui est Roland Barthes.

Epuisé, il s'échappera enfin par la petite porte par laquelle il était entré, sa pile de livres à la main, presque deux heures plus tôt. Epuisée, je reste sous le charme...

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"Carte blanche à Fabrice Luchini", au Théâtre Paris-Villette (Paris 19ème) 19 heures. Durée indiquée du spectacle : 1 h 15 Tarif unique : 30 euros Renseignements et réservations : 01 42 02 02 68

Le site du Théâtre Paris-Villette

Molière, de Laurent Tirard, le 31 janvier 2007 au cinémaAvec Romain Duris, Edouard Baer, Fabrice Luchini, Ludivine Sagner...

Le site du filmRegardez la bande annonce sur FemmesPlus Vidéos !Vous aimez Fabrice Luchini ? Discutez-en sur nos forums !