''"La première de toutes les femmes..."''
George Sand (1804-1876), de son vrai nom Aurore Dupin, a décidé très jeune être l'égale des hommes, enviait leur liberté et leur indépendance économique. Pour acquérir sa propre autonomie, cette jeune femme est prête à tout : prendre un pseudo masculin, porter des vêtements d'hommes, multiplier les aventures amoureuses (quel casting : Jules Sandeau, Alfred de Musset, Franz Liszt et Frédéric Chopin entre autres) et même fumer des cigares... Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour être une femme libre au XIXe siècle.

''"Comme créatrice de chefs-d'œuvre, vous êtes la première de toutes les femmes, vous avez ce rang unique, vous êtes la première femme au point de vue de l'art, non seulement dans notre temps, mais dans tous les temps"'', écrivait Victor Hugo à George Sand en 1875.

 

Défenseur de la femme
Cet écrivain de talent et prolifique (70 romans et 50 volumes d'œuvres diverses) est considéré d'abord comme le fleuron du romantisme social voire du roman socialiste.

Mais, dès ses premières œuvres, "Indiana" et "Valentine" en 1832, Sand se pose en défenseur de la femme, plaide pour le droit à la passion, à l'amour souverain et attaque le mariage.

Au préalable de l'affranchissement de la femme, elle oppose une autre urgence, la fondation d'une société où la misère serait proscrite. Désormais son combat sera politique, aux côtés des prolétaires. Elle se définit elle-même comme une communiste.

 

Sacré George !

Les lettres à Marcie Deux hommes, devenus ses amis intimes sont à la base de son engagement : Pierre Leroux d'abord, porte-parole du saint-simonisme et apôtre de d'une société égalitaire et d'une solidarité humaine et le progressiste abbé de Lamennais, ecclésiastique pourtant adepte de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. C'est dans le journal de Lamennais, "Le Monde" que George Sand publie entre le 12 février et le 27 mars 1837, ses six "Lettres à Marcie".

Marcie, correspondante imaginaire, est supposée être une jeune femme pauvre qui ne trouve ni place digne d'elle dans la société, ni homme s'intéressant à une femme sans dot. Dans ce texte majeur et pourtant inconnu du grand public, on retrouve l'essentiel des positions sandiennes sur l'indispensable passion amoureuse, sur la nécessité de l'émancipation civile de la femme et surtout sur la priorité de l'éducation (1).

Choqué par la hardiesse des propos (en particulier sur le mariage et le divorce), Lamennais interrompt la parution des "Lettres à Marcie" au bout de six livraisons. L'œuvre restera inachevée...

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D'abord les conditions sociales Son succès littéraire et sa probité vont faire de George Sand la figure de proue du combat féministe. Au moment des émeutes de février 1848 et le nouvel espoir qu'il apporte, l'auteur de "La Mare au diable" passe du statut de spectatrice de la Révolution à actrice. Elle rédige des appels au peuple, signe des éditoriaux demandant l'avènement de la République.Mais lorsque "les femmes de 48" (2) la sollicitent pour qu'elle se présente aux élections d'avril 1848, symbolisant pour la première fois de l'histoire, le droit de vote des femmes, George oppose un refus surprenant et ferme : "''Il ne faut pas que les femmes interviennent dans les affaires publiques parce que les conditions sociales sont telles que les femmes ne pourraient pas remplir honorablement et loyalement un mandat politique''".

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Le droit de vote prématuré En effet, George Sand estime prématurée la revendication du droit de vote des femmes et leur accès à des postes de pouvoir alors qu'elles ne maîtrisent pas leur liberté en famille.Une occasion de perdue : Le droit de vote des femmes (dont nous reparlerons) ne verra le jour qu'un siècle plus tard et la jeune IIe république tant désirée par George Sand s'écroulera au profit du Second Empire de Napoléon III.Dépité par la bêtise des hommes (et l'inconséquence des femmes), l'auteur de "L'Histoire de ma vie" délaisse le combat politique et se retire à Nohant, dans son Berry natal pour écrire et écrire encore.

(1) A cette époque, les jeunes filles, quel que soit leur âge, sont interdites de scolarisation(2) Eugénie Niboyet, Désirée Gay et Jeanne Deroin entre autres 

Lire ici un extrait des Lettres à Marcie, un inédit de Georges Sand

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