Bert a tout compris. D'ailleurs, je l'ai toujours dit. Il possède l'art de regarder autant que je possède l'art d'être regardée. Et puis, on peut dire que le courant est passé entre nous. Un courant électrique et sensuel. Une véritable osmose.

J'ai même eu comme l'impression que cette séance devait avoir lieu depuis toujours. Elle a duré une nuit entière. Douze heures de discussion, de poses, de rires, de champagne et de Château Laffitte. Douze heures passées ensemble dans un palace de L. A. Douze heures "as a dream". Je me suis sentie belle, calme, sereine, heureuse. Je me suis sentie moi. Tu as vu ça toi aussi dans les clichés ?

Poser nue, je l'ai fait plusieurs fois. Des fois pour arrondir les fins de mois. J'étais persuadée que cela m'aiderait à conquérir Hollywood. Tu sais comme moi que les hommes adorent ça et que c'est si facile. Et puis, après, il y a eu les photographes de mode, les artistes...

Là, Bert travaillait pour Vogue. J'ai un peu hésité à accepter.

Pourquoi lui et pas tous les autres qui m'on eux aussi sollicitée mainte et mainte fois... Pourquoi lui, pourquoi refuser, pourquoi accepter ?

Un photographe mondain me propose une séance dans une chambre d'hôtel et réclame une "Marilyn à l'état pur". Quelle drôle d'idée !

Plus que jamais vivante

Rendez-vous pris. Je l'ai retrouvé en fin d'après-midi. J'étais coiffée, peu maquillée, et peu à peu, je me suis déshabillée. Mes talons hauts, mon pull-over. Une pause avant d'enlever le reste.

Il a pensé à tout, des foulards en soie de couleurs vives, des voilages, une lumière douce, de la musique et du champagne... Tout a été sujet à mise en scène, les colliers de perles et de diamants, les roses, les grands draps blancs. Que des objets d'une banalité affligeante. Et pourtant, je ne sais pas comment, ils sont devenus des objets de séduction, des motifs de sublimation.

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C'était comme un jeu, j'ai adoré. On a beaucoup ri, je me suis beaucoup amusée. Comme avec les foulards de maman et comme au cinéma aussi. Sous son regard, j'étais femme fatale un instant, et puis la seconde suivante, clic clac, je devenais une enfant, fragile et puis après, à nouveau glacée, et puis intime et puis lointaine... J'aimais bien lui plaire et le troubler. Hum, cela se voit peut-être un peu trop sur certains clichés, non ?

Je n'ai jamais vu ni les planches, ni les photos. Il ne me les a jamais apportées. Je suis partie quelques jours plus tard. Il n'a pas eu le temps de les développer que déjà...

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C'était la dernière fois que j'étais vivante. Vivante. La dernière fois que je me suis sentie vivante.

Tu as vu cette photo là, regardes, on voit ma cicatrice. Et sur celle-là, je suis absolument décoiffée. Je me trouve belle tu sais. Je te l'ai dit, cette nuit là, je me suis sentie moi.

Moi, Marilyn M.

L'expo Marilyn, La dernière séance, par Bert Stern jusqu'au 6 Novembre 2006.Musée Maillol, 61 rue de Grenelle, Paris 7.Renseignements au 01 42 22 59 58.

Le site du musée Maillol