"Les Messagers" d'Annette
Des jouets pendus, désarticulés, des peluches étêtées, scarifiées, recousues, des totems menaçants, rafistolés de tissus chiffonnés, des grosses immondices de plastique qui se gonflent et s'allument parfois. Sur ces squelettes d'enfance torturés, ces fables maternelles mises à mal, Annette Messager exalte. Cet été, c'est à travers "Les Messagers" d'Annette...

Collectionneuse, truqueuse, plasticienne...
L'exposition n'est pas bien longue. A peine quelques salles, pour 30 ans de carrière, d'une très belle carrière. De ses premiers cris intimistes, jetés en quasi catimini, aux installations grandiloquentes et démesurées des années 2000, "Les messagers" retracent en vrac les grandes périodes d'Annette Messager : Annette collectionneuse, Annette la truqueuse, la plasticienne...

En point d'orgue trône l'installation "Casino", qui valu à l'artiste en 2005 le prestigieux Lion d'or de la Biennale de Venise.

Autour, les compagnons d'Annette sont-là. "Les Pensionnaires", ces fébriles moineaux empaillés et endimanchés dans de petites laines, sont sagement alignés dans les vitrines. Au dessus, leurs grands frères veillent sur eux et sur nous (miroir, oh mon miroir...). "Eux et nous, nous et eux" est un plafond peu ordinaire de perdrix, faisans et autres gros oiseaux, aux têtes de Schtroumph, d'Astérix et divers héros de notre enfance...

Espèce de pantin !

Plus on avance, plus les messages sont simples. On s'identifie aux poupées et aux corps de pantins maltraités, tirés, poussés et bringuebalés, d"'Articulés, désarticulés". L'enfant sourit devant tant de malice et d'imprévu, l'adulte grince, spectateur de son propre drame... A l'occasion de la Biennale de Venise, Annette Messager commentait d'ailleurs ainsi son œuvre "Pinocchio" : "''Les hommes sont tous des pantins. Ils sont manipulés et se débattent''". Dans la même veine, on oublie le temps devant "Gonflés, dégonflés" et on prend la peine de lire en détail les provocations féministes de "Ma collection de proverbes".

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Entre sourire et grimace... Sur le fil de l'ambivalence, Annette Messager maltraite nos contes d'enfance et suicide tendrement nos rêves d'innocence. Toujours accessibles, ses oeuvres sont un mélange de réalisme et de fantastique, d'ironie et de poésie, de pervers et d'enfantin, semant la confusion entre peur et fantasme, attraction et révulsion, sourire et grimace.
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Annette Messager, "Les Messagers" Au Centre Pompidou, jusqu'au 17 septembre 2007

Annette Messager sur le site Internet du Centre Pompidou