"Ultra peau", c'est d'abord la promesse, ultra ambitieuse, d'un "voyage sensoriel". Car qui dit peau dit sensualité, dit intimité... Qui entend expérience sensorielle pense hérisser, frissonner, suer, toucher; puis s'attarder, apprivoisé, sur notre propre peau. Telle était l'idée de ce voyage, mis en image sur l'affiche par un corps de femme aussi nu qu'intriguant, contorsionné, bizarre. Alors on y va...

Parfums des invités, émanation de la senteur d'un pot de crème de Nivea, le sponsor. Voilà l'ambiance. La lumière est basse, le décor est blanc, limite médical, édulcoré, trop. Il y a des ouvertures dans les murs, par lesquels on aperçoit des photographies, des sas aux parois capitonnées, des espaces voilés de blanc dressés au milieu de l'espace dans lesquels on est invité à pénétrer.
Voilà le voyage imaginé par le scénographe Christophe Weber autour du travail de la trentaine d'artistes lancés dans l'aventure. Parmi eux, des résidents et anciens résidents du Palais (le Pavillon) et des élèves de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d'Art. Le seul mot d'ordre de l'expo : retranscrire la peau dans tous ses états, autrement dit l'art, la philosophie, la biologie, etc. L'idée serait de "Nivea" et les artistes ont eu carte blanche... C'est aussi ça le mécénat.

Duel de rédac

Il y a du blanc, des installations originales aussi, mais sinon ? Sur le fond, on n'est plutôt pas d'accord. La preuve : tandis que Jérémy qui au bout d'une demi-heure de visite a déjà trouvé refuge sur un rebord de mur pour laisser filer le temps, France aura été en totale contemplation, exploration et séduction, d'un bout à l'autre de l'exposition. Ce qui fait l'ennui de l'un a manifestement fait le bonheur de l'autre...

Point de convergence des critiques : la scénographie justement. "Souvent, dans les expositions, il est interdit de toucher... Ici, on est plus qu'invité à toucher à tout pour découvrir les œuvres. Les voiles omniprésents et la blancheur des installations dégagent de la sensualité et de la douceur", explique France, la graphiste. "Il y a aussi ces bulles percées dans le murs qui rappellent les cellules de la peau et qui escamotent une partie des photographies exposées derrière... Pour les découvrir, on doit se pencher. On devient un peu voyeuriste. On pénètre dans l'intimité de la personne. C'était comme enlever un vêtement pour voir un bout de peau..."

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Jérémy n'est pas convaincu. Pour lui, le côté sensuel de l'expo se réduit à... "rien" ! Outre ce fâcheux manquement, la scénographie l'a gêné :"ces minuscules espaces pour entrevoir les toiles, ces trous dans le mur, tout cela fait perdre tout leur sens à certaines œuvres ! C'est comme si on exposait la Joconde à moitié cachée derrière une paroi ! Le parcours manque de recul, on ne peut pas avoir la distance nécessaire par rapport aux œuvres, et je trouve que cela gâchait un peu tout", explique Jérémy. Et puis, rajoute-t-il, "Je n'ai pas du tout eu l'impression de voyager."
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