La ville se met au vert. Ouvertement. Vertueusement. A Paris et dans plusieurs grandes villes de France, non seulement les jardins sont plus que jamais bichonnés; mais, phénomène nouveau, le vert s'invite au musée. Des "expos végétales" germent çà et là, telles de petites pousses au milieu de la jungle culturelle...

Dans l'espace urbain, elles forment autant d'îlots de fraîcheur et de respiration. Et des espaces de réflexion aussi, sur la nature d'abord, et puis sur notre société et le monde qui nous entoure. Pas si vert-ueux d'ailleurs...

Première étape, le Palais de Tokyo et son "Paradis Tropical". Tout un "programme", et ce n'est pas peu dire : des expositions "personnelles" sur le végétal, cinq au total, auxquelles s'ajoutent les "soirées tropicales", débats, conférences... Mais nous, ce que l'on aime au Palais de Tokyo, ce sont les brumos et les crocos de Sergio ! Sergio Vega. Dans une installation ultra designée type jardin d'Eden idyllique, l'historico-scientifico artiste s'amuse à personnifier ces grosses bêtes hostiles, en les mettant en situation dans un monde tout aussi hostile. Le nôtre. Ainsi, le croco nouveau dévore le sport à la télé (et le foot, surtout, qui stimulerait son hypothalamus, comme nous explique le cartel...). Tandis que d'autres sont filmés en train de regarder le cours de la Bourse. Ambiance impitoyable garantie. Le tout, sur un petit air de Bossa Nova. Ca, c'est dit !

Un peu plus loin, on aime s'attarder sur le "Land mark" de Jennifer Allora et Guillermo Calzadilla. Objet de leur contestation : les Américains, ou plutôt l'armée américaine, dont les bombes ont dénaturé tant de terres, et en première ligne leurs bases d'entraînement. Preuve en est ce terrain jalonné de l'île de Viequies, ci représenté sur plusieurs mètres carrés de sol en version relevé typographique. Le résultat est une réussite, tant graphique que politique. Réalisé en caoutchouc, l'odeur qui se dégage du sol est un dernier clin d'œil aux Américains et leur méga industrie du pneu, toute aussi dévastatrice.
Dernier arrêt (pour ne pas tout révéler...), avec l'installation du Suédois Henrik Hakansson. Des orchidées plantées sur des bouts de tronc, pendues à un fil, pendu au plafond. Au dessus, quelques spots et brumisateurs. Survivront-elles à ce milieu hostile aux pseudo conditions naturelles ? Seul le temps le dira.
Et nous, survivra-t-on ?

Broderies sur fruits !

Deuxième étape, quasi incontournable : la Galerie Fraîch' Attitude, une petite galerie parisienne, sponsorisée par l'inter professionnelle des fruits et légumes, qui s'évertue (marketingo-culturello-vertueusement...) depuis cinq ans à cimenter les liens entre l'art (contemporain) et "l'expression du monde végétal". L'expo de cet été, dernier opus d'une saison uniquement consacrée au végétal, s'intitule "Naturéel". Un mélange éclectique entre des botanistes artistes et des graphistes nutritionnistes. Et des œuvres souvent plus poétiques que politiques...

Comme ces cageots remplis de porcelaine de végétaux qui nous accueillent. Carole Chebron, céramiste de formation, a intitulé son œuvre "Nature morte". Empreints dans ce matériau fébrile, les tournesols gagnent en fragilité. Toutes en finesse et délicatesse, ces squelettes deviennent des objets précieux et purs, que l'on n'oserait pas toucher. Et surtout ne pas cueillir, couper ou arracher.

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On reste dans la magie avec, un peu plus loin, un tout petit arbre planté sur un petit socle. Emilie di Nunzio Joli est une ancienne brodeuse. Elle a travaillé pour les plus grands couturiers avant de se consacrer à la broderie sur fruits ! Le résultat est, encore une fois, étonnamment féerique. Et nostalgique aussi, quand on lit sous la photographie d'un fruit mûr brodé : "Même vieille, je m'habillerai..."
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