Hommes, le voudrez-vous ?

avec
Extraits de Idées anti-proudhoniennes sur l'amour, la femme, le mariage - 1858, Juliette Lamber, alias Juliette Adam Un crime est irrémissible Les doctrines de M. Proudhon sur la femme sont dangereuses. Elles expriment le sentiment général des hommes qui, à quelque parti qu'ils appartiennent, progressistes ou réactionnaires, monarchistes ou républicains, chrétiens ou païens, athées ou déistes, seraient enchantés qu'on trouvât le moyen de concilier à la fois leur égoïsme et leur conscience en un système qui leur permît de conserver les bénéfices de l'exploitation appuyée sur la forme, sans avoir à craindre les protestations fondées sur le droit.Le pouvoir s'impose, parce qu'il est nécessaire. Il se maintient qu'en prouvant qu'il est légitime.M. Proudhon a essayé d'établir que la subordination de la femme est basée sur la nature, et il a tenté de construire un ordre qui maintînt cette subordination, une justice qui la sanctionnât. Il a voulu perpétuer le règne de la force en légitimant. C'est là son crime.Ce crime est irrémissible. A moins qu'il ne la mange ! Il l'est, dès maintenant, aux yeux de toute femme ayant conscience de sa valeur morale, de sa personnalité, de son autonomie naturelle. Dieu aidant, - et la femme aussi, - il le sera bientôt aux yeux de l'humanité pensante de l'un et l'autre sexe.La nature coupable d'erreur lorsqu'elle a créé la femme ! Il paraît que M. Proudhon aurait trouvé mieux que cela. Décidément cet homme devient Dieu !N'aurait-elle pas pu trouver un autre moyen de reproduction ? nous dit-il après Euripide. Ceci n'est pas neuf ; nous avons entendu des pitres forains répéter dans leur boniment ces plaisanteries du théâtre grec, en les assaisonnant de gros sel. On en rit encore quelquefois. Il est évident que si la femme, "inférieure devant l'homme, n'est qu'un moyen terme entre lui et le reste du règne animal", une espèce ambiguë reliant le singe à l'homme ou l'homme au singe, comme on voudra, c'est en vain qu'elle viendrait réclamer justice. Il n'y a de justice qu'entre les égaux. Elle sera éternellement condamnée à servir l'homme, à moins que celui-ci ne préfère la manger quelquefois.Qu'est-ce que cela signifie : "Inférieure devant l'homme !" Elle lui sera inférieure le jour où il aura appris à s'en passer. Jusque-là, elle sera tantôt l'esclave, tantôt la maîtresse, puisqu'il n'en veut pas comme associée. De l'inégalité sociale... Je suis vraiment honteuse, pour le lecteur, d'avoir à lui signaler de pareilles niaiseries, mais M. Proudhon a une telle réputation de logicien, qu'on est obligé de prendre au sérieux même ses coq-à-l'âne.Mais, après tout, que signifie cette inégalité sociale fondée sur l'inégalité de la force ? Est-ce que, depuis l'invention de la poudre, il y a des forts qui puissent imposer leur volonté et des faibles qui soient obligés de la subir ? Tous les hommes ne sont-ils pas égaux devant le pistolet, et Hobbes, adorateur de la force comme M. Proudhon, n'a-t-il pas cent fois raison lorsqu'il dit que la femme est l'égale de l'homme, puisqu'elle peut toujours le tuer ?Tout ce que dit M. Proudhon de la masculinité de la force n'est pas sérieux et ne prouve rien d'ailleurs, si ce n'est son penchant pour une technologie physiologique qui touche à l'obscénité. Etablir la supériorité de l'homme sur les fonctions sexuelles qu'il remplit revient à dire que la femme est moins que l'homme nécessaire à la propagation de l'espèce.
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