Les Jeux Olympiques de Rio sont l’occasion de voir à nouveau fleurir les remarques dégradantes et sexistes, aussi bien à propos des athlètes féminines que des spectatrices. FemmesPlus revient sur les pires phrases qui ont été entendues depuis le début des compétitions, et explique pourquoi on ne veut plus les entendre.

© AFP

On se souvient des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi en 2014, pendant lesquels les commentateurs de France Télévisions ont été, à maintes reprises, épinglés pour leurs remarques sexistes et/ ou racistes. Et il faut croire que les médias n’ont pas retenu la leçon car, pendant les JO de Rio, le festival du machisme continue de battre son plein. FemmesPlus vous propose un petit florilège des pires remarques lues et entendues ces derniers jours...

Sexisme à Rio : les femmes, ces grandes pleureuses

La phrase qui tue : « Ah, ça pleure chez les gonzesses. Quand ça gagne, ça pleure. Quand ça perd, ça pleure… », de la part de Thierry Rey, ancien judoka et actuel consultant chez Canal +, après la victoire de la judoka brésilienne Rafaela Silva face à la tenante du titre Dorjsürengiin Sumiya, originaire de Mongolie.

Pourquoi ça nous dérange : Les athlètes, femmes comme hommes, pleurent régulièrement de joie ou de tristesse après une victoire ou une défaite, mais quelque chose nous dit que dans le cas d'UN judoka, Thierry Rey aurait plutôt fait preuve d'empathie et d'émotion face à ses larmes et non de condescendance comme il le fait pour celles d'une femme, pauvre chose fragile qui pleure à la moindre occasion... Ou pas !  Le terme « gonzesse » est aussi très péjoratif, faisant référence à « quelqu’un qui se comporte comme un lâche », selon le Larousse. Et le pronom « ça » ne fait que réduire la Brésilienne à l’état d’objet et non à celui de personne, s’il avait préféré utiliser le « elle ».

 

La phrase qui tue : Avant le match entre Alizé Cornet, tenniswoman française, et l’américaine Serena Williams, numéro 1 mondiale, le journaliste François Brabant a dit : « On va avoir le droit à une opposition entre deux des plus grandes drama queens du circuit : on va voir pas mal de grandes démonstrations, de grands gestes, de cris, de rage, de pleurs… Ca extériorise beaucoup ».

Pourquoi ça nous dérange : Même remarque que précédemment sur le « ça », les deux joueuses sont réifiées, et on n’apprécie pas (du tout). Enfin, le terme « drama queen » définit une « personne beaucoup trop dramatique », selon Urbandictionary. Parce que, c’est bien connu, les femmes passent leur temps à pleurer et à crier et ont toujours une réaction disproportionnée. Ben voyons... 

Sexisme à Rio : si une femme réussit, c’est grâce à son mari (ou à son entraîneur)

La phrase qui tue : Alors que la nageuse Hongroise Katinka Hosszu venait de remporter le 400 mètres individuel et de battre le record du monde, le commentateur de la chaîne américaine NBC, Dan Hicks, s’est écrié « voilà l’homme responsable [de cette victoire] » quand le mari et entraîneur de la jeune femme est apparu à l’écran.

Pourquoi ça nous dérange : Oui, Shane Tusup a peut-être bien entraîné la nageuse, qui est aussi sa femme. Oui, c’est peut-être grâce à ses conseils qu’elle a remporté la course et a battu le record mondial. Oui, peut-être qu’il l’a encouragée à se dépasser. Mais c’est elle et seulement elle qui a nagé et qui a vaincu ses adversaires ! Donc si quelqu’un est « responsable » de cette victoire, c’est Katinka Hosszu, et elle seule. Arrêtons d'attribuer le mérite des femmes aux hommes qui les entourent. 

Sexisme à Rio : les « femmes de »

La phrase qui tue : L’américaine Corey Cogdell vient de décrocher la médaille de bronze en ball-trap et les médias la félicitent. Le Chicago Tribune publie un tweet pour en faire de même, mais sans citer le nom de la jeune femme. A la place, celui de son mari, Mitch Unrein, footballeur reconnu.

Pourquoi ça nous dérange : L’athlète et sa réussite disparaissent complètement derrière son mari, alors que ce n’est pas lui qui était sur le terrain. Corey Cogdell a une identité à elle et vient de remporter une médaille aux Jeux Olympiques, pourquoi alors prendre la peine de rappeler qui est son mari ? Le Chicago Tribune a tenté de se justifier en disant qu’en tant que journal local, ils ont voulu attirer l’attention du lecteur avec une accroche « locale » en citant le nom de son époux, joueur pour les Chicago Bulls. Comme explication, il y a mieux...

Sexisme à Rio : les femmes, encore et toujours jugées sur leur physique

La phrase qui tue : Un journaliste du journal italien Il Resto di Carlino désigne les membres de l’équipe féminine de tir à l’arc représentant son pays comme « le trio de grassouillettes ».

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Pourquoi ça nous dérange : En tant qu’athlètes, les trois jeunes femmes méritent qu’on parle de leur activité de sportives, et non de leur physique, surtout si c'est pour faire du body shaming (faire honte aux corps des femmes). Le journal italien a, heureusement, depuis présenté ses excuses et annoncé dans la foulée le licenciement du directeur des pages sportives, rapporte TV5 Monde.

 

La phrase qui tue : Une photo d’un cochon accompagné de la phrase « une image exclusive d’Alexa Moreno à la fin de sa performance en gymnastique », une fausse citation de la gymnaste disant : « mon rêve est de gagner l’un de ces concours de mangeurs de hot-dogs », « Alexa Moreno, encore un exemple de ces pseudos athlètes envoyé par le ministère des sports pour remplir les quotas »… Toutes ses phrases ont été lues sur Twitter après la performance de la Mexicaine de 22 ans, rapporte Buzzfeed.

Pourquoi ça nous dérange : Encore une fois, une personne ou une athlète ne se résume pas à son physique. Heureusement, nombreux ont été ceux qui ont pris la défense d’Alexa Moreno sur les réseaux sociaux. Dont Diego Reyes, footballeur mexicain au FC Porto, qui lui a adressé le message suivant : « Félicitations à Alexa Moreno pour sa grande participation aux Jeux Olympiques. Une raison de plus de nous sentir fiers malgré toutes les critiques ».

Mais ces deux exemples de sexisme sont malheureusement loin d’être les seuls. On peut aussi citer le quotidien sportif argentin Olé qui présente les compétitrices venues de Suède comme les « poupées suédoises » sans présenter leurs chances de réussites mais en se contentant de les décrire par leurs physiques de « blondes aux yeux clairs ». En France, on peut aussi citer l’ancien rugbyman Fabien Galthié qui, à la fin du match de rugby féminin France – Etats-Unis, s’est fendu d’un « les Françaises sont beaucoup plus mignonnes, beaucoup plus féminines que les Américaines ».

Ces derniers temps, on peut remarquer que ce type de phénomène se produit aussi pour les athlètes masculins. Eux aussi ont le droit au « top 10 des sportifs les plus sexy », et autres articles dans la même veine. Les médias s’intéressent aussi à leur tenue plus qu’à leur performance, comme par exemple cet article de Buzzfeed intitulé « Prenons un moment pour parler des maillots de bain olympiques masculins », qui se félicite de l’interdiction de la combinaison intégrale, qui permet le retour de maillots de bain bien moins couvrants. Il serait peut-être temps que nous recommencions à nous intéresser aux performances des athlètes plutôt qu’à leur physique…

Sexisme à Rio : une femme qui gagne = un homme

La phrase qui tue : Katy Ledecky, nageuse américaine, a remporté la médaille d’or et battu le record du monde en 400 mètres nage libre. Le Figaro l’a surnommée la « Phelps en femme », tout comme le Daily Mail qui la désigne comme « Michael Phelps en femme ».

Pourquoi ça nous dérange : Pourquoi comparer la jeune femme de 19 ans à un homme sous le simple prétexte de sa victoire ? Si encore des parallèles avaient été faits entre elle et la précédente détentrice du record ou l’ancienne tenante du titre olympique, on aurait pu comprendre, mais là, vraiment, on ne voit pas le rapport. 

Sexisme à Rio : les femmes s’intéressent aux JO parce que cela ressemble à de la téléréalité

La phrase qui tue : Pour justifier le fait que NBC, qui a l’exclusivité de la diffusion des JO aux Etats-Unis, diffuse certaines épreuves parmi les plus populaires (natation, gymnastique…) en différé, le directeur marketing a tenu un discours pour le moins étonnant. « Le public qui regarde les Jeux n’est pas particulièrement fan de sport. Ce sont davantage des femmes que des hommes qui s’intéressent à l’aventure olympique plus qu’aux simples résultats », a dit John Miller au New York Daily News. Avant d’ajouter : « Les JO, c’est comme la téléréalité ultime et une mini-série en une seule émission. ».

Pourquoi ça nous dérange : Si on ne doute pas que certaines et certains regardent les Jeux Olympiques sans attention particulière, ce n’est pas pour autant qu’il faut sous-entendre que les femmes ne les regardent que parce que cela ressemblerait à de la téléréalité. Mais, comme le souligne le site d’informations américain Jezebel, 63% des femmes disaient être très intéressées par les JO en 2012, et 47% en 2016. Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes et imposent une souflette à Mr. John Miller.

Sexisme à Rio : on ne parle pas des hommes et des femmes dans le milieu du sport de la même manière

Une étude de l’Université de Cambridge dévoilée le 5 août 2016 s’est interrogée pour savoir si les épreuves sportives masculines et féminines étaient traitées de la même manière dans les médias. Basée sur un corpus de textes issus de journaux, de bandes-son tirées de reportages télévisés ou radiophoniques, des réseaux sociaux et de forums, elle fait plusieurs constats alarmants.

Dans le milieu de la presse sportive, les épreuves masculines sont traitées presque trois fois plus que celles concourues par des femmes. Et encore, comme le souligne le rapport, les seules fois où les femmes sont les plus citées, c’est pour différencier leur sport. « Les sports masculins sont souvent considérés comme la valeur par défaut – par exemple nous faisons souvent référence au football féminin, alors que le football masculin est juste appelé football », lit-on dans le rapport.

Quand on parle d'une sportive, c’est plus souvent pour discuter de son allure que de ses chances de victoires et de son parcours. Pire encore, l’étude de l’Université de Cambridge dévoile que les journaux ont plus tendance à parler de la vie personnelle de l’athlète féminine (couple ou célibat, grossesse…) que de ses réelles performances, à l’inverse des hommes. L’article note que les associations de mots les plus fréquentes avec le nom d’une sportive sont « agée », « plus vieille », « enceinte », « mariée » et « célibataire », tandis que pour les hommes, ces mots sont « plus rapide », « fort », « grand », « réel » et « bon ».

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Quant aux termes liés à la performance, ils sont significativement différents en fonction du sexe de l’athlète. Pour les hommes, on trouve souvent les mots « génie », « battre », « gagner », « dominer » et « batailler », alors que pour les femmes, apparaîssent les termes « rivaliser », « participer » et « s’efforcer ». Un vocabulaire qui en dit long sur la manière dont les sports féminins sont (encore et toujours) perçus. Il y a du pain sur la planche...

 

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