"''Tu ne pensais tout de même pas que je l'épousais pour son physique !''"
Le film a commencé depuis plus de 30 minutes, et c'est sur cette phrase d'une misogynie extrême lancée par son mari que notre proximité avec la jeune femme s'installe...

La Sagan. Françoise Sagan. Cela ne fait pourtant pas si longtemps qu'elle est partie, et pourtant on l'avait déjà un peu oubliée. Elle et ce parlé haché, ces attitudes mi-réservées mi-hautaines, ces élans bourgeois parisiens, ce minois un peu difficile. On la reconnaît, c'est bien elle, celle qui nous captivait, que l'on écoutait parfois avec difficulté, et qui parfois nous larguait.

Sagan la surprotégée, Françoise l'abandonnée
Nous sommes en 1954, Sagan a tout juste 18 ans. Son premier roman ''Bonjour Tristesse'' l'a propulsée au devant de la scène. L'écrit est jugé scandaleux. S'ensuit un tourbillon de critiques, de prix, de journalistes, de signatures. Premiers emballements bourgeois, courtoisies et courtisaneries. Et ce premier mariage avec l'éditeur Guy Schoeller vite remballé.
L'amour, les amis ; le jeu, une maison en Normandie, près de Honfleur, Paris aussi : voilà ce qui ressort de toute cette première partie de vie, à la Sagan. Tout s'y confond, s'entremêle, sur cette "petite musique" qu'on lui rappelle si souvent.

La "Petite musique" Sagan...

Sagan, la condamnée Très vite, les névroses accaparent l'écran. Réactions à tant de retenues, d'amours déçues. C'est aussi le temps des accidents, de la drogue, des relations croisées, homos et hétéros, des frustrations amicales, du jeu, des soucis d'argent. Comme une Reine que l'on connaît bien, on reproche à Sagan ses mondanités, ses scandales, ses éternelles cigarettes et verre à la main. Cela gêne, dérange. Sagan la surprotégée, Françoise l'abandonnée. Au fil du temps, tout la condamne. Noyée la "touche Sagan" face à ces maladies qui la rattrape. Fauchée, poursuivie par le fisc et les créanciers, par ses éditeurs en attente, délaissée, Sagan l'exigeante se condamne à la solitude.

Publicité
Publicité
Exigence... On pense à Sylvie Testud. Si le pari était de déranger et pourtant se faire aimer, autant que Sagan le pouvait, elle a réussi. Et que l'on aime ou pas Sagan, qu'on l'ai lue ou pas, admirée ou pas, qu'importe, le film est juste beau.

''Sagan'', de Diane Kurys, avec Sylvie Testud, Pierre Palmade, Jeanne Balibar, Arielle Dombasle... Le 11 juin au cinémaLe site du film Sagan, avec Sylvie Testud