Murmures et rumeurs dans les ruelles arlésiennes : ''"Tu connais Marion Poussier, toi ?"'', ''"C'est celle qui photographie les ados."'', ''"Elle est jeune, je crois..."''; ''"Tu as vu, elle avait une de ses photos en première page de Télérama ?"'', etc.

A 26 ans, la jeune photographe originaire de Bretagne fait parler d'elle. Il faut dire que Raymond Depardon, qui est cette année le commissaire des Rencontres photographiques d'Arles, ne tarit pas d'éloge à son encontre. "Elle a l'air de rien, comme ça. Elle est timide, un peu en retrait, mais c'est ça le talent des vrais artistes, explique le maître. J'essaye de la pousser au maximum, car j'aime beaucoup son travail. C'est une fille formidable".
+a c'est du compliment !

Explorer l'adolescence

Pendant plusieurs étés, Marion Poussier s'est discrètement invitée dans des colonies de vacances du grand Ouest. Elle y a saisi les premiers flirts, les baisers volés, mais aussi l'attente, l'ennui. "J'ai choisi spécialement les moments où les adolescents ne faisaient rien, ne participaient à aucune activité, explique la jeune photographe. De l'extérieur, on peut croire qu'ils s'ennuient, mais en fait ces moments sont très importants pour eux, c'est là que tout se joue, qu'ils se situent les uns par rapport aux autres."
Marion s'intéresse aux 14-16 ans, une tranche d'âge réduite où les différences sont très marquées. "Certaines filles sont clairement plus épanouies que d'autres, les garçons font beaucoup plus jeunes que les filles, etc. Je me suis vraiment concentrée sur cette question du paraître, intrinsèquement liée à l'adolescence", nous livre-t-elle. Son menton est orné d'un discret piercing...

Une passion sur le tard

La photo, Marion Poussier n'est pas tombée dedans quand elle était toute petite. "Bien sûr, j'ai eu un appareil assez jeune, j'ai visionné pas mal de diaporamas réalisés par mes parents pendant leurs vacances, mais je ne ressentais pas du tout le désir d'en faire mon métier", raconte-t-elle. C'est plutôt une envie qu'elle a laissé mûrir. Alors qu'elle voulait faire une fac d'Arts Plastiques, elle opte sagement pour un Deug de Biologie, influencée par sa mère qui craignait qu'elle ne s'enferme dans une voie de garage. Mais elle s'ennuie ferme et la créativité la taraude. "Ma sœur aînée est illustratrice et quand je la voyais dessiner, ça me faisait envie", confie Marion. Finalement, elle décide de tenter sa chance dans le Saint des Saint de la photographie française : l'école Louis Lumière, à Paris ! Un concours d'entrée qu'elle obtient du premier coup, au plus grand étonnement de ses proches. "Personne n'y croyait, mais personne ne me l'a dit", se souvient Marion, amusée.

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Efforts et humilité Depuis, au prix d'un travail acharné et d'une motivation sans faille, tout semble sourire à la jeune photographe. Alors qu'elle collabore régulièrement avec la presse française (Le Monde 2, Les Inrocks, Télérama, etc), la dernière consécration en date est bien sûr cette sélection pour les Rencontres d'Arles. "Il y a deux jours, j'ai croisé Zabou Breitman et elle m'a dit qu'elle allait justement voir mon exposition, qu'un ami lui en avait beaucoup parlé", raconte Marion, les joues rosies par l'émotion. "C'est dingue ! Je ne pensais pas qu'Arles allait m'apporter tant de chose d'un coup. Ca va d'ailleurs un peu vite".Il est vrai que le succès peut déstabiliser, fragiliser. "Dans ce milieu, les gens sont très critiques, admet Marion. Les professionnels t'attendent au tournant, surtout quand tu as eu des premiers boulots publiés, tout ça."La jeune fille avoue se questionner en permanence, toujours se remettre en question. Après Arles, elle souhaite poursuivre son travail sur les ados, cette fois sur le délicat sujet des mères-adolescentes. Pour cela, elle souhaite s'isoler un peu de l'effervescence parisienne, pourquoi pas trouver une résidence, pour prendre le temps. "Elle dit qu'elle est lente, conclu Raymond Depardon. Mais c'est une vraie qualité pour un photographe. Cette jeune fille ira très loin". Cool Marion !
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Le travail de Marion Poussier est à découvrir jusqu'au 17 septembre, à l'Atelier des Forges d'Arles.Contact : info@rencontres-arles.com ou au 04.90.96.76.06

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