L'obscurantisme des Lumières
Voici un monument de sexisme.
Certes, le propos n'est pas surprenant dans cette moitié du XIXe siècle. Le pouvoir masculin est sorti vainqueur de la Révolution française. Le Code napoléonien a réduit les femmes à d'éternelles mineures. Mais ce texte hallucinant de misogynie venant d'un penseur comme Pierre-Joseph Proudhon a de quoi décourager toutes les bonnes âmes du progrès de l'humanité.
Père de l'anarchisme, fondateur du système mutualiste, du syndicalisme ouvrier et du fédéralisme, inspirateur de Marx et Engels, Proudhon est considéré comme un précurseur de la pensée moderne dans cette France louis-philipparde en déclin.
En 1840, il publie son premier brûlot, Qu'est-ce que la propriété ? "''C'est le vol''" répond-il. Dès lors, sa réputation va grandissant dans les milieux aussi bien intellectuels que populaires.

Tous machos !
Et pourtant ! Proudhon, marié et père de deux filles, est un odieux machiste. Certes, ce n'est pas le seul.
Le philosophe Auguste Comte rappelle "''l'inaptitude des femmes à l'abstraction et à la contention''" pour ajouter :"''leurs vies doivent être éminemment domestiques''".
L'historien Jules Michelet, extrêmement populaire, considère lui, que "''la mystique des femmes a pour contrepartie sa soumission à l'homme''".
Tous les courants de pensée dominants concourent à imposer l'idée que la biologie a fixé la place de la femme comme inférieure, à faire accepter le mariage comme son unique destin, puisqu'elle ne peut vivre sans l'homme...

La femme doit subir l'homme Mais le champion toutes catégories de l'absolutisme masculin reste l'auteur de La Philosophie de la misère. En 1858, Proudhon sort un pamphlet intitulé "De la justice dans la Révolution et dans l'église" où il définit sans ambiguïté la fonction sociale des deux sexes, l'homme est né pour exercer le pouvoir, la femme pour le subir qu'il résume ainsi : "Courtisane ou ménagère, je n'y vois pas de milieu". Il ne transige pas sur les principes : "''Tout attentat au mariage et à la famille est une profanation de la Justice, une trahison envers le peuple et la liberté, une insulte à la Révolution''". Six jours après sa sortie, le livre est saisi par la justice impériale. Je vous entends : Enfin une justice ! Détrompez-vous, l'ouvrage de Proudhon est interdit pour atteinte à la religion ("''Le christianisme est mort''" plaide-il).

Le king de l'absolutisme masculin

Publicité
Publicité
Les femmes aiguisent leurs couteaux... L'auteur est condamné à trois de prison, mais préfère l'exil et gagne Bruxelles. Pendant ce temps, la riposte féminine s'organise. Juliette Lamber (future Juliette Adam) publie Les Idées anti-proudhoniennes (lien à venir). D'autres suivent comme Jeanne Deroin, André Léo (de son vrai nom Léodile Béra), Jenny d'Héricourt ou encore Georges Sand que Proudhon traite aimablement de "''bête venimeuse, de vipère, cent fois plus exécrable que le marquis de Sade''".Cette furieuse bataille va durer plusieurs années permettant ainsi aux femmes journalistes et écrivains d'aiguiser les couteaux et les arguments et surtout d'apporter la lumière à un public de plus en plus large.C'est bien là le seul mérite du livre de Proudhon.

Lire le texte de Pierre-Joseph Proudhon : La femme est un joli animal