Après longues et intenses délibérations avec moi-même, le verdict est tombé, implacable : je n'aimerais guère faire partie du jury cette année -et pas seulement parce que je ne possède pas assez de toilettes affriolantes ni de paires de lunettes noires.
N'en déplaise aux râleurs de tous poils, ce fut un très bon festival. Riche, variée, de qualité, la compétition officielle était de haute tenue et les sections parallèles ont rempli leur office de "découvreuses" de talents.

Car, si des metteurs en scène comme Sofia Coppola, Alejandro Gonzales Iñarritu, Bruno Dumont ou Aki Kaurismäki sont aujourd'hui en lice pour une place au Palmarès, ils ont présenté jadis leurs premiers films à la Semaine de la Critique ou à la Quinzaine des Réalisateurs.

C'est pour cela qu'un festival de Cannes en bonne et due forme ne peut se concentrer uniquement autour des réalisateurs qui tutoient le tapis rouge et regardent les photographes dans les yeux : fouiner ailleurs et craquer pour un premier film venu d'Ecosse, d'Uruguay ou de Hongrie est autant un plaisir qu'un pari sur l'avenir.
A plus ou moins long terme, il faudra se souvenir de Agnes Kocsis, Matthias Luthardt, Paz Encina, Nikolay Khomeriki, Julia Loktev ou Kim Rossi Stuart, aujourd'hui participants de la masse informe des auteurs de premiers films concourant pour la Caméra d'Or, toutes sections confondues.
Remis par un jury à part, présidé par les frères Luc et Jean-Pierre Dardenne, ce trophée fait partie du palmarès officiel.

N'ayant vu "que" 15 films sur les 29 premières œuvres en question, la vision d'ensemble me manque, mais "Fresh Air" (voir hier) est mon chouchou. Film de femme sur des femmes, œuvre grise en couleurs (rouge et vert principalement) fable sur l'incommunicabilité dans un monde littéralement irrespirable, avec une touche d'absurde et beaucoup d'élégance...

Mes palmes à moi !

Côté compétition officielle, il y a l'embarras du choix notamment pour les prix d'interprétation masculine. Mention aux films choraux -les acteurs de Ken Loach ("Le vent se lève"), de Rachid Bouchareb ("Indigènes") et aussi de Lucas Belvaux ("La Raison du plus faible")- ; mention au soliste Depardieu dans "Quand j'étais chanteur" de Xavier Giannoli. Mais puisqu'il faut choisir, ce serait Silvio Orlando, le petit homme gris soudain concerné politiquement et impliqué humainement ("Le Caïman" de Nanni Moretti).

Prix d'interprétation féminine : Kirsten Dunst, pâle et frêle, vraiment 15 ans au début malgré ses 24 printemps, la force et la désillusion d'une trentenaire à la fin, lorsqu'elle fait ses adieux à Versailles (et bientôt à la vie).

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Prix de la mise en scène : "Flandres" de Bruno Dumont. Prix du scénario : "Quand j'étais chanteur" de Xavier Giannoli. Grand Prix du Jury pour "Les Lumières du faubourg" d'Aki Kaurismäki. Palme d'or ex-aequo "Le Vent se lève" de Ken Loach et "Volver" de Pedro Almodovar.

Ceci est une version du palmarès qui vaut ce qu'elle vaut mais qui est excellente !

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Dimanche en fin de journée, il est fort possible que la distribution des prix ne se fasse pas exactement dans cet ordre. Nul n'étant prophète en son pays, j'ai accepté vendredi soir en salle de presse de donner ce même palmarès à une équipe de télévision japonaise. Ils ont eu l'air surpris. Sans doute à cause de mon mauvais accent nippon. Aligato et à lundi... pour le "vrai" palmarès.