+a devient une tradition désormais, les films qui ne sont pas prêts pour Cannes ne sont pas en reste pour autant. Il suffit d'en montrer quelques scènes, de convier les comédiens principaux et la presse internationale, de faire un peu mousser, et le tour est joué.
Vingt minutes de "World Trade Center" d'Oliver Stone avec Nicolas Cage en pompier intervenant le jour du 11 septembre, quinze minutes de "Dreamgirls" de Bill Condon avec Beyoncé Knowles dans un personnage inspiré de Diana Ross, huit minutes de "Ma vie en rose" d'Olivier Dahan avec Marion Cotillard en Edith Piaf, une minute du "Deuxième souffle" remake par Alain Corneau du film de Jean-Pierre Melville avec Daniel Auteuil et Michel Blanc... Qui a dit : "Le cinéma est un art et aussi une plaisanterie" ?
Si ça continue comme ça, l'année prochaine, tous les critiques rédigeront leurs articles d'après les bandes-annonces et regarderont les films en DVD depuis leur chambre d'hôtel. Les mauvaises langues prétendent que c'est ce que certains font déjà ! Personnellement, je n'en crois pas un mot : la critique est si facile.

A propos de critique, il y a eu comme un vent d'incrédulité l'autre soir à la projection de "Jindabyne", film australien de Ray Lawrence (réalisateur en 2001 de l'admirable "Lantana") : parmi les actrices présentes sur la scène de la Quinzaine des réalisateurs, une femme blonde du nom de Deborra-lee Furness a soudain paru terriblement antipathique à mes consœurs et moi-même.
Il faut dire qu'une personne bien renseignée nous avait balancé son information de source sûre : "C'est la femme de Hugh Jackman !" (mais si Hugh -prononcez HHHyouhhh, s'il vous plaît-, le Wolverine d'X-Men !)

Trop jalouses ces filles là !

Immédiatement transformées en furies de mauvaise foi, les quatre journalistes (respectées et respectables) ont commencé à glousser bêtement : "+a" ? La femme de Hugh Jackman ? Mais non ! Lorsqu'elle s'est assise près d'un jeune homme fort galant et accueillant, la lumière s'est aussitôt éteinte : impossible de vérifier. Il a fallu attendre les 123 longues minutes de la projection de cette adaptation plutôt efficace même si un peu chichiteuse d'une nouvelle de Raymond Carver (ayant déjà servi dans "Short Cuts" de Robert Altman) pour vérifier l'information. Eh si ! C'était bien lui, joliment prévenant, en plus. Il ne restait qu'une question, lancée d'une même voix par les quatre dépitées au sortir de la salle : "Qu'est-ce qu'elle a de plus que nous, Deborra-Lee Furness ?"

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Il y a tellement de glissements entre la réalité et la fiction, tellement de ponts d'un film à l'autre que l'on nous pardonnera ce petit écart de conduite. Pensez donc que les trophées de chasse abondent aux murs des maisonnées ("Selon Charlie", "Comment j'ai fêté la fin du monde"...), que les chiens errent partout ("Ping Pong", "URO", "Petites révélations", "Les Lumières du Faubourg"), que la chanson qui donne son titre au film d'Almodovar est celle qui ouvre celui d'Aki Kaurismäki, que l'acteur Ian McKellen est à la fois un érudit de la bible ("Da Vinci Code") et un mutant agitateur ("X-Men 3, l'affrontement final") et que Rambo revient, même qu'il n'est pas content (un opus 4 est annoncé au marché du film). Les neurones des festivaliers, au huitième jour, sont comme dirait Michel Audiard : "éparpillés, façon puzzle". Vous en reprendrez bien un petit morceau ?