"C'était en juin 1962 que je me suis envolée de Paris pour New York la première fois. Mon premier voyage pour les Etats-Unis pour faire un enregistrement.
Les trois personnes qui m'ont décidée à effectuer ce disque, et qui l'ont soutenu, étaient Irving Green, le président de Mercury, Louis Hazan, le directeur de Fontana France et Quincy Jones, le directeur artistique de Mercury Records USA.
Je n'arrivais pas à croire à ce qui m'arrivait, que ce n'était pas un rêve. Après la guerre, j'ai grandi en regardant des films en plein air et en écoutant du jazz, Elvis, Frank Sinatra, Mahalia Jackson et Maria Callas, sur une petite radio fabriquée par mon père. Je connaissais plus de trois cent chansons, beaucoup de standards américains. Je rêvais de rencontrer mes idoles. Et soudain, j'ai vu le pont de Brooklyn en face de moi, et puis New York, les gratte-ciels, l'Empire state building, la Statue de la Liberté, les avenues avec cette chaleur humide, les vapeurs s'échappant des aérations du métro, l'odeur si caractéristique des hot-dogs,
pop-corn et pancakes aux coins des rues. Broadway et ses affiches publicitaires pour des spectacles musicaux, la police montée et les calèches pour une balade dans Central Park...

Take it easy baby...

Pendant les trois premières semaines, j'ai marché dans New York toute la journée, pour la découvrir, pour rencontrer ses habitants, et j'ai passé mes nuits à Harlem avec mes musiciens et chanteurs favoris : Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Dinah Washington, Duke Ellington, Louis Armstrong, Miles Davis, Lena Horn et les autres.Je demandais sans cesse à Quincy : "Quand est-ce que je vais chanter ?" Il me répondait "Take it easy baby. Tu es à Big apple. Eclate toi et apprends.". Nana Mouskouri.

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Attention, bijou ! L'album Nana Mouskouri in New York est toujours disponible plus de quarante ans après grâce à une re-édition Mercury Records. C'est un bijou, un extraordinaire bijou. La voix de la chanteuse grecque, alors âgée de 30 ans, est limpide à l'extrême. Elle coule en un filet parfait, ciselé et fuselé sur la gamme et le registre de quelques uns des plus beaux standards de jazz... "No moon at all" de Redd Evans, la version anglaise de "Et maintenant", de Gilbert Bécaud et surtout, surtout, la perle de l'album "Smoke gets in your eyes" de Otto Harbach et Redd Evans où la voix unique -à une seule corde vocale- de la belle prend toute sa dimension et sa perfection.
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"Enregistrer cet album avec Nana Mouskouri fait partie des plus belles expériences de toute ma carrière", signe Quincy Jones en fin de livret. A-t-on déjà vu un aussi bel hommage ?

Nana Mouskouri in New York ''The girl from greece sings'' Mercury Records - Fontana Masters

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