"Dans ma tête, la première chose à faire pour l'artiste, c'est de faire parler les yeux" et en effet, ils en disent long dans les tableaux d'Ingres. Regards de femmes aguicheurs, candides ou languissants, qui ne laissent jamais indifférent.

Ultra réaliste, à cheval entre classicisme et modernité, ce peintre est inclassable. Longtemps décrié, moqué, il a su s'imposer en partie grâce à ses portraits féminins étonnants. Ils sont des sortes d'instantanés, des moments de vie pris sur le vif ; on s'attend presque à voir les modèles sortir du tableau ou nous faire un clin d'œil.
Tout ne plaît pas au premier abord : les dessins sont lisses, parfois mal proportionnés (Ingres n'aurait pas du sécher les cours d'anatomie...), les couleurs pas toutes attrayantes et pourtant... Pourtant, il arrive à rendre toutes les femmes sensuelles, même la vierge à l'enfant. Que ce soit une représentation tragique, comme Angélique enchaînée à son rocher ou une femme victorieuse, comme Thétis célébrant Jupiter, toutes sont belles. Nus impudiques, regard baissé d'une jeune fille prude ou celui plein de défi d'une richissime comtesse, toutes illustrent à la perfection ce mélange de sensualité et d'érotisme qui caractérise l'artiste.
L'œuvre est magnétique. On ressent un attrait irrésistible face à ces toiles.

La vicomtesse d'Haussonville, Ingres 1845 (C) The Frick Collection, New York

Nonchalance, dédain... Même l'air de sainte Nitouche de certaines est provocateur. Même laides, quelque chose interpelle. Ingres a su rendre les femmes belles et c'est pour ça qu'on l'aime !

Ingres ou l'amour de la femme

Son regard d'artiste réconcilierait bien des femmes avec leur image aujourd'hui. Sa "Grande Odalisque" se contre-fiche de sa cellulite, autant que sa "Baigneuse Valpinçon" qui semble faire fi de sa peau d'orange et de ses kilos en trop. Des bagues rutilantes, des robes en étoffes majestueuses et l'illusion est donnée.

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Ingres a brisé les interdits, s'est affranchi des règles et des contraintes imposées et a choqué son époque par ses nus languissants et provocateurs. On l'aura compris, Ingres ne fait pas de chichis : il peint celles qu'il a sous les yeux, en trouvant toujours une qualité à ses modèles. Ce n'est pas un effet d'illusion mais bel et bien du talent. On aurait aimé poser pour lui, on aurait été irrésistibles.

Exposition jusqu'au 15 mai 2006

Le site du Louvre

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