Un vieil homme décharné, à l'armure rouillée, un homme plus jeune, nettement plus en chair.

Ils scrutent le ciel, se font gifler par le vent, ils attendent. Et dans la salle de la Quinzaine, les spectateurs ricanent. Peut-être que le titre Honor de Cavaleria ne leur a pas évoqué assez clairement le sujet du film de l'Espagnol Albert Serra (en lice pour la Caméra d'Or).

C'est tout simplement une adaptation de Don Quichotte. C'est silencieux, c'est long, c'est sombre -l'écran reste noir quelques secondes et les fauteuils claquent violemment. Mais que c'est beau !

Le chevalier à la triste figure de Cervantes est ici incarné par Lluis Carbo, un étonnant acteur en apparence impassible et dont le visage seul crée des mondes et des histoires.

Lorsque le vent cesse soudain et laisse Le Quichotte debout, désemparé, incertain, on a envie d'aller embrasser l'écran, tandis que les rieurs qui sont restés se déchaînent encore...

C'est comme ça, Cannes : la chose et son contraire en permanence. C'est amusant et irritant, d'ailleurs.
Vous vous enflammez tout au long d'un film pour l'intelligence du propos, la beauté de l'actrice, l'incroyable foisonnement de nuances. Et à l'issue de la projection de presse, à peine trois "clap-clap" et même un "Bouh !".

Crime ou pardon ? Red road...

Red Road, premier film de l'écossaise Andrea Arnold qui concourt ce samedi sur les marches rouges du palais, a été accueilli vendredi soir dans une sorte de froid polaire qui ressemblait à celui de la salle Debussy (autre ajout au "kit du festivalier" : une couverture !).Jackie, une opératrice de caméras de surveillance semble vivre seule, sans amour, mais veille via ses écrans sur un quartier de Glasgow. Elle s'attarde sur une grosse dame solitaire et un monsieur dont le vieux chien amorphe va bientôt mourir. Mais un jour, Jackie reconnaît un homme qui devrait être en prison et qui a été libéré pour bonne conduite, un homme qui, on le comprend à mi-mot, est responsable de sa solitude.

La fille et le mari de Jackie sont morts, on ne sait pas exactement comment, mais Clyde, l'homme roux qui devient bientôt son obsession, n'y est pas étranger. Assoiffée de vengeance, Jackie le suit, l'approche, cherche comment le punir. A l'heure où certains réclament la peine de mort devant les tribunaux, "Red Road" est une impressionnante radiographie des sentiments humains face aux meurtriers, à la douleur et à la perte. Le désir de tuer le tueur y est montré dans sa triste évidence, mais la nécessité de pardonner et d'aller de l'avant est la seule voie pour se sauver soi-même d'une mort lente... Kate Dickie, inconnue à nos yeux, qui interprète Jackie, est désormais une actrice à suivre de près. Ah mais !

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Ce week-end, Nicole Garcia et ses boys (Jean-Pierre Bacri, Vincent Lindon, Benoît Magimel...) viennent présenter Selon Charlie, le Turc Nuri Bilge Ceylan (Uzak) revient à Cannes avec Iklimler, l'Américain Richard Kelly est chargé de la sensation du week-end avec Southland Tales, un film futuriste très attendu où The Rock et Sarah Michelle Gellar sont censés nous surprendre... Revue de détail ici-même lundi !

Il y a tellement de fêtes prévues partout qu'il va falloir tirer au sort. Au risque de paraître "not fun" je proposerais bien une petite soupe et puis hop, au lit...

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