Flora Tristan : Extraits

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''Extraits de "Nécessité de faire un bon accueil aux femmes étrangères" - 1835'' La moitié du genre humainDes génies supérieurs ont bien désigné notre époque, lorsqu'ils l'ont appelée une époque de transition dans l'état social, et de régénération pour l'espèce humaine. Les bases sur lesquelles reposait l'ancienne société du moyen âge sont écroulées, écroulées pour jamais ; et une société nouvelle cherche à s'élever sur ses débris. De toute part on entend résonner une voix unanime, qui réclame des institutions nouvelles qui puissent s'adapter aux besoins nouveaux, une voix qui demande de s'associer, de s'unir pour travailler d'un commun accord à soulager les masses qui souffrent et languissent sans pouvoir se relever ; car, divisées, elles sont faibles, incapables même de pouvoir lutter contre les derniers efforts d'une civilisation décrépite qui s'éteint.Une classe entière, formant la moitié du genre humain, est au nombre de ces êtres malheureux que notre civilisation condamne à vivre dans la douleur ; et les hommes qui n'ont pas étouffé la voix de leur cœur sentent qu'il faut améliorer le sort des femmes de cette partie de l'humanité qui a reçu pour mission de porter la paix et l'amour au sein des sociétés. Des améliorations progressives Il est bien généralement reconnu que la société tout entière, et particulièrement les femmes, éprouve le besoin d'améliorer la condition générale, et de changer les habitudes sociales qui ne peuvent plus convenir au développement que le progrès lui a fait atteindre. Mais le défaut de notre époque est de vouloir trop généraliser : de cette manière, on perd de vue les moyens de réalisation ; on rêve des systèmes parfaits, mais qu'on ne pourra peut-être mettre à exécution que dans deux siècles.Notre but, ici, n'est pas de faire aussi une brillante utopie, en décrivant le monde comme il devrait être, sans indiquer la route qui pourra nous conduire à réaliser le beau rêve d'un Eden universel.Nous voulons des améliorations progressives, et c'est dans ces vues que nous envisageons seulement une partie de l'humanité et de ses malheurs. Nous pensons que si chacun voulait suivre cette marche, en travaillant aux diverses améliorations, selon un aspect spécial, bientôt on verrait poindre le soleil de rédemption et de bonheur.
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