La plupart des membres du Jury porte des lunettes de soleil en permanence et les photographes râlent. Les lunettes de soleil de Monica (Molto Bella) ressemblent à un masque de nuit. Samuel L. Jackson, lui, a choisi l'option hublot, tandis que la réalisatrice argentine Lucrecia Martel la joue glamour-vitres fumées. On murmure que Mister President (WKW) a fait greffer les siennes directement sur les paupières, c'est sûrement de l'intox... Ainsi équipés, ils vont pouvoir braver le soleil (ça y est, il revient) et cacher leurs larmes au sortir de la projection du film d'Almodovar aujourd'hui en lice (et partout en salle, en France aussi).
Féminin, déjanté, le seizième opus de l'Espagnol renoue avec l'ode chorale déjà très réussie dans "Tout sur ma mère" (Prix de la Mise en Scène à Cannes en 1999) et brasse l'amour maternel, l'inceste, le culte des morts et la croyance que l'au-delà est suffisamment près pour que les fantômes viennent nous visiter !
Nous sommes à Madrid, dans un quartier bigarré, métissé où la vie est dure, mais où les femmes s'entraident sans poser de questions. Nous sommes aussi dans la Mancha (région natale de Pedro A.) où le vent souffle si fort qu'il rend un peu fou.

C'est là que vit la vieille tante de Raimunda (Penélope Cruz) et Soledad (Lola Dueñas), qui bientôt meurt en "libérant" le fantôme de sa sœur et de la mère des deux femmes, Irene (Carmen Maura). Irene sort de manière tonitruante du coffre de la voiture de Sole où elle était cachée. Elle n'a rien perdu de sa verve, mais elle a pris un sacré coup de vieux. D'ailleurs, elle demande à sa coiffeuse de fille de lui faire une couleur sur le champ! Pendant ce temps, Raimunda se bat avec sa vie, l'argent qui manque, et le cadavre de son salopard de mari tué par sa fille adolescente alors qu'il tentait de la violer...

Un festival de femmes !

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On retrouve l'exubérance "almodovarienne", toujours à la limite du mauvais goût que les inconditionnels revendiquent et que les autres (dont je suis) déplorent de temps à autre. Mais ici, il y a tant de finesse dans les rapports humains, tant de beauté et d'amour aussi, que le rire et l'émotion l'emportent. Et puis, il y a Penélope Cruz, "italianisée" en un mélange revendiqué de Sofia Loren, Claudia Cardinale et Anna Magnani. Il paraîtrait que celui qu'elle appelle son "réalisateur préféré" a accepté que le film soit en compétition uniquement parce qu'il espère qu'elle y gagnera un Prix d'Interprétation. Mais les autres comédiennes, de la sœur timorée à la tante cancéreuse en passant par la voisine prostituée, l'adolescente murée et la mère-fantôme, sont formidables. Trois jours après le début du Festival, on serait tenté de conclure que c'est un bon cru...
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