A peine ressuscitée à l'écran par la formidable Sofia Coppola (Virgin suicide, Lost in Translation), voilà que Marie-Antoinette est à nouveau conspuée par ces Français. Conspuée, que dis-je, elle a été vilipendée, huée lors de sa projo presse à Cannes. Mais c'est qu'ils la porteraient à l'échafaud ces mécréants... Juste a remake, comme on dit là-bas (à Cannes'tival).
Bof, on s'en fiche de ce qu'ils pensent. Marie-Antoinette est ainsi faite que nul autre à part Sofia et nous peuvent la comprendre... Ah si, il y a Stefan aussi. Stefan Zweig.

Il fut le premier de ses nombreux biographes à (enfin) percevoir cette reine (é)perdue sous son vrai jour. Il s'est en effet uniquement intéressé à son étonnant et tragique destin en psychologue. Antonia Fraser, la digne épouse d'Harold Pinter, fera de même dans sa propre biographie éditée soixante-sept ans plus tard et dont Sofia Coppola va s'inspirer pour son movie... Sweig a délaissé les fastes, les intrigues, les caprices, les méandres de l'Histoire et de la Cour pour ne s'intéresser qu'à la vie de Marie-A.
Cela donne à peu près cela : "elle n'était ni la grande sainte du royalisme ni la grande grue de la Révolution, mais un être moyen, une femme en somme ordinaire".

Tiens donc une femme ordinaire. Mais qu'est-ce donc qu'une femme ordinaire sous la plume d'un auteur en vue à l'aube du 20e siècle ?... Sous sa plume toujours, Mrs C (24 heures de la vie d'une femme) avait eu sa vie bouleversée par une passion foudroyante, celle de Marie-A. sera elle justement bouleversée par l'absence de passion foudroyante... Toute reine qu'elle a été, elle n'a jamais maîtrisée sa vie, ni sa mort d'ailleurs.

Elle aura certes l'amour de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche. Mais cette femme est bien trop austère, et bien plus reine que mère (malgré seize enfants...).

Isolée et esseulée à la Cour

Marie-A. lui a été trop tôt arrachée, à l'âge de quatorze ans, pour sceller le rapprochement de la France et de l'Empire austro-hongrois, of course. Il y a eu aussi le comte Hans Axel de Fersen. Mais il était bien trop raisonnable. Enfin, l'on dit qu'il a été son amant... Il a au moins partagé sa confiance et son affection, ça c'est une certitude. En dehors de ces deux là, et de ses quatre enfants *, de son chaperon maternel, le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d'Autriche à Paris... Niente. Marie-A. n'a eu personne sur qui compter et se reposer. C'est peu, même pour une reine. Nous ne parlerons pas ici de ses quelques favoris (la princesse de Lamballe, le baron de Besenval, le duc de Coigny, la comtesse de Polignac)...

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Bref, voilà Marie-A., tout juste pubère, débarquant à la Cour royale de France. Elle sait à peine parler le français, et l'écrire encore moins. De toute façon, elle était d'ailleurs à peine éduquée, ni des lettres, ni des chiffres, ni de la vie non plus... L'ambiance à la Cour est explosive et pourrie jusqu'à la lie. Madame du Barry n'en fait qu'à sa tête, Louis XV est plus libertin que monarque...
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