Craquons nous aussi. Complètement, littéralement pour cette petite œuvre. Ravel par Jean Echenoz ou plutôt Ravel de Jean Echenoz. Echenoz raconte Ravel, comme on raconte un ami. Avec beaucoup d'affection, de tendresse et d'amusement. Comme on raconte une histoire, car il s'agit bien d'un roman.

Ravel par Echenoz

Ravel est mort en ayant perdu la mémoire, la parole et la mécanique des gestes, "sans testament, aucune image filmée, pas le moindre enregistrement de sa voix". Il n'a laissé que peu de choses de sa trajectoire, si ce n'est son inénarrable Boléro -qu'il ne trouvait pas si terrible d'ailleurs, son attachement au Pays Basque et une formidable renommée.

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Echenoz s'amuse à écrire Ravel comme il a vécu. En dilettante, avec nonchalance, presque de la négligence, et puis tant d'élégance. L'homme était un absolu dandy, exclusivement préoccupé par ses habits et les volutes de gauloises. Il accumulait les deux avec acharnement et passion.

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Les femmes ? Les hommes ? La famille ? Les amours ? Le travail ? Le succès ? L'argent ? Oui, certes, mais est-il vraiment nécessaire de s'y appesantir quand on a dépassé la cinquantaine et que le succès est bien là. Tout cela est sans importance. Qu'est-ce qui importe finalement une fois que l'œuvre est faite, que la jeunesse est dépassée... Peu de choses, peu de gens. Ah si, le luxe et le confort d'un paquebot transatlantique, d'un train transaméricain. Si, la conversation amicale d'un cher voisin ignare, indispensable pour tuer le temps. Et puis aussi l'ennui et l'insomnie. Car ainsi va la vie. Que l'on soit compositeur ou écrivain...