Nourrie des Lumières...

Bourgeoise et autodidacte
Après l'austère parenthèse du Second Empire (1852-1870), le féminisme profite du déclin du règne de Napoléon III pour repartir au combat par l'intermédiaire de deux libres penseurs Léon Richer et de Maria Deraismes (1828-1894).
Bourgeoise et autodidacte, cette Parisienne se nourrit très tôt aussi bien des philosophes des Lumières que des philosophes allemands du XIXe siècle. Contrairement aux jeunes filles de son époque, Maria veut apprendre tout ce que les hommes savent déjà... Très naturellement, elle fréquente les milieux républicains et rédige ses premiers articles dans "Le Nain jaune" et dans "Le National". La lecture d'un livre particulièrement misogyne de Jules Barbey d'Aurevilly, "Les Bas-bleus" l'engage définitivement dans le combat féministe.

Haro sur "Les Bas-bleus"
"''Les femmes qui écrivent ne sont plus des femmes. Ce sont des hommes, du moins de prétention, et manqués ! Ce sont des Bas-bleus. Bas-bleu est masculin. Les Bas-bleus ont, plus ou moins, donné la démission de leur sexe''" peut-elle lire de l'auteur des "Diaboliques". Piquée au vif, Maria Deraismes réplique en publiant un pamphlet, "Femmes riches, Propos de courtisane". Sa carrière prend un nouveau virage avec sa rencontre avec le franc-maçon Léon Richer, surnommé "l'homme des femmes".

Rencontre avec Richer
En 1865, Richer propose à Maria de participer à une série de conférences sur l'émancipation de la femme dans la salle du Grand Orient de France. Cette proposition audacieuse la fait réfléchir : "''J'étais à mille lieues de penser que je parlerais un jour en public. Comment en aurais-je conçu le dessein ? Les femmes sont exclues du sacerdoce, de la politique, du barreau, de l'enseignement universitaire. Les accès de la chaire et de la tribune leur sont absolument interdits''". Malgré les a priori, le succès est foudroyant. La salle devenue trop petite et le droit de réunion étant interdit, surtout sur des sujets aussi subversifs, les conférences auront lieu désormais soit dans d'autres loges maçonniques, soit dans sa propriété des Mathurins, près de Pontoise. Ses qualités d'oratrice, reconnues même par la presse masculine, vont apporter à la cause féminine une audience populaire qu'elle n'avait jamais vraiment rencontrée jusqu'ici.

D'abord les droits civils !

La 1e Franc Maçonne En 1870, Maria devient la première présidente de "L'Association pour le droit des femmes" et fonde un journal "Le Droit des femmes". Découlement logique de son engagement auprès de Léon Richer, Maria est, en 1881, la première femme à intégrer une loge maçonnique, la loge des "Libres-penseurs du Pecq". Dès lors, la franc-maçonnerie féminine va essaimer. Des loges mixtes se créent un peu partout en France et les femmes (dont Louise Michel et Madeleine Pelletier) trouvent une tribune pour mener leurs combats.

Emancipation civile avant tout Les discours de Maria Deraismes sont avant tout pédagogiques et réformistes. L'émancipation politique ne sera, selon elle, qu'un prolongement naturel de l'émancipation civile. Commençons par apporter aux jeunes filles les aptitudes intellectuelles pour postuler aux mêmes emplois que les hommes. Donnons-leur une instruction équivalente aux garçons. Construisons une morale laïque loin de l'obscurantisme religieux. Cette politique des petits pas l'oppose aux suffragettes, dont la première d'entre elles en France, Hubertine Auclert, est partisane de solutions radicales pour obtenir le droit de vote des femmes. Maria, elle, hésite à s'engager sur le terrain politique par anticléricalisme, craignant l'influence de l'Eglise. "''Les femmes voteront comme les curés''" entendait-on. Au premier "Congrès international des femmes" en 1878, Léon Richer avait même interdit que le sujet du droit de vote soit abordé. Les batailles de Maria se situent au niveau de l'émancipation civile des femmes (droit à l'instruction, droit au divorce, recherche en paternité).

Publicité
Publicité
Les premières mesures ! Si les thèmes abordés n'apparaissent plus comme révolutionnaire, l'originalité de sa démarche fera que pour la première fois dans l'histoire, des mesures gouvernementales décisives seront prises en faveur des femmes. L'énorme popularité de ses conférences et l'influence de la franc-maçonnerie (la plupart des ministres de la IIIe République en font partie) vont valider la stratégie de Maria Deraismes et de Léon Richer.Ainsi, en 1879, le ministre de l'instruction publique, Jules Ferry, annonce qu'il faut enlever l'enseignement des filles à l'Eglise. Son successeur, Paul Bert rend obligatoire dans chaque département les écoles normales d'institutrices. En 1880, la loi Camille Sée institue un enseignement secondaire public féminin. Et enfin en 1884, la loi Naquet rétablit le divorce et certains métiers s'ouvrent aux femmes dont l'internat des hôpitaux.C'est le temps des premières victoires.

Lire le texte de Maria Desraimes

Publicité