Dunia est une magnifique jeune femme égyptienne, tiraillée entre son envie d'exister comme elle l'entend et les codes traditionnels de sa société. Passionnée par la poésie soufie, elle découvre grâce aux conseils de son professeur que le plaisir des sens n'a pas toujours été tabou dans le monde arabe. Dans ce film coloré, la danse et la musique sont aussi omniprésentes. Mais pour avoir osé parler du désir au féminin, la réalisatrice Jocelyne Saab est aujourd'hui menacée de mort par les fondamentalistes, qui l'accusent de prôner l'adultère.
Rencontre.

Femmes Plus : Qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce film ?
Jocelyne Saab : Tourner un film en Egypte, pour moi, c'était un rêve d'enfant. Je suis née et j'ai grandi à Beyrouth, au Liban, et à mon époque, il n'y avait que des films égyptiens à la télé. Des films des années 40-60, datant de "l'âge d'or" du cinéma cairote. Moi, je les regardais au lieu de faire mes devoirs ! Avec Dunia, mon pari, c'était de refaire vivre cet époque avec un look moderne. J'avais envie de montrer une belle vision du monde arabe et j'avais envie de raconter une histoire d'amour. Pour moi, le Caire est une ville extrêmement sensuelle.

Vous avez rencontré beaucoup de difficultés pour réaliser votre film ?
Le tournage a été très, très dur. Tout le monde disait aux acteurs qu'ils allaient gâcher leur avenir s'ils faisaient ce film avec moi. Les fondamentalistes leur ont même proposé de l'argent pour quitter le plateau. Quinze jours avant le début du tournage, je n'avais toujours pas mon acteur principal ! Quand à la comédienne Hanan Turk, son agent l'a laissée tomber quand elle a décidé d'accepter ce rôle. Mais tous les acteurs ont été extrêmement courageux.

Les religieux me considèrent comme une paria...

Et aujourd'hui, alors que le film est terminé, il vous faut encore vous battre pour qu'il soit diffusé en Egypte ! Le cinéma égyptien est tenu par les saoudiens. Alors de deux choses l'une, soit on fait un film conforme à la morale intégriste religieuse, soit on fait une bonne comédie stupide, histoire d'abrutir le public. Moi, j'ai voulu parler des mutilations génitales féminines, mais aussi de leur conséquence immédiate : l'excision intellectuelle. Car pour les femmes, l'idée même de plaisir est totalement niée par cet acte barbare !Bien que mon film reste très mesuré, les religieux me considèrent aujourd'hui comme une paria, comme une moins que rien. Il y a même une journaliste égyptienne qui m'a directement menacé de mort, jugeant que j'incitais les femmes à la décadence et à luxure ! Il parait qu'Internet regorge d'insultes à mon égard. Aujourd'hui, les intégristes essayent de me bloquer économiquement, afin que le film ne sorte pas, mais je continuerais à me battre.

Mais vous ne vous sentez pas toute seule parfois ? Si, bien sûr. En France, je suis toute seule à porter le film avec mon attachée de presse. Sans parler des difficultés que je rencontre au niveau financier, car faire un film coûte très cher... Malgré tout cela, j'y crois. Au Caire, des jeunes filles voilées m'arrêtent dans la rue pour me demander : "Jocelyne, est-ce qu'avec toi on va pouvoir rêver de nouveau ?". Alors certes, les intégristes essayent de me démolir, mais rien que pour elles, je ne baisserais pas les bras.

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Dunia, de Jocelyne Saab. Durée : 1h 50Sortie en salle le 6 septembreContact presse : Zeina Toutounji-Gauvard (zeinatg@yahoo.fr)

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Biographie express : Journaliste et réalisatrice, Jocelyne Saab a tourné une vingtaine de films documentaires diffusés sur les chaînes françaises et européennes, sur NBC aux Etats-Unis et sur NHK au Japon. Dunia est son deuxième long-métrage de fiction.
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