Elle, avec son petit bonnet blanc aux rayures multicolores, sa silhouette fluette et sa coupe courte à la garçonne. Elle pourrait se fondre dans la foule, sans qu'on ne la remarque. Et quand elle prend place dans le coin d'un café "plutôt sympa pour le coin" et commande son jus de carotte-tomate-ananas, l'impression se confirme : la jeune artiste en vogue Valérie Mréjen ne veut pas provoquer de vagues. Elle se livre sans fard ni superflu.

Et pourtant, elle fait partie de cette nouvelle génération d'artistes, régulièrement remarquée par la critique, par le public et le microcosme artistique. Il y a quelques mois, la jeune artiste faisait d'ailleurs partie des vingt artistes "émergents" sélectionnés par le Palais de Tokyo pour l'exposition "Notre histoire...". Une belle récompense pour la scénariste- romancière de 35 ans.

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Et on comprend aisément son succès. Son truc à elle est universel, son art, c'est le quotidien traduit en quelques mots, sur vidéo ou par écrit. Tout simplement et sans aucune volonté de délivrer un "message au monde"...
Dans des petites vidéos, elle revisite par exemple la société des années 50 via des coupures de catalogues de VPC auxquelles elle a ajouté de brefs commentaires, courts et simplistes, mais qui en disent si longs et font tellement sourire.
Et on se reconnaît aussi dans ces vidéos scénarisées, condensées en une poignée de minutes, deux ou trois au maximum. On se revoit ados, comme Michèle dans "Michèle et Aurore" (1997); on se retrouve aussi dans le récit d'une jeune femme qui vient de passer une soirée plutôt réussie ("Sympa" (1998)) ou encore dans "Scali/Margot" (1999), ce couple qui parle de ses projets de vacances. Le plus souvent, cela fait sourire, mais parfois, aussi, grincer les dents.

Enfin, dans un autre style, tout aussi universel, Valérie Mréjen s'est penchée sur les états d'âme d'anciens juifs orthodoxes ayant renoncé à leur religion... Des malaise(s) à méditer. Ca s'appelle "Pork and milk".

"No méchant, no gentil"

Les relations hommes-femmes, la féminité... sont autant de sujets que Valérie affectionne : "Ce sont souvent des dialogues intéressants car ils mettent en valeur des rapports de domination dans le quotidien", explique t'elle. "Ce sont aussi des moments qui parlent d'eux-mêmes, et où, au final, personne ne triomphe. C'est le propre d'une relation : on est deux à y participer, il n'y a ni méchant, ni gentil !"

Autre thème récurrent, les "souvenirs", qui lui procurent une matière à la fois "drôle et dramatique". "C'est, par exemple le mec qui revient de vacances et qui sert la même chose à chaque personne qu'il rencontre. -"Alors, c'était comment ?" -"Bien, bien. Quoi que la nourriture était un peu lourde... Et les couloirs du métro, tellement profonds !" Il y a dans ces conversations un côté inévitable qui peut devenir oppressant, limite violent. Malgré tout, on ne pourrait pas vivre sans, c'est ce qui nous relie les uns aux autres."

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Sur la base de ces véritables "lieux communs, d'anecdotes, d'expressions toutes faites, de quiproquos ou de sous-entendus", les scénarios de Valérie Mréjen s'affirment par ses mots à elle qu'elle distille avec parcimonie et justesse. Dans "ce langage parfois un peu cru mais indispensable."Et comme il est important que "l'on se reconnaissent et que l'on rentre dans son œuvre", Valérie laisse souvent des espaces de blancs entre deux paragraphes de ses romans... Laisser la place. A l'humour, aux autres... Aux femmes. "Je reste persuadée que cela est moins difficile pour une femme, aujourd'hui, de faire sa place... Mais je sais aussi qu'il y a des femmes artistes qui souffrent."
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A surveiller : La Galerie cent8 expose régulièrement les oeuvres de Valérie Mréjen 108, rue Vieille du Temple, Paris 3èmeRenseignements : 01 42 74 53 57Le site de la galerie cent8

A lire...Ses trois romans :"L'Agrume", "Mon grand-père" et "Eau sauvage" aux éditions Allia et le livre DVD "Pork and Milk" (mars 2006, chez Allia)

"Valérie Mréjen", d'Elisabeth Lebovici, aux éditions Léo Scheer (février 2005), 40 euros