Féministes aujourd'hui

avec
Florence Montreynaud, historienne : Rarement avant 30 ans 20 % de différences de salaires entre les hommes et les femmes, 50 000 viols par an et Shéhérazade a été brûlée vive : voilà trois bonnes raisons, qui, à mes yeux, méritent que l'on soit "encore féministes" aujourd'hui. Je suis engagée depuis 35 ans, j'ai eu 4 enfants, et ce n'est que depuis que mes enfants sont grands que j'ai réellement pu m'investir dans mon action militante. L'engagement féministe est très rare avant 30 ans. A 30 ans, on est encore encombré de problèmes sentimentaux, familiaux. Plus on avance en âge et plus on peut être libre dans sa tête. Le féminisme, c'est un engagement à la fois psychologique et politique, une façon de voir sa vie autrement, ça part d'une transformation personnelle, il faut qu'il y ait "le déclic". Dans le milieu professionnel, cela peut par exemple être le collègue homme qui a une promotion non justifiée avant soi. C'est un éternel recommencement En tant qu'historienne, je ne peux pas être pessimiste sur l'avenir du féminisme. En 1946, Simone de Beauvoir disait dans le Deuxième sexe que le féminisme n'avait plus de raisons d'être vu que les femmes avaient acquis le droit de vote... Le féminisme est un éternel recommencement. En 30 ans, il y a eu d'énormes progrès, une vraie révolution. Rappelons nous que dans les années soixante, une femme qui travaillait, c'était l'exception. (1) ''Shéhérazade est une jeune fille française d'origine marocaine aspergée d'essence et brûlée vive par un fiancé éconduit en 2005 à Neuilly-sur-Marne.''

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Bérangère Lepetit

FemmesPlus : Comment est né le collectif "Les putes" ? Maîtresse Nikita : Tout a commencé à la Conférence Européenne du Travail Sexuel des Droits de l'Homme et de l'Immigration à Bruxelles en octobre 2004. On s'est rendu compte que la France en était presque au même stade que la Moldavie et la Russie au niveau du respect des droits de l'homme, avec un vrai retour à l'ordre moral depuis les années 90. Le collectif "les putes" a pris forme en mars 2006. Nous sommes un noyau dur d'une dizaine d'activistes, toutes "travailleusEs du sexe". Chaque semaine, nous nous réunissons pour discuter des actions à mener, en profitant du succès des Pute Prides. Les journalistes et les sociologues passent leur temps à parler à notre place. On veut cette parole et on ne veut surtout pas être abolies comme le demandent les féministes ! "Putes"... ce ne n'est pas un peu péjoratif ? Justement, nous avons voulu nous réapproprier cette insulte, la plus sexiste et péjorative qui soit, pour en faire une fierté. C'est le seul moyen de lutter contre la putophobie et les discriminations dont nous sommes victimes. Quelles sont vos principales revendications ? Il faut sortir de la victimisation et montrer que l'on peut aussi choisir ce métier, même s'il est important de réorienter les travailleuses du sexe qui ne l'ont pas voulu. Il faut sortir des amalgames : prostitution/esclavage/proxénétisme... Nous souhaitons avoir un vrai statut de travailleur indépendant, comme cela existe en Suisse et avec des droits et une retraite, que la police nous protège. Que les droits de l'Homme soient appliqués.
Des lieux autogérés et protégés Paris, 163, rue de Charenton, l'entrée est libre. Seule exception, "No men" : les hommes sont exclus. Imaginées à la fin des années 70, le but des Maisons des femmes était de créer des lieux autogérés partout en France, des espaces d'initiatives et de solidarité féministe où les femmes pourraient s'exprimer librement, loin de toute présence masculine. Ici, elles peuvent également se documenter sur l'histoire des femmes et du féminisme, suivre des cours d'alphabétisation, demander un renseignement administratif... ou sortir de leur isolement, tout simplement. Des groupes de paroles La Maison des femmes de Paris est un endroit de vie qui héberge plusieurs groupes de paroles, plusieurs associations. Femmes sourdes et solidaires, Encore féministes, la Meute, Archives lesbiennes, Action contre les violences masculines... Mais si la Maison des femmes sert plus de boîte aux lettres que de réel Q.G pour les féministes parisiennes, quelques-unes organisent encore ici des groupes de paroles, affichent leurs tracts et leurs lieux de rendez-vous. Seules une vingtaine de militantes font encore vraiment bouger le lieu. C'est trop peu et chaque année, le budget est difficile à boucler. Les raisons ? La baisse des subventions publiques, le désengagement de l'Etat, mais également le vieillissement et la diminution des militantes. "''Comment pérenniser des structures de résistance ? Aujourd'hui, beaucoup de jeunes femmes courent après leur emploi, sont très angoissées par rapport à l'avenir...''", relativise la vice-présidente, Michèle Larrouy.
Sexo
21h, vendredi soir, devant la piscine Roger le Gall de Paris. Je me lance. Ce soir, je vais vivre la toute première aventure naturiste de ma vie. Géniaal ! Non, je n'en mène pas large.Oui, j'avoue, l'expérience m'excitait quand j'en parlais sur le ton de "la fille décomplexée qui ose, ELLE". Oui, j'avoue, les préjugés sur cette charmante communauté ne sont que mauvais esprit et curiosité malsaine. Les naturistes sont ni des pervers voyeurs, ni des hurluberlus écolos, mais juste des gens biens, qui, dixit la définition de 1974 de la Fédération de naturisme, ''"veulent vivre en harmonie avec la nature et dans le respect des autres et de l'environnement"''. J'y suis, j'y vais Oui, mais voilà, l'idée soudaine de me retrouver à poil dans une eau tiédasse en plein centre ville avec pour seuls accessoires mon ridicule bonnet de bain et mes lunettes de mouche ne m'enchante plus guère. Ce soir, il fait froid, j'ai à moitié la crève et je serai mieux dans un petit bar trendy. Je suis une fille très banale, j'adore les conventions sociales, les maillots de bain, et sortir habillée le soir. Oui mais voilà, j'ai promis. Mon honneur est en jeu. J'y suis, j'y vais. Et comme dit le fameux site que j'ai appris par cœur en guise de préparation psychologique cet après-midi : ''"Le naturisme est un cadeau que nous pouvons faire à notre corps, et à notre tête. Ils le méritent bien !"''. Alors... 
Actu / Evénements
Amélie
Elle a des airs de geisha un peu déjantée avec ses lèvres peintes en rouge et ses crayons dans les cheveux. Des airs de fille naïve et coincée qui s'estompent vite quand, un brin hystérique, elle extrait de son piano un pique à rosbif pour arracher les yeux de son amoureux. Coup de coeur pour Amélie et les crayons... Et ses chansons !
Vouées à l'inactivité C'est le "modèle français", se targuent certains, "La politique familiale de la France est très avantageuse". "Faux", répondent en chœur la sociologue Dominique Méda et l'économiste Hélène Périvier dans leur récent ouvrage : "Le Deuxième âge de l'émancipation féminine"(1)."''Ce taux de natalité élevé masque des différences''", soutiennent-elles. Et les chiffres sont là pour le prouver. Le taux d'activité des femmes, qui s'élève à 80 % lorsqu'elles ont un jeune enfant, chute à 60 % lorsqu'elles en ont deux et à 37 % lorsqu'elles en ont trois ou plus. Les hommes, eux, conservent, au fil des naissances, un taux d'activité supérieur à 90 %. Actuellement, 300 000 enfants de moins de 3 ans sont gardés de manière informelle, hors de tout dispositif officiel. 450 000 sont gardés par des mères inactives qui, pour au moins la moitié d'entre elles, auraient travaillé si elles en avaient eu la possibilité. "''Dans le champ politique, la question du mode de garde n'a pas été pris en compte depuis les années 70. C'est trop cher: donc on en parle pas! Et puis surtout, il ne doit pas y avoir tant de problèmes avec le taux de fécondité que l'on a !''", ironise Dominique Méda. C'est un fait, lorsqu'on se penche plus précisément sur la situation, ce n'est pas folichon."''Mais aujourd'hui la dynamique d'émancipation marque aujourd'hui le pas'', expliquent Dominique Méda et Hélène Périvier. ''Un taux d'activité toujours inférieur à celui des hommes, des emplois de moindre qualité, des rémunérations plus faibles, un temps de travail plus réduit et elles restent en charge de l'essentiel des tâches domestiques et familiales.''"
"''C'est important de se réunir, même avec trois manteaux et deux écharpes !''", plaisante Florence Montreynaud, l'animatrice du groupe parisien d'"Encore féministes". Pour cette première rencontre en plein air de l'année, les organisateurs ont été fort optimistes : la nappe provençale, étendue dans un petit coin du Jardin du Luxembourg, risque de s'envoler à chaque instant. Difficile de pique-niquer, engoncé dans une doudoune, les doigts à moitié gelés. Mais peu importe. Ils sont presque tous là, une bonne trentaine. Femmes et hommes. Pour dire qu'ils sont "''encore féministes et fiers de l'être''". Et même si la majorité des participants ont les cheveux gris, quelques jeunes nouvelles venues sont chaleureusement accueillies, comme Solène, 27 ans, jeune infirmière bretonne fraîchement débarquée dans la capitale et qui est là parce que pour elle, le féminisme "c'est une histoire de famille ". Ou encore Ariane, la trentaine, conseillère psychologue en collège qui ne "supporte plus ce qu'elle entend tous les jours ". Et puis il y a "les habituées ", Alice, la doyenne, qui "''défile dans les rues de Paris depuis l'IVG''", Maria, l'ancienne "Chienne de garde", ou Martine, qui dit du bout des lèvres qu'elle "''bosse dans les opérations paillettes à la télé''", qui "''hallucine que les choses se passent comme ça''".Et puis les hommes. Très minoritaires, certes, mais bien là. Les plats circulent : salade de pâtes, fougasses au lardon, samossas fait maison. Un petit café pour la route.
Marie-Claude a de l'énergie à revendre et un CV en béton armé. Bilingue en anglais, avenante, souriante et dynamique, elle a exercé de nombreuses années le poste de directrice financière dans une grande entreprise. Les logiciels informatiques n'ont plus de secrets pour elle, qui compte également à son actif une expérience en audit, des connaissances en droit fiscal et en droit des entreprises. Marie-Claude réside en banlieue parisienne mais serait prête à déménager demain pour aller travailler dans une autre région en France, ou même à l'étranger. Depuis deux ans, elle est inscrite à l'ANPE et a déposé son CV sur tous les sites Internet possibles et imaginables. Sans succès. Où est le problème ? Marie-Claude a 56 ans. "''Un jour'', raconte t-elle, ''un directeur des ressources humaines m'a dit : "Madame, vous avez un double handicap : vous êtes une femme et vous avez plus de 50 ans". Ce jour-là, j'ai perdu beaucoup de ma naïveté''". Depuis six mois, Marie-Claude entrevoit pourtant une porte de sortie, une petite lueur d'espoir. Force femmes. Une association dont elle est adhérente et qui propose aux femmes de 45 ans et plus un accompagnement pour se réinsérer dans le monde professionnel. Marie-Claude y croit. "''Il ne faut pas se leurrer ! Aujourd'hui, le monde des ressources humaines ne fonctionne plus avec les annonces classiques. Je suis persuadée que c'est uniquement grâce à Force Femmes et son réseau que j'arriverai à retrouver un emploi''".
Women
Deauville, le week-end dernier, elles étaient toutes là. Au Women's Forum, on croise la crème de la crème des business women. Du 5 au 7 octobre, 800 femmes originaires de 61 pays se sont réunies dans le prestigieux Congrès International de Deauville, à deux pas d'escarpins des célèbres Planches. Souvenir en images de cette rencontre au sommet.
Au Women's Forum de Deauville ces temps-ci, on croise la crème de la crème des business women. Du 5 au 7 octobre, 800 femmes originaires de 61 pays se sont réunies dans le prestigieux Congrès International de Deauville, à deux pas d'escarpins des célèbres Planches. Thème du débat : "La responsabilité croissante des femmes, facteur de progrès dans la société". La rousse et courageuse Aude Zieseniss de Thuin, créatrice de l'évènement, l'a fièrement précisé hier matin avec son accent à couper au peigne à mascara : ''"The Women Forum is not a no man's land"''. Traduction : ''"les quelques têtes chromosomées XY qui se faufilent timidement parmi les tailleurs ne sont pas des intrus"''. C'est qu'au Women's Forum, on compte seulement 10 participants pour 90 participantes. Fine manière de renverser les statistiques, quand on sait que le monde de l'entreprise est encore dirigé à 90 % par les hommes. Mais quels participants ! Didier Lombard, de France Télécom, Jean-Claude Bailly, PDG de la Poste et le PDG-star de Nissan-Renault, le bien nommé Carlos Goshn sont "les mâles de service". Les women de service étant comme il se doit Laurence Parisot, Anne Lauvergeon, Christine Ockrent, Catherine Vautrin, Monique Canto-Sperber ou Nicole Notat. On attendait Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. On aura, moins glamour mais politique quand même, Françoise de Panafieu et Michèle Alliot-Marie. Et puis il y a les ovnis, le "quota de people". Ceux qui sont là on ne sait trop pourquoi mais qui ont au moins le mérite d'être là alors on les cite quand même... La réalisatrice Yamina Benguigui, venue parler de "l'art au féminin", les écrivain(e)s Irène Frain, Shan Sa et Erik Orsenna, la reine Rania de Jordanie et le réalisateur-baroudeur Tony Gatlif, qui a fait un petit crochet à Deauville en rentrant de Roumanie.
Ici, c'est un peu comme à la maison, au Cafézoïde. Anne-Marie Rodenas, la fondatrice et responsable des lieux, vous accueille chaleureusement, s'empresse de vous proposer un thé à la menthe, gratifie chacun d'un petit mot, se rappelle les noms.... Le Cafézoïde, c'est le "café des enfants", ce petit rayon de soleil qui illumine de sa façade bigarrée les devantures grisâtres des HLM du quai de la Loire, dans le 19e. "Le seul arrondissement de la capitale qui rajeunit, celui qui compte le plus grand nombre d'enfants. Et le plus populaire aussi, un des rares lieux de mixité sociale préservé de Paris", sourit Anne-Marie de derrière son comptoir. Nul hasard, donc, à ce qu'élise domicile dans ce quartier l'unique "café des enfants" parisien. Ni à l'école, ni à la maison En 2000, le local de 160 m2 est prêté par la mairie. Restait à trouver les subventions pour les travaux, et le tour était joué. "C'était un peu dans l'air du temps. En juin 1999, José Bové démontait le fameux Mac Do de Millau. C'est bien beau de tout descendre mais que propose t-on à la place ?". Loin du fast-food sans âme, le Cafézoïde incarne ce lieu alternatif pour les enfants et ados. Sans tabac ni alcool, avec, pour la modique somme d'1, 50 euro, la possibilité de déjeuner sur place et de participer à un minimum de trois ateliers - musique, art plastique, danse etc...- proposés par les familles ou les animateurs, William, David ou Matthieu. Un espace de liberté, un lieu-refuge inspiré des thèses de Françoise Dolto où l'enfant n'est ni à l'école, ni à la maison. Une idée qui a germé il y a un certain temps dans la tête d'Anne-Marie, lorsqu'elle crée à 12 ans avec ses copines le "Club des fuguettes". Loin d'être des fugueuses dissipées, les collégiennes ont envie de révolutionner leur école, en y créant un lieu convivial. Mais sans succès. "Quand tu es à l'école, on te sabre tous tes projets. Il y a une phrase que je trouve très juste : on demande aux enfants d'être des adultes et finalement, les adultes se comportent comme des enfants ". Son projet, Anne-Marie y tient dur comme fer. Animatrice de centres culturels, puis responsable de formation dans l'animation en banlieue parisienne, elle n'en démord jamais. C'est son "bâton de pèlerin".
Il est à peine 21h30. Une foule de jeunes femmes apprêtées se bouscule à l'entrée du Régine's club, dans le chic quartier de la rue de Ponthieu, au cœur du 8e arrondissement parisien. On fume une dernière cigarette, on se passe un coup de peigne, un coup de fil, on retouche son maquillage. Ce soir, le célèbre club des années 60 ouvre exclusivement ses portes à la gent féminine pour sa célèbre soirée du jeudi intitulée "Au bonheur des dames". Le concept est simple : dîner, spectacle de chippendales et open bar gratuit réservés aux filles jusqu'à 23h. L'ambiance à son comble, on lâche les mâles, on secoue... et on attend. Et gare aux faux pas vestimentaires! Il serait dommage de se faire refouler à l'entrée. La boîte n'accueille à ses dires que des femmes "élégantes, raffinées, qui ont un pouvoir d'achat conséquent". Les "clientes" sont étudiantes, travaillent dans le luxe, la banque ou l'immobilier, ont en moyenne 25 ans et adorent le parfum, le vernis à ongles et "les soirées entre copines". "Je viens ici très régulièrement depuis plus d'un an. C'est une occasion de se retrouver entre copines en semaine, de discute", explique Charlotte, 22 ans entourée de sa bande d'amies. La drague? Le mot fait sourire. Une fois franchi le vestiaire, une hôtesse nous accueille, un flacon à la main et nous asperge de la dernière fragrance à la mode en nous soufflant, avec le clin d'œil de rigueur "Avec ça, vous allez envoûter tous les mecs ce soir".
L'une a 25 ans, l'autre 26. Toutes deux sont Parisiennes. Des beaux quartiers. Toutes deux sont catholiques, mariées et profs en collège et lycée. Jusque là, rien ne sépare Bénédicte et Aurélie. Et pourtant... Depuis deux ans, Bénédicte quitte chaque matin le centre de Paris pour rejoindre l'Alma et la Rochefoucault à l'ouest de la ville, où elle enseigne l'histoire et la géographie. La crème de la crème des lycées parisiens.Aurélie, elle, se lève à 5h 30 chaque matin. Direction : Sarcelles en Seine-Saint-Denis. Début des cours : 8h 00. Vingt-deux heures de cours par semaine et chaque jour, elle passe 3 heures et demi par jour dans les transports, métro et RER confondus. Un choix "pour aller voir ailleurs et sortir de son milieu". "Je vivais avec des clichés dans la tête" Aurélie et Bénédicte ont toutes deux choisi l'enseignement privé. L'enseignement, Aurélie n'en démord pas depuis ses treize ans quand elle décide de devenir prof. Mais pour elle aussi, ce sera le CAFEP (certificat d'aptitude aux fonctions de maître dans l'enseignement privé) qui ouvre les portes du privé, et non le CAPES (certificat d'aptitude au professorat dans l'enseignement secondaire). Quelques remords en tête et avec la ferme intention de "dépasser son complexe de Neuilly" dit- elle en souriant, elle postule dans les lycées réputés "difficiles". "J'avais conscience que je vivais avec des clichés dans la tête. J'avais 22 ans, j'aurais pu postuler dans le seizième arrondissement et y rester enterrée toute ma vie. Quand tu es prof, tu n'as pas vraiment d'évolution de carrière possible". Quand elle voit que l'unique privé de Sarcelles recherche un prof de Français et de Latin, cette jolie blonde aux yeux bleus saute sur l'occasion.
Elles sont cadres, chefs d'entreprises, commerçantes ou informaticiennes, salariées, chômeuses ou fonctionnaires. Toutes ont un jour décidé de faire partie d'un réseau au féminin. Pourquoi, et surtout qu'est-ce que cela leur apporte. Enquête...
C'est l'histoire de neuf femmes, originaires de six réseaux de femmes cadres supérieures qui décidèrent un beau jour de créer un blog. Leur devise ? "L'union fait la force".. Leurs objectifs ? Mettre du "rose dans le gris" ou "de la dentelle dans les cravates"... Aujourd'hui en effet, si les femmes représentent 56 % des diplômés de l'enseignement supérieur et 30 % des cadres en entreprises, elles ne forment que 7 % des effectifs dans les conseils d'administrations. Armelle Carminati-Rebasse, la Présidente de Accents sur Elles, annonce la couleur. Ce sera le rose. "Nous venons de réseaux différents, mais non concurrents. Nous sommes puissantes, ambitieuses et persuadées que les femmes ont une réelle influence dans l'entreprise". Sa phrase fétiche : "ce qui est bon pour les femmes est bon pour l'entreprise et donc bon pour les hommes". Et de citer cette étude menée en Grande-Bretagne qui figure en bonne place sur le blog : utiliser pleinement le potentiel des femmes dans l'entreprise rapporterait 34 milliards d'euros à l'économie britannique. Le blog du rose dans le gris foisonne d'études, anecdotes et autres vilains mots ou expressions qui font frémir et tempêter les réseaux féminins. Comme cette loi, adoptée par le Sénat le 9 février dernier, qui indique que les conseils d'administrations des entreprises "sont composés en représentation équilibré entre les femmes et les hommes (...) et comprennent un nombre de représentants de chacun des deux sexes ne pouvant être supérieur à 80 %". "Alors espérons qu'il y aura 80 % de femmes et 20% d'hommes !", ajoute, mi- figue mi-raisin, Tita Zeïtoun, de Actiondefemme.
Dany Girard est sans emploi. Elle a 43 ans et fréquente l'EPWN (European Professional Women's Network). "Je suis arrivée en France il y a 9 ans car mon mari a eu une place intéressante dans son entreprise à Lyon. Les débuts ont été très difficiles. J'ai trouvé la société française trop cloisonnée. Au Canada, j'étais diplômée d'un MBA en Droit. Je n'ai pas fait d'école de marketing en France et c'est un frein pour ma carrière. Lorsque j'ai des entretiens, on me fait sans cesse remarquer ce manque d'expérience en marketing, on me dit que "mon profil ne correspond pas". Les employeurs ne savent pas dans quel tiroir me ranger. A Lyon, j'ai d'abord travaillé dans une start-up de lingerie de luxe puis j'ai cherché autre chose. Mon mari a alors été muté sur Paris et là, j'ai trouvé une place à l'ambassade du Canada dans le service culturel. Depuis le mois de décembre, je suis sans emploi mais j'ai décidé de prendre un break. J'ai besoin d'être beaucoup plus précise dans ma recherche et j'ai peur de me perdre. D'où l'intérêt de fréquenter un réseau de femmes."
Arborus est une association qui travaille, depuis une dizaine d'années, en lien avec les entreprises, dans la perspective d'intégrer l'égalité professionnelle dans leur culture.Nadia Yahiaoui, 38 ans, juriste en entreprise, est secrétaire générale. Elle témoigne.
A voir
Flash back en 1986. Les étudiants battaient le pavé parisien contre la loi Devaquet. L'Espagne et le Portugal entraient dans la CEE. Jacques devenait le premier ministre d'une première "cohabitation" mitterrandienne et pour la première fois, le baril de pétrole descendait en dessous des 10 dollars. C'était il y a 20 ans, et sur les ondes, il y avait une drôle de voix qui chantait en cadence : ''"prends un petit poisson, glisse le entre mes jambes... toi, toi mon toit, toi, toi mon tout mon roi"''. Avec cette rengaine, la franco-urugayenne Elli Medeiros, ex-punkette passée par la techno-pop rentrait dans les annales de la chanson française. C'était il y a vingt ans et depuis, après quelques passages furtifs au cinéma, Elli s'était tu. Jean baggy, polo sportswear Mais hier soir, elle était revenue. La même. L'air juste un peu étonné, un peu timide, Elli. Comme catapultée de ses années 80 en plein dans la fièvre anti-CPE. Un look un peu différent : jean baggy et polo sportswear. Des rythmes reggae chaloupants à la place des synthés. Mais la même énergie à revendre, surtout lorsqu'elle entonne les premières paroles de son tube : "Soulève-moi". Après un début de soirée marqué par trois artistes très "pop", la folkeuse minimaliste Milkymee, le trio français "Diving with Andy" et sa douce chanteuse Juliette Paquereau et la fièvreuse disciple de PJ Harvey Vale Poher, le public du festival Les Femmes s'en mêlent n'attendait plus qu'elle, dans l'ambiance enfumée et intimiste du Café de la Danse, à Bastille. D'ailleurs, la plupart s'étaient déplacées pour "Elli" comme ils disaient, piaffant devant la scène, déjà nostalgiques. Aucune déception. "J'ai toujours été fascinée par la façon dont les paroles des chansons pouvaient prendre un sens différent, avec le temps", souffle t-elle entre deux morceaux. Le nouvel album d'Elli Medeiros "For you" sortira en septembre, un album "métissé", selon elle, où elle retrouve Etienne Daho avec qui elle s'était produit... en 1979. Et pour ceux qui ont raté la soirée d'hier, elle se produira à nouveau, dit-on, lors de quelques festivals estivaux. Muchas gracias, Elli.
Qu'elle est belle, Benoîte, du haut de ses 86 ans Journaliste féministe, écrivaine libérée, militante pour la légalisation de l'euthanasie, membre de la commission pour la féminisation des noms de métiers à l'Assemblée, Benoîte Groult aura été de tous les combats. Ce soir, à la librairie féministe, Violette and co, rue de Charonne, elle est juste venue présenter son dernier livre, La Touche étoile (1), et la sortie d'un double DVD (2) qui lui est consacré, Une chambre à elle. Et elle sourit. Et elle plaisante. "On parle toujours des excès du féminisme. Mais quels excès au juste ? Il n'y a pas eu mouvement plus pacifiste ! Je ne comprendrai jamais pourquoi il n'y a pas eu plus de zizis coupés". Rires dans la salle. Les femmes, les fans, les femmes fans, nombreuses à s'être déplacées, sont ravies.
Ambiance matinale et feutrée au Cercle des Directeurs de Bercy. Le réseau Administration moderne organise son petit-déjeuner mensuel en présence de ses adhérentes et de Marie-Claude Kervella, secrétaire générale du syndicat de fonctionnaires de la CFDT. Autour de la table, une douzaine de femmes, dont Nathalie Tournyol du Clos, la présidente du réseau, et certaines élues Verts, UMP, PS. Au menu ce matin : viennoiseries, réforme de l'Etat, dialogue social et place des femmes. "J'ai découvert avec surprise votre association atypique, débute Marie-Claude Kervella. Pour ma part, je pense que la question des femmes ne doit plus rester marginale. A chaque fois qu'il se passe quelque chose, il faudrait se dire : et pour les femmes, ça change quoi ?". Les discussions vont bon train, les réactions fusent. A un bout de la table, une femme parle de son expérience à l'OCDE et hausse le ton : "J'ai l'impression qu'on aurait pu dire cela il y a trois ans ! Quand les choses vont-elles enfin se débloquer ? Il faut dire clairement ce qu'on va faire et agir !". Approbation de ses voisines. "Ce réseau me conforte dans mon action au quotidien. Ici, on traite sans bannière de thèmes essentiels pour la fonction publique. Se retrouver entre femmes offre sans doute une plus grande liberté de ton dans les échanges", confie Catherine Gras, chef de service à la Direction du Commerce et de l'Artisanat au ministère de l'Economie et des Finances, où elle dirige une équipe de 220 personnes.
A voir
Les femmes ont commencé à s'en mêler en 1997, lorsque Stéphane Amiel et un copain décident de "se faire plaisir" en créant un évènement qui regroupe les plus grandes voix de la scène musicale féminine indépendante. La première année, le festival, unique en son genre, s'est déroulée sur une journée, le 8 mars, lors de la Journée Internationale des Femmes. "Finalement, cette date s'est avérée trop polémique. Et puis, nous, on en faisait un peu qu'à notre tête, on choisissait les artistes qui nous plaisaient le plus", se souvient Stéphane Amiel. Aujourd'hui, après un petit passage à vide à l'orée du deuxième millénaire puis un rétablissement prompt et vigoureux en 2001, le festival a pris une toute autre allure. Plus de dates, plus de groupes, plus de villes. En intégrant des têtes d'affiches comme Vashti Bunyan, The Organ ou Elli Medeiros et en s'étendant sur deux semaines, l'évènement est encore et toujours découvreur de nouveaux talents, comme il a déjà pu le faire en organisant les premiers concerts d'Emilie Simon, la Grande Sophie ou Camille. Avec, en projet, l'ambition de créer un festival européen qui se tiendrait à la fois en Hollande, en Allemagne, en Grande-Bretagne, des pays qui ont déjà sollicité le festival.
"Are you a member of EPWN ?". D'un grand sourire, Jane pose la question rituelle, en vous tendant l'étiquette, de rigueur ce soir. C'est elle qui filtre les entrées à l'étage du très chic bar à vin Nicolas, place de la Madeleine à Paris. Ce jeudi soir, comme désormais tous les derniers jeudis du mois, le réseau European Professional Women's Network, EPWN, organise son "last Thursday Evening", un évènement ouvert à toutes, ou presque. Pour faire partie du réseau, mieux vaut remplir certains critères comme une expérience professionnelle "à l'international", la maîtrise de l'anglais, et au moins cinq ans d'études supérieures après le bac. Le réseau EPWN existe depuis 1997, possède 8 sièges dans des capitales étrangères et compte aujourd'hui près de 2500 membres. Margaret Milan, la vice-présidente du réseau EPWN , est britannique. Depuis 27 ans, elle s'est installée en France où elle a créé son entreprise. "La société française est trop cloisonnée, affirme t-elle. Quand on vient des Etats-Unis et qu'on débarque à Paris, on est bien content de trouver des soirées comme celles-ci où il est facile de rencontrer des gens qui appartiennent à des horizons divers".Mais ici, on discute surtout boulot. Et dans la langue de Shakespeare. Un verre de vin à la main, les femmes bavardent en petits cercles dans un brouhaha réconfortant. On dégaine facilement les cartes de visites. "Je le dis sans cesse : monter sa boîte, c'est à 10 % une idée et à 90 % du courage, surtout lorsque l'on est une femme ! Le réseau m'a beaucoup soutenu quand j'ai dû vivre cette épreuve !", explique Madami Tahminae, israëlo-américaine. Après avoir travaillé plusieurs années dans une grande banque parisienne, elle a décidé de créer son entreprise de courtage en service financier. "Les femmes ne viennent pas forcément ici pour le networking, mais aussi pour se sentir mieux dans leur vie professionnelle, tout simplement" ajoute t-elle. 'Plus' d'infos ! . European Professional Women's, EPWN . Accent sur Elles . HRM Women . Administration moderne . Arborus . Chiennes de garde
''"Avec le recul, je me dis que c'était pas la solution, finalement."'' En chemise noire, les mains croisées dans le dos, Jamal Derrar, dit "Nono", parle posément, plaide sa version des faits. Le 4 octobre 2002, Sohane Benziane est brûlée vive à l'âge de 17 ans dans le local à poubelles de l'escalier H, cité Balzac à Vitry-sur-Seine. "Nono" lui a renversé une bouteille d'essence sur la tête avant de la menacer avec son briquet puis de la transformer en torche humaine. Aujourd'hui, poursuivi pour "acte de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner", Jamal Derrar comparaît aux assises du Val-de-Marne aux côtés de Tony Rocca, 23 ans, accusé de complicité. A l'époque, ce fait divers avait popularisé l'association Ni putes ni soumises, constituée en 2002. En 2003, l'association avait entamé un tour de France depuis Vitry, en hommage à Sohane, morte car elle ''"a refusé de se soumettre à la loi du ghetto"''. -''"Non, je n'interdisais pas à Sohane d'aller à la cité'' ''Balzac"'', poursuit le jeune homme de 22 ans.-''"Alors pourquoi avez-vous dit le contraire jusqu'à'' ''présent ?"'', s'étonne la juge, Catherine Giudicelli.-''"Parfois c'est un peu confus dans ma tête'', répond Jamal. ''J'ai pu dire des stupidités mais aujourd'hui, je'' ''dis la vérité. J'avais pas conscience du risque,'' ''j'avais pas conscience que c'était de l'essence, je'' ''voulais pas causer du tort."''
A voir
Elles sont trois. Il y a Simone, la blonde à l'air timide, Maria, la brune décidée et Carola, à la caméra. Toutes trois ont décidé de faire un documentaire sur les femmes, la mer, les femmes marin pêcheurs. Le titre : Le capitaine est une femme. Un portrait croisé original de deux femmes, Scarlette, la Bretonne, et de Judith, la Bavaroise. Elles ont en commun leur amour de la mer, de la solitude... et du grand large. Interview des trois réalisatrices... Femmesplus : Comment est née cette idée ? Maria : Je passe souvent mes vacances près de Quimper, en Bretagne. Un jour, j'ai entendu parler de Scarlette, la seule femme marin pêcheur du coin. J'ai tout de suite souhaité la rencontrer. J'ai décidé d'en faire un film en la voyant, avec son caractère bien trempé. On a ensuite connu Judith, la seule femme marin du lac de Constance. Qu'est-ce qui rapproche le plus ces deux femmes ? Maria : C'est leur volonté d'indépendance, de vouloir se prendre en charge toutes seules... Et cet air décidé ! Il faut s'imposer, pour se faire respecter en tant que femme marin pêcheur. Dans le film, Scarlette dit que le pays bigoudin, en Bretagne, fonctionne comme un matriarcat. Ce n'est pas faux, car la tradition veut que les hommes partent en mer toute la journée et les femmes, qui restent à terre, prennent en charge la vie de la maison et gèrent le portefeuille. Mais elle exagère un peu ! Le matriarcat, pour moi, ce n'est pas les femmes qui attendent leur homme sur le quai...
A voir
''La vida secreta de las palabras'' a été le grand vainqueur des Goyas cette année en Espagne en remportant quatre des neufs prix pour lesquels il avait été nominé : meilleur film, meilleur scénario, meilleur réalisatrice, meilleur direction de production. Isabel Coixet, la cinéaste catalane était à Créteil...
A voir
Et elle arrive. Simple. Indémodable. En jean et pull en V, comme il se doit. Une sacoche en cuir à la ceinture. Son habituel et large sourire aux lèvres. Jane Birkin, l'invitée d'honneur du festival, conquiert le public dès ses premières phrases. La 28ème édition du festival lui rend cette année particulièrement hommage en projetant six de ses films qu'elle a choisis pour l'occasion. Ce soir, elle est venue présenter la projection de la Pirate, un film méconnu de Jacques Doillon qui date de 1984.''"J'enlève mon chapeau à Jacques, le meilleur écrivain de le cinéma français, entame brillamment Jane. Et si un jour je claque, j'espèrent bien qu'ils passeront ce film-là à la télé et pas une connerie, parce que j'en ai fait pas mal"''. La Pirate, sifflé par le public de Cannes, relate l'histoire passionnelle d'Alma, une jeune femme déchirée entre deux amours. Son désir se partage entre son mari, Andrew, incarné par le frère de Jane Birkin, Andrew Birkin, et une femme, la Pirate, interprétée par la jeune Maruschka Detmers. Les scènes d'amour entre femmes choquèrent à l'époque... Lors du long échange qui la confronte au public suite au film, Jane revient sur le déroulé du tournage. Une femme, émue, la couvre de compliments. ''"Vous ne pouvez pas savoir ce que ça me fait plaisir, lui répond Jane, on m'a longtemps pris pour quelqu'un de frivole. J'ai eu deux vies parallèles, celle avec Serge, la plus connue et une autre, où j'ai fait des films de ce genre"''. Décontractée, presque bavarde, elle converse avec les spectateurs pendant près d'une heure, se confie, ne rechigne à aucune question. Elle évoque le scandale du film, parle du talent de Doillon, son compagnon de l'époque, de Jacques Rivette, "Charlotte" et de "Serge", bien sûr, ''"le plus français des Juifs Russes"'', de sa générosité, de son génie, de son avant-gardisme parfois incompris. Et puis, il y a l'accent de Jane. Un monument. ''"Quand même, quand je revois la Pirate, je me rends compte que j'avais un sacré accent à l'époque, et ça me fait un peu honte"''. C'est pour ça qu'on l'aime. __Le festival en live sur FemmesPlus__
A voir
Vendredi 10 mars. Grande soirée à la Maison des arts de Créteil. C'est la soirée d'ouverture du 28ème Festival international de films de femmes. "Je déclare ouverte la 28ème édition du festival international de films de femmes de Créteil". A une, deux ou trois, trente réalisatrices se succèdent au micro pour prononcer la formule magique.
A voir
Pour l'ouverture du 28ème festival international de films de femmes de Créteil, FemmesPlus a l'honneur de vous présenter Jacky Buet, directrice du festival qui participe à la vie du festival depuis ses tout débuts. Plan séquence...
Grise et colossale Depuis les émeutes de novembre, rien n'a guère changé à la cité des 4 000, à la Courneuve. La barre Balzac est toujours à sa place, grise et colossale. Les piétons sont rares. Mais ce matin plus que les autres, il règne un silence de mort au pied des barres. Il y a tout juste deux jours, seize jeunes ont été interpellés à l'aube à leur domicile dans la tour Balzac. Près de 300 policiers ont participé à l'opération. Neuf jeunes d'entre eux sont encore en garde à vue, et les familles n'ont pas de nouvelles. "Ils sont venus nettoyer, ce n'est rien ! Juste le Kärcher qui continue !". A l'association Africa (1), on rit jaune. Au sous-sol, les femmes sont réunies autour d'un thé au citron. C'est la pause au milieu du cours d'alphabétisation du mardi matin. Mimouna Hadjam, porte-parole de l'association, hausse le ton : "Ce que je ressens aujourd'hui ? Une immense déception ! Une non-réponse des institutions ! Comment se calmer quand Nicolas Sarkozy vient nous narguer jusqu'ici ? Il dit "Moi, j'ai du boulot pour ceux qui veulent se lever le matin". Eh bien moi, j'en connais des tas de jeunes qui sont prêts à se lever à trois heures du matin pour bosser !"
Décoder les autres
Paris 19ème, Porte de la Chapelle. A la lisière du périphérique, un "hôtel meublé"*. "C'est bien ici, il y a le chauffage et les toilettes et la douche sont dans la chambre". Aminata Doussoko (2) vous reçoit avec un sourire. La chambre, c'est la vie d'Aminata : deux lits, une table en formica, un petit frigidaire, une plaque électrique, et la télévision, allumée en permanence. La femme de vingt huit ans vit dans cette pièce de quinze m2 depuis neuf mois, avec ses deux petites filles, Nouma, cinq ans et Maryam, qui a tout juste un an. Le loyer est de 1 550 euros par mois.  Aminata a connu pire. Arrivée de Gambie en 1993 avec son mari pour travailler en France, elle divorce quelques années plus tard. Peu après, sa fille aînée, Asseïtou est victime d'un accident de la route qui la rend handicapée à vie. Sans logement stable, Aminata n'a plus le droit de vivre avec sa fille qui est alors placée dans une famille d'accueil. "Ces gens, je ne les ai jamais vu, ça m'empêche de dormir la nuit", soupire Aminata. Acquérir un logement devient alors sa préoccupation principale. Hébergée quelques mois chez des amis, puis chez sa soeur et son mari, Aminata déménage encore lorsque les médecins décèlent des traces de plomb dans le sang de Nouma. Par crainte du saturnisme, elle décide de prendre une chambre seule. Place à la tournée des foyers d'accueil, qu'elle trouve sur les conseils de son assistante sociale. C'est Montreuil, puis Bagnolet, Epinay-sur-Seine, Sevran, Gagny et enfin ici, à Saint-Denis. Le soir, pour payer sa chambre, Aminata fait des ménages dans les banques.
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