A Cannes, il y a deux activités principales à avoir par les temps qui courent : voir des films et attendre pour les voir. C'est très instructif de faire la queue. Notamment pour la séance de presse du soir. Celle où il n'y a que des journalistes... +a permet d'observer certains "cas", de les suivre jour après jour parfois (le critique est grégaire, on le retrouve souvent au même endroit avec les mêmes personnes).

Même sans aucune valeur sociologique avérée, le résultat est amusant.
Extraits choisis. Celui-ci (massif, tonitruant, la cinquantaine) trouve la Sélection Officielle "faiblarde", il n'aime rien depuis le début, ne trouve pas de mots assez forts pour conspuer "Red Road" et "Selon Charlie" (tiens, deux films de femmes !? C'est sûrement un hasard). Il ne jure que par les petits nanars obscurs qu'il est allé dénicher au Marché du Film et s'emballe pour le discours politique de la parodie fantastique et Coréenne de la Quinzaine des Réalisateurs. "The Host", au demeurant très rigolote avec poisson mutant géant qui fait des ravages sur les berges d'une grande ville, un discours écolo et anti-américanisme primaire, le tout au 14ème degré.

Celle-ci, (blonde à cheveux courts, la trentaine, vacillant sur ses talons) qualifie "Southland Tales" de gloubi-boulga (Ah, Casimir !), raconte qu'elle s'est éclatée à la fête Moldo-valaque l'autre soir tard après avoir emprunté trois navettes différentes accessibles par autant de mots de passe. Elle ajoute à son interlocuteur pas du tout surpris qu'elle n'a pas regretté : il y avait Marilyn !
C'est là que l'on commence à douter de sa santé mentale.... Pourtant elle semble toujours fraîche après sept jours de festival et elle attend beaucoup du film de Alejandro Gonzales Iñarritu avec Brad Pitt.

Bruno Dumont s'en va en guerre

+a tombe bien "Babel", avec aussi Cate Blanchett et Gael Garcia Bernal, est présenté aujourd'hui en compétition (on en reparle demain !).L'autre film du jour, c'est "Flandres", du Français Bruno Dumont qui fait toujours frémir les salles -"L'humanité" avait divisé et le double prix d'interprétation à des acteurs non professionnels avait agacé en 1999. Même radicalité amorcée dès son premier long métrage (présenté à la Semaine de la Critique), "La Vie de Jésus", mêmes silences, même exigence requise du spectateur.

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Ce quatrième film (après le moins convainquant "Twenty Nine Palms") continue le portrait de l'inhumanité. Trois jeunes garçons du Nord de la France partent "à la guerre" dans un pays de palmiers et de déserts qui ne dit jamais son nom. Tandis que, chez eux, la jeune-fille qui aime deux d'entre eux devient folle, ils traversent les cercles de l'enfer et découvrent la barbarie autour d'eux et en eux. Bref (1h31), sec, radical, le film claque désagréablement, mais il claque. Il est douloureux et inconfortable. Il dit l'horreur de toutes les guerres.
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