L

L'art de la double vie

avec L
Elle arrive chaque mardi et vendredi matin au volant de sa voiture, se gare et file discrètement jusqu'au 4e étage. Dix minutes plus tard, il la rejoint. Vers 13 heures, le traiteur sonne chez eux. Ils ne sont jamais là le soir, jamais là le week-end.C'est lui qui loue le studio. Ils ne reçoivent jamais personne. Qui sont ces gens si discrets ?

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Florence Le Bras

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Bientôt les fêtes, revoilà ce sacré problème... Organiser le réveillon, tout un programme ! Car, oui, j'ai le malheur de disposer d'un très grand séjour... et de nombreux amis, tous animés des meilleures intentions, et prodiguant moult conseils. Et tous avec quelque chose à redire sur le programme, bien entendu !
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Sur la plage de Santa Giulia, je pensais. Et comme chaque été, pendant ce break ponctué de siestes, de pastis et de mots croisés, la "ménagère de plus de cinquante ans, qui ne rentre plus dans le panel des publicistes" et qui sommeille en moi, reprenait le dessus.Pourquoi ? Pour prendre de bonnes résolutions, pardi !
Régime
J'ai mis beaucoup de bonne volonté. J'ai rempli mes placards d'aliments santé, de pâtes complètes et mon frigo de fruits et de légumes. Je n'ai plus mis de sucre dans mon café. Tellement amer que je n'ai plus bu de café du tout, quitte à somnoler tous les après-midi derrière mon ordinateur. J'ai bu mon litre et demi d'eau par jour, pour éliminer. Le litron était planté sur mon bureau, comme une revendication syndicale. Je bois donc je mincis. J'ai fait des détours pour ne pas passer devant la boulangerie dont le soupirail laisse échapper des effluves diaboliques de pain au chocolat tout chaud. J'ai avalé, sans mâcher tellement c'était mauvais, des pseudo desserts à base de feuilles de gélatine en rêvant à un baba au rhum dégoulinant de sirop parfumé.
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''ça se soigne très bien...'' "''Mais qu'est-ce qu'il fait chaud ici ! C'est insupportable ! Vous n'avez pas chaud, vous ?''", ai-je lancé à la cantonade. Et j'ai commencé à enlever ma petite laine dans un resto très climatisé sous le regard médusé des autres convives qui se drapaient dans leurs écharpes... Mon voisin de droite se pencha à mon oreille pour me susurrer : "''Les bouffées de chaleur, ça se soigne très bien''". Je me suis souvenue qu'il était médecin au moment où, pour me venger de sa muflerie, je saisissais ma fourchette pour la lui planter sauvagement dans le poignet. Je me suis contentée de le remercier pour sa délicatesse en m'éventant avec ma serviette de table. Voûtée, poilue et acariâtre ? De toute évidence, le processus avait commencé : le retour d'âge, la ménopause. Inutile de rêver à Nicole Kidman, j'étais plus proche de Mamie Nova... L'idée de ne plus pouvoir procréer me laissait indifférente. Je n'étais pas nostalgique des "biberonnages" nocturnes et, plus tard, des négociations chez le proviseur pour obtenir un passage en classe supérieure. C'était plutôt mon look qui me tourmentait : allais-je devenir ratatinée, voûtée, poilue, difforme et desséchée de partout ? Et dépressive et acariâtre qui plus est ? Avec des os de cristal prêt à se briser à la plus petite pichenette ? Gel, patch ou bouffées de chaleurs ? Plus de tableau catastrophe grâce au THS m'a t'on dit alors. "''Vous preniez la pilule ? Vous allez porter un patch !''", propose le médecin. Je le colle où ? Sur le front, comme une étiquette ? Ah ! Sur la fesse ? Les câlins avec la rustine, merci bien. De quoi décourager l'amoureux le plus torride ! Alors, autre chose en rayon ? Le gel, très bien ! On se barbouille les cuisses et on s'habille. Il faut attendre une bonne demi-heure pour que ça sèche, mais au moins ça ne se voit pas. Au bout de huit jours, le tube était vide. Je menais l'enquête : étourdi, mon fils l'avait utilisé comme gel capillaire... Anti-âge, anti-eau et antioxydants Trois semaines plus tard, le médecin m'annonçait que les traitements hormonaux étaient suspendus. Alors ? Retour à la case départ. On s'arrange avec les moyens du bord. On se procure la panoplie de la ménopause heureuse. Au petit déjeuner, le pilulier avec des compléments alimentaires en tous genres, l'anti-âge, l'anti-eau, les antioxydants. Le séjour dans la salle de bains est de plus en plus long et tient de l'entreprise de ravalement.
On est quel jour ? Le 13 février ! Déjà ? Un peu plus, j'allais zapper la Saint Valentin. Pas grave, vu qu'un jour Paulou a dit à des amis "''Avec Florence, c'est tous les jours la Saint Valentin''". Adorable. Mesquine, j'avais pensé qu'il avait dit ça pour justifier l'oubli de mon petit cadeau...
Sur la plage de Santa Giulia, je pensais. Et comme chaque été, pendant ce break ponctué de siestes, de pastis et de mots croisés, la "ménagère de plus de cinquante ans, qui ne rentre plus dans le panel des publicistes" et qui sommeille en moi, reprenait le dessus. Pourquoi ? Pour prendre de bonnes résolutions, pardi ! Jalouse des intérieurs impeccables, où le miroton n'est jamais brûlé, où le linge fleure bon la lavande, où la poussière est interdite de séjour, je pris la résolution n° 1 : avoir une maison parfaite, même au prix de bagarres pour que disparaissent, de la table du salon, bouteilles de Coca et sachets de bonbons vides, de la salle de bain, tubes et flacons privés de bouchons et renversés, et de la cuisine, paquets de gâteaux éventrés, assiettes sales. J'aurai désormais le plumeau implacable et je serai directive avec Manuela qui devra astiquer et aspirer au lieu de raconter les amours torrides de sa sœur cadette. Envieuse des silhouettes de rêve des mannequins qui peuplent les couvertures des magazines, je pris la résolution n° 2 : m'occuper de mon corps. A moi les allégés, les anti-radicaux libres, la gym, le stepper et autres outils indispensables à la forme et aux formes. Je boirai deux litres d'eau par jour, éviterai cassoulets au confit et autres délices caloriques pour me gaver de kiwis et de tomates, si riches en vitamine C. Inquiète de la montée du harcèlement moral, chagrine parce que mon patron n'a pas eu l'air d'apprécier que je lui annonce que j'éteignais mon portable pendant les vacances, je pris la résolution n° 3 : être zen. Je ne stresserai plus lorsque je rendrai un dossier en retard, je saurai refuser les dossiers dont personne ne veut la veille d'un week-end.
Il n'est plus nécessaire d'avoir démérité pour être mis sur la touche. Les "quinquas" sont même souvent prioritaires dans les "charrettes" de licenciements. Si c'est votre cas, ou si vous appréhendez cette situation, il est peut-être l'heure de faire un bilan de parcours.
Vous avez rédigé votre CV, il vous reste à l'envoyer. A qui ? Balayer large, c'est-à-dire sans présélection, est inutile et coûteux. Pour limiter les frais et ne pas s'épuiser en de vaines attentes, mieux vaut cibler vos interlocuteurs.
Cela faisait partie de mes bonnes résolutions de début d'année : entretenir les relations familiales. Je décidais donc d'organiser un ''déjeuner de famille'' pour la fête pascale dans la maison de campagne.
Pour se préparer doucement à la retraite, Paulou a décidé de prendre une journée de repos au milieu de la semaine, laissant à ses jeunes associés le soin de bosser à sa place. Au début, en bonne épouse attentive, soucieuse de sa santé et de son bien-être, j'ai applaudi.
Vie pratique
Soupir de ménagère... Eh oui, chaque semaine, on parcourt les allées du supermarché en poussant le caddy® avec le double souci de bien se nourrir et de ménager la carte bleue. C'est nouveau ! dit l'affiche. Nouveau ? Donc génial, il faut être tendance. C'est en promo ! dit l'affiche voisine. Et nous voilà avec douze pots de crème dessert que l'on aura un mal fou à finir avant la date de péremption. On se retrouve vite avec des aliments imprévus, souvent décevants. Quand ce n'est pas un concentré explosif de colorants et d'additifs purement chimiques. Soupir de ménagère... Alors qu'est-ce qu'on fait ? Un guide vient de sortir, très astucieux, qui nous donne 100 conseils pour bien acheter au supermarché. D'abord, il réveille notre bon sens et le goût de l'authenticité. Les yaourts nature sont meilleurs pour la santé et pour le porte monnaie que les desserts lactés aux pépites colorées qui font scratch sous la dent, qui sont bourrés d'additifs et de conservateurs. Les bouillons cube du commerce sont presque tous des agglomérats de choses pas ragoûtantes. Vite, à nos casseroles pour cuisiner un vrai bouillon maison à congeler en portions.  
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Lasse de chercher des idées de cadeaux que je serai, dans la plupart des cas, obligée de changer dans les huit jours (c'est trop petit, c'est pas ma couleur, je l'ai déjà.....), j'ai décidé cette année de poser franchement la question : qu'est-ce que vous voulez pour Noël ? Tant pis pour l'effet de surprise. Je m'y suis prise tôt : le 1er décembre, je sortais mon calepin au cours d'un dîner familial. "J'sais pas... ", fut la réponse unanime. Curieux, c'est toujours en plein mois d'août qu'on a des idées de cadeaux géniales, alors que personne ne songe à vous en offrir. J'ai posé l'ultimatum : "Je vous donne 8 jours, sinon.... " Sinon quoi ? Des enveloppes, sèches, tristes et impersonnelles. Ma fille cadette est la première à me faire part de ses idées. Sous forme d'une liste, déjà cochée en partie. Il me reste les boucles d'oreilles au prix du caviar. Chanel bien sûr sinon rien. Et de la lingerie ? Elle n'a besoin de rien. Pour l'instant, car en janvier il lui manquera certainement un body qui justement est en solde. 
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Comment résister à une aussi charmante invitation ? Ma copine Martine, je l'ai connue sur les bancs de l'école. Nous n'étions pas franchement amies à l'époque, car elle était du genre première de la classe et excellait en latin. Alors que, moi, j'étais la reine du twist et me remettais en classe de mes innocentes soirées du samedi avec quelques potaches boutonneux. Rien à voir avec les raves parties d'aujourd'hui. Bref, on s'est perdues de vue et retrouvées ensuite devant la maternelle en attendant la sortie de nos chères petites têtes blondes. Son mari l'a abandonnée, ses enfants vivent leur vie, elle est seule et elle est triste. Je ne la laisserai pas tomber. J'entraîne Paulou qui fait la tête car Martine ne sourit pas à ses plaisanteries. Je lui assure que Martine a beaucoup changé. Il y a dix ans, il m'avait déjà dit "Je ne veux plus la voir" car elle lui avait écrasé sa cigarette sous prétexte que ça la gênait qu'on fume devant elle. Il consent trois jours, je lui promets un bon déjeuner sous les pins parasols dans un cadre de rêve. Le deal est conclu. Mais, à une condition : il apportera son Pastis et son vin rosé. Il est 19 heures, on a fait neuf cents kilomètres, Paulou est fourbu. Martine m'a déjà téléphoné trois fois pour que je lui précise l'heure de notre arrivée afin qu'elle se tienne prête à nous ouvrir le portail de sa somptueuse maison. Quand on est derrière la barrière, elle a égaré le bip, si bien qu'on bloque carrément la route. Concert de klaxon ponctué de quelques noms d'oiseau...
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Tout a commencé un jour de novembre. Mes enfants m'avaient offert un très joli chemisier, près du corps comme on dit. Justement, voilà où était le problème. Il était tellement près du corps qu'il baillait à s'en décrocher les boutons. Problème, problème... "Vous êtes des amours, mais vous avez vu un peu juste, il aurait fallu prendre du 42." C'est du XL, Maman, répliqua Charlotte. Bon. Conclusion : ils taillent vraiment mal. Qu'à cela ne tienne : je vais changer. Aussitôt dit, aussitôt fait. Je cours chez Zara, et j'explique mon affaire. La vendeuse a 21 ans et pèse 45 kilos avec ses bottes compensées : elle me jauge, et m'annonce qu'ils ne font pas ces tailles-là. Alors ? Remboursez ! La patronne intervient. Oui, remboursez Madame. Sur le pas de la porte, je clame : "Mais vous n'habillez que des pygmées, ici !" Bon, j'ai épanché ma bile. Me voilà plus légère. Enfin, c'est une façon de parler. Le lendemain, après une journée courbée sur mon ordinateur, je me lève de mon fauteuil la nuque raide et les épaules nouées. Le meilleur remède, c'est un bon bain. Chaud, pour détendre les muscles. Dans la pénombre, pour reposer les yeux. Sur fond de musique douce, pour libérer l'esprit. Je me déleste des attributs du tâcheron -la montre et les lunettes- et je m'installe dans l'eau bleutée. Ah ! quel bien-être. Mais qu'est-ce que ce truc blanchâtre qui flotte dans l'eau, créant un îlot dans le nuage de mousse ? Où sont mes lunettes ? Je tâtonne, les trouve, les chausse et... c'est le choc !
J'entretiens des rapports difficiles avec Morphée. A l'heure où Paulou baille et clignote des paupières, je me sens fraîche comme un gardon dopé à la vitamine C. Prête à danser le tango toute la nuit, ou, c'est beaucoup plus courant, à travailler jusqu'à point d'heure. J'ai accompli mon devoir de ménagère de base (la cuisine est rangée, le linge étendu), j'ai eu mon content de débats télévisés sur le sourire de Ségolène, le bronzage de Dominique et la niaque de Nicolas sur fond de corbeaux, peaux de banane et autres joyeusetés du monde politique. Il est l'heure d'aller sagement se glisser sous la couette, tartinée de sérum antirides pour affronter une nouvelle journée. Oui, mais j'ai l'esprit en ébullition, et c'est justement à ce moment que j'ai envie d'entreprendre les travaux d'Hercule : ranger les centaines de photos rangées en vrac dans des cartons à chaussures, faire le tri des revues planquées sous les tables basses du salon.... Minuit passé : j'entre dans la chambre obscure sur la pointe des orteils. Paulou et Gros Léon ronflent en phase. L'un sur les pieds de l'autre. Interdiction d'allumer pour ne pas réveiller les mâles assoupis. Je me faufile à côté de mes hommes. Allo Morphée ? Je suis partante pour le voyage nocturne ! Zut, Morphée est sur répondeur. A plus de trois heures, je ressasse toujours mes problèmes existentiels : vais-je trouver la robe vue dans Modelle en taille 40 ? Que vais-je faire à dîner aux Tartimuche la semaine prochaine ? Et comment vais-je boucler demain cet article commandé par Isa, la rédac chef de mon cœur ? Et ma fille va t'elle bientôt virer ce grincheux inculte qui squatte chez elle depuis deux mois ? Gros Léon s'étale, Paulou aussi. Je fais du rappel sur le sommier du côté de l'armoire. Ca va les hommes, je me lève.
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Vous l'avez remarqué, vous aussi ? Dans tous les cocktails, qu'ils soient mondains ou professionnels, il y a toujours une "reine du bal". Entendez par là une pétasse qui se croit mieux que les autres, qui a dû coucher à droite à gauche et qui a su, au moins pendant un certain temps se rendre indispensable, et qui le fait bien sentir à l'assemblée. Elle est plutôt mignonne, bien sûr, car jusqu'à preuve du contraire, les hommes ne frétillent pas devant les laiderons. Elle n'est point sotte car l'art de briller, même de façon éphémère, en société n'est pas l'apanage des cruches. Et elle a un ego surdimensionné, pensant que sa petite prestation tout en sourires, en clins d'oeils allumés et en sous-entendus équivoques va éblouir l entourage pendant que le monde continue à se battre et à mourir de divers maux. A dix-huit ans, j'admirais l'aplomb de ces reines du bal et pour tout dire, je les enviais. Il m'est bien arrivé une fois ou deux d'être le faire-valoir de ces pimbêches qu'il fallait accompagner aux toilettes pour tenir leur sac et qui demandaient sur un ton sucré si leur rimmel n'avait pas coulé avant de réapparaître en société, le gloss scintillant. Les plus vaches me toisaient en laissant tomber un de ces "Ah tu es là toi ?" qui me clouait au mur.
Couple
Eh oui, il paraît que beaucoup de cadres croulent sous les tâches ménagères abandonnées par leurs femmes surbookées par leur job. Etonnant, cet article paru dans un magazine qui n'est pas un spécialiste du second degré. On lit les doléances d'un monsieur qui se plaint que sa femme rentre à 20 heures 30, lui laissant les corvées. Entendez par là les courses et les devoirs des enfants. Un autre déplore avoir loupé une promotion parce qu'il ne travaille pas le mercredi pour garder les enfants. Et enfin, un dernier qui se lamente de devoir garder ses filles quand elles sont malades. Rendons-nous à l'évidence : ce qui est normal quand il s'agit d'une femme ne l'est pas quand il s'agit d'un homme. Cerise sur le gâteau, le journaliste qui a commis cet article constate qu'autrefois, "bien peu de maris auraient zappé leurs rendez-vous professionnels pour remplir le frigo, mitonner des petits plats et faire réciter leur anglais aux gosses". Bien sûr Bobonne se chargeait de tout, même quand elle avait un emploi. "Le soir, elle réconfortait son homme et lui suggérait d'inviter à dîner des collègues importants". Qu'elle soit épuisée, au bord de la dépression, parce qu'elle assume tout ou qu'elle passe à côté d'une bonne moitié de sa vie, qu'elle ne se réalise pas, qu'elle ne s'épanouisse pas, parce qu'elle a renoncé à travailler, quelle affaire, puisque c'est le mâle qui est important dans la famille. Voilà que ces messieurs perdent le moral dès que madame booste sa carrière. L'égalité des sexes au travail, cela implique l'égalité des sexes à la maison, face à l'aspirateur et aux biberons. Pas terrible pour le confort des hommes, déplore l'article. Le confort des femmes, ça, on n'en parle pas. Mais le bouquet, c'est l'avis du psy de service qui affirme que "si une femme travaille beaucoup et gagne bien sa vie, son compagnon risque de perdre confiance en lui", et que "le modèle qui reste au fond de nos crânes est : l'homme gagne de l'argent, la femme s'occupe des enfants. Point ".
L'entreprise, j'aimais ça 16 heures... C'est l'heure du bac. Du bac à sable. J'y vais chaque jour quand il fait beau depuis que j'ai décidé de rester à la maison... L'entreprise, j'aimais ça. Malgré la réunionite, les peaux de banane de certains collègues, les challenges permanents et les RTT impossibles à prendre. Et puis mes chères petites têtes blondes sont arrivées. Comment accepter de passer à côté du premier areuh, du premier pas, du premier mot ? Comment accepter de partir en voyage à des centaines de kilomètres de leurs menottes qui serrent si fort mon cou le matin quand je les lève ? Comment supporter qu'ils tendent les bras à une autre qu'à moi ? Vous l'avez compris, j'ai décroché. Plus qu'assez de la course contre la montre chaque matin pour préparer les petits avant de partir chez la nounou. Plus qu'assez des réflexions de ladite nounou pour dix minutes de retard sur l'horaire imposé. Et plus qu'assez du frigo dans lequel il manquait toujours de quoi préparer un dîner sur le pouce vers 21 heures, il était une fois les enfants couchés... J'ai dit bye-bye à mon patron, et j'ai rangé tailleur et escarpins dans un placard pour me glisser dans un jean et un sweat résistants aux bavouillis et autres pissouillis. Bien décidée à devenir une madone des confitures, une virtuose des crumbles pendant les siestes des enfants. A moi, les méthodes de remise à niveau en langues étrangères et les ouvrages sur le point de croix. Et, pour rester active et socialisée, je m'investirai dans la vie de l'école dès que l'heure sera venue. Femme de projets j'étais, femme de projets je resterai.
Dans le hall de l'hôtel, elle l'a remarqué. Le sportswear élégant, la cinquantaine grisonnante, des rides profondes dans un visage hâlé, la classe alliée à la décontraction. Qui est donc ce monsieur, se renseigne-t-elle. Tartempion, l'acheteur de X, notre plus gros client. Ah, ah ! Sonia s'approche de l'homme qui, depuis un moment déjà, lui jette des coups d'œil à la dérobée. Serait-ce bientôt le coup de foudre ? Sonia reprend ses esprits : un coup d'œil à l'annulaire du monsieur. Tiens ? Qu'est-ce qu'il tournicote là ? Une alliance, pardi. Grillé, il est grillé ! Au moment de l'apéritif, Sonia, qui n'a pas lésiné sur le blush, le gloss et le musc, se dirige droit vers le monsieur qui lui fleure bon le vétiver. Un homme de goût. Tiens, l'alliance a disparu, comme c'est bizarre. La soirée s'annonce gaie, l'homme est charmant, plein d'humour et coule des regards velours vers Sonia qui se sent défaillir. Dire qu'on se tartine de crèmes hydratantes, nourrissantes et "repulpantes" qui coûtent une fortune alors qu'il suffit d'un regard torride pour vous rendre les joues roses et le teint lumineux ! L'idylle se noue, le meilleur acheteur est le meilleur amant qui soit. Sonia rêve de retrouvailles la semaine prochaine. Un gros nuage noir chargé de larmes. C'est là qu'arrive un gros nuage noir chargé de larmes. Il avoue, l'infidèle : Oui, oui, il a une femme, parfaite bien sûr, qui est restée à la maison, "la pôvre", pour élever leurs cinq enfants. D'ailleurs en province, une femme bien ne travaille pas (son mari lui offre tout ce qu'elle veut). Mais, bien sûr, il n'y a plus rien entre eux depuis la naissance du petit dernier (dix ans). En semaine, le monsieur est libre comme l'air puisqu'il voyage en permanence. Et les week-ends ? Ah non, les enfants ne comprendraient pas, ils ont besoin de leur père, les devoirs, les études, l'écoute, c'est important. Sonia traduit : il ne reste que les cinq à sept entre deux trains, les "day use" des hôtels près de la gare, les messages codés sur le portable. Bref, la triste vie des amours illégitimes.
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