Le temps se gâte. +a tombe bien, aujourd'hui, il y a beaucoup de films à voir
La Semaine de la Critique, la Quinzaine des Réalisateurs et Un Certain Regard présentent à leur tout leur film d'Ouverture, respectivement un drame littéraire français ("Les Amitiés maléfiques" d'Emmanuel Bourdieu), un dessin animé danois osé ("Princess" de Anders Morgenthaler) et une œuvre chorale et internationale avec stars ("Paris je t'aime" signé par dix-huit réalisateurs, dont Gérard Depardieu, Joel Coen ou Walter Salles et seulement deux réalisatrices : Isabel Coixet et Daniela Thomas).

+a s'est ouvert hier, avec un maître de cérémonie en smoking et cravate blancs, au discours impeccable (y compris en chinois) et au message bienvenu sur le métissage de la France et du plus grand Festival International au Monde. De fait ce festival, 59ème du nom, au jury présidé par le chinois Wong Kar Wai et déclaré ouvert par l'acteur Noir Américain Sidney Poitier démarre aujourd'hui sa compétition avec l'Irlande et la Chine.
Ken Loach, réalisateur britannique septuagénaire bien aimé à Cannes ("Raining Stones","My name is Joe", "Sweet Sixteen"...), mais jamais récompensé d'une Palme d'Or, présente "The Wind that shakes the Barley/Le vent se lève".

Révolte, émotion et larmes

La première projection ce jeudi matin a été chaudement accueillie. Normal : c'est un chef d'œuvre ! Irlande 1920, deux frères, Teddy et Damian, s'engagent dans la lutte contre l'occupant anglais. Comme il l'avait fait avec la guerre d'Espagne ("Land and Freedom" en 1995), Ken Loach, épaulé de son complice et scénariste Paul Laverty, dresse des portraits d'hommes qui sont, pour une cause juste, entraînés dans des actions injustes. Les deux frères, au bout du bout, après la signature du traité séparant les deux Irlandes, deviendront ennemis. La guerre est absurde, c'est un fait acquis. Mais loin des manichéismes et des idées toutes faites, le film, clair, intelligent, poignant, ne cesse jamais de surprendre.

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Ken Loach n'a pas son pareil pour traquer l'humain dans ses moindres détails, l'embarras d'un gamin à vélo qui ne retrouve pas dans ses poches bourrées de ficelles et de cailloux le message urgent qu'il devait délivrer, le vide emplissant le regard d'une vieille face à ceux qui lui demandent de quitter sa maison brûlée, le désastre ravageant le visage d'un homme qui doit en tuer un autre pour la première fois... Sans jamais friser la prise d'otage, le regard de Loach emplit le nôtre de compréhension, de révolte, d'émotion et de larmes.
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