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Intervention morale de la femme

''"La Voix des femmes", N° 45 du 18 juin 1848'' Le tyran s'appelle démocratie Une nation qui veut grandir et vivre dans sa force, ne doit rien laisser hors d'elle-même ; un Etat sans base religieuse et morale ne saurait être ni libre ni sage ; il n'y a que la religion et la morale qui puissent harmoniser les peuples, régler les passions et faire prévaloir la justice. On a essayé du despotisme et de toutes les formes de l'aristocratie, nous entrons dans l'ère de réaction, et c'est encore le même mal. On n'a changé qu'un nom : le tyran s'appelle démocratie... Du sommet à la base, l'édifice social s'ébranle, la défiance est partout, le bonheur nulle part... On fuit les temples, on néglige le foyer et il n'y a plus d'unité, plus de conscience ; le patriotisme ressemble à de la colère, le dévouement revêt les formes de l'orgueil, l'égoïsme domine, l'ambition se fait jour dans tous les cœurs ; c'est une subversion de l'harmonie, une lutte entre l'intérêt privé et le droit public, l'oppression du présent, l'orgueil du passé, tout ce qui voile l'avenir... Nous avions cru à une République libre, à une démocratie sage ; dans quel labyrinthe sommes-nous entrés ? Partout des issues, nulle part un but... les mêmes hommes et les mêmes idées se produisent ; ceux qui veulent le bien, on les suspecte et le peuple se débat en vain dans sa misère, doutant de ceux qui lui sont dévoués, parce qu'on le trompe en l'appelant frère.Le couple social A tous ces maux éternellement reproduits, il faut chercher une cause ; et si l'humanité souffre, si la France, la première des nations, se trouve dans une impasse, c'est qu'elle ferme les yeux pour ne point voir. Les hommes ont gouverné par le droit absolu de leur toute-puissance ; c'est à leur propre raison qu'ils en ont appelé dans leurs moments de crise, et toujours le mal s'est perpétué revêtant de nouvelles formes, parce que l'humanité a tenu sous le joug la moitié d'elle-même, la femme, dernière affranchie du progrès, sans la participation de laquelle rien de stable et de complet ne saurait pourtant exister. Oui, c'est pour avoir dédaigné son concours, que l'homme s'est trompé dans ses orgueilleuses espérances : le couple social se compose de deux individus, la famille de deux chefs, l'humanité de deux sexes ; il ne faut pas désunir ce qui doit être lié... L'action appartient à tous ; l'œuvre de régénération sociale n'exclut personne, et quand il faut relever la morale, sanctifier la religion, la femme a sa part marquée ; on ne saurait se passer d'elle... Dans la famille comme épouse et mère ; dans l'Etat, comme citoyenne ; dans le temple comme chrétienne : son exemple est source de vertus. De l'harmonie des couples résulte celle des familles ; de l'harmonie des familles résulte celle de l'Etat. Si les hommes étaient moins égoïstes et plus patriotes, si leur patriotisme embrassait du même coup-d'œil l'humanité, ils appelleraient à l'œuvre sociale tous les enfants de Dieu, et les femmes alors ne seraient point exclues !