Elle peut tout jouer, et se jouer de tous. De tous les objectifs, de tous les projecteurs et caméras, un Chabrol par-ci, des Doisneau-Ronis-Goldin and cie par-là, la femme, l'Isabelle. La critique, elle, encense l'Huppert, l'actrice-modèle, alors que les promotions de ses film, exposition et rétrospective s'affichent dans le tout-Paris. Un tableau à peine terni par le César de la meilleure actrice, sucré par Nathalie.
"Isabelle Huppert est devenue une espèce d'icône internationale incontournable", confirme la critique de cinéma Danièle Heymann. "Etonnant en effet que ce petit bout de femme extrêmement discret et si réservé soit iconifiée à ce point de son vivant"!

Pas si étonnant que cela en réalité. La Belle sait charmer ces hommes et en premier lieu son homme, son mari Ariel Ronald Chammah. C'est d'ailleurs lui qui, "absolument extatique et follement amoureux depuis toujours, (...) a collationné ces magnifiques clichés qui ont été utilisés pour concevoir ce livre" (Isabelle Huppert : La femme aux portraits). Un livre qui est à l'origine de tout : de l'exposition du même nom au Couvent des Cordeliers à Paris (désormais en route pour une tournée européenne), et d'une consécration, au MoMa de New-York, en octobre 2005.

Des artistes sous la coupe de l'artiste

Des artistes sous la coupe de l'artiste L'exposition est exceptionnelle en son genre : 120 portraits d'une seule femme, sublimée sous les flashs de 75 photographes charmés, enrôlés, déroutés et pris au piège par cette "audace séductrice". Les clichés d'une femme-actrice ou d'une actrice-femme, qui à aucun moment "ne triche", ni "ne ment", mais qui "laisse croire". On y retrouve des Henri Cartier-Bresson, Riboud, Doisneau, Lindberg, Depardon... et la nouvelle vague, de Nan Goldin à Antoine Di Agatha, Leibovitz, etc. Du nude à l'état pur, une beauté sauvage, une douceur sous une apparence de glace, le tout sous des airs d'invitation toujours distante : les artistes sont au service de l'artiste.

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Mais ses hommes, ce sont aussi tous les Godard, Cheneau, Haneke, et surtout Chabrol. L'Ivresse du pouvoir, actuellement à l'affiche, entérine d'ailleurs leur 7ème collaboration. "Je ne vois pas qui d'autre aurait pu incarner cette sorte de fragilité forte qui la caractérise", commente le réalisateur, touché par "son côté "petite femme qui se bagarre"". Réponse de la principale intéressée, dans son rôle de Jeanne Charmant Killman, la juge d'instruction : "Je ne cherche à faire trembler personne, ni à déstabiliser personne. J'essaie simplement d'incarner à ma manière, l'indépendance de la justice". Un personnage tantôt cruel, tantôt doux, qui souvent domine, mais subit aussi. Côté réalisation, le coup de foudre est total : "Je savais qu'à aucun moment Isabelle n'essaierait de plaider sa cause par rapport au spectateur, mais qu'elle se justifierait perpétuellement vis-à-vis d'elle-même : elle s'accepte en assumant son personnage sans jamais tricher par rapport au spectateur - et c'est ce qui est si difficile à obtenir chez les acteurs". Un vrai plaisir.
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