Quatre femmes discutent...
Etincelle a vu le jour en octobre 2004 grâce à Josette Rousselet-Blanc, qui a été une de nos plus grandes journalistes santé. Hommage à elle. Elle a été une des premières à constater qu'il n'y avait pas vraiment de bonne structure d'aide psychologique pour les femmes atteintes du cancer du sein et a tout mis en œuvre pour créer Etincelle. Plus de 650 femmes y ont été accueillies à bras ouverts pour discuter entre elles, sans tabou. L'objectif est clair : permettre à toutes de redevenir une femme à part entière par la parole (grâce à des groupes de parole) et le "chouchoutage" (sophrologie, réflexothérapie, soins du visage et du corps et gym douce).

Mardi 13 juin, 11 heures
Dans le salon d'accueil d'Etincelle, quatre femmes discutent entre elles. Isabelle Pugno est la directrice de l'association. Sourire indécollable, cette ancienne assistante DRH dans les BTP accueil, rassure et explique le fonctionnement de l'association. Elle écoute aussi beaucoup.
A sa gauche, Monique, 71 ans, ingénieur de recherche au CNRS à la retraite. Elle a eu un cancer du sein en 2004.
Puis Catherine Adler-Tal, psychologue. Son rôle est déterminant au sein de l'association. Il lui revient de lever les barrières psychologiques à la parole (en groupe ou en privé).
A ses côtés est assise Rosario, elle travaillait dans une banque avant de se faire licencier début 2004, peu avant qu'un cancer du sein ne se déclare.
On s'installe à leurs côtés, on écoute...

J'ai peur de savoir

"''Mon cancer du sein s'est déclaré en 2004'', débute Rosario. ''J'avais peur, je le sentais venir et c'est arrivé. Et quand on me l'a confirmé, lors de la mammographie, cela a été un choc terrible. Mais à partir du moment où le mot cancer a été prononcé, j'ai été détachée. Ce n'était plus à moi qu'on parlait. Je n'en revenais pas, je ne voulais pas y croire. Je ne suis pas rentrée chez moi, j'ai traîné dans les rues, j'ai fait des courses. C'était il y a deux ans déjà, aujourd'hui je suis guérie, mais j'ai une trouille bleue d'une récidive, cela me gâche la vie. J'ai vraiment l'impression que ça va revenir, j'ai peur de poser les questions, j'ai peur de savoir.''"

"''L'envie de savoir, la peur de la vérité, c'est toujours stressant. C'est à chaque fois la même chose avant un contrôle. On se dit et si...''", commente Isabelle.

"''A cette époque, reprend Rosario, mon mari me regardait tout le temps avec l'air inquiet. Mais peu importait mon état de souffrance, je n'en parlais pas à la maison. Mais lorsque que l'on se retrouve avec d'autres femmes atteintes du cancer du sein, on parle, on compare, on banalise un peu. Là, on se sent moins seule.''"

"''Le mot cancer a une connotation très morbide, même si beaucoup de cancer se guérissent''", avance Isabelle.

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"''A l'hôpital'', continue Rosario, ''je me demandais toujours, "mais qu'est-ce qu'ils vont me faire ?" On n'est jamais rassurée, surtout lorsqu'on est avec d'autres femmes qui ont eu une récidive... Les médecins nous parlent à peine, on ne les voit jamais.''"
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