Ambiance matinale et feutrée au Cercle des Directeurs de Bercy. Le réseau Administration moderne organise son petit-déjeuner mensuel en présence de ses adhérentes et de Marie-Claude Kervella, secrétaire générale du syndicat de fonctionnaires de la CFDT.

Autour de la table, une douzaine de femmes, dont Nathalie Tournyol du Clos, la présidente du réseau, et certaines élues Verts, UMP, PS. Au menu ce matin : viennoiseries, réforme de l'Etat, dialogue social et place des femmes. "J'ai découvert avec surprise votre association atypique, débute Marie-Claude Kervella. Pour ma part, je pense que la question des femmes ne doit plus rester marginale. A chaque fois qu'il se passe quelque chose, il faudrait se dire : et pour les femmes, ça change quoi ?".

Les discussions vont bon train, les réactions fusent. A un bout de la table, une femme parle de son expérience à l'OCDE et hausse le ton : "J'ai l'impression qu'on aurait pu dire cela il y a trois ans ! Quand les choses vont-elles enfin se débloquer ? Il faut dire clairement ce qu'on va faire et agir !". Approbation de ses voisines.

"Ce réseau me conforte dans mon action au quotidien. Ici, on traite sans bannière de thèmes essentiels pour la fonction publique. Se retrouver entre femmes offre sans doute une plus grande liberté de ton dans les échanges", confie Catherine Gras, chef de service à la Direction du Commerce et de l'Artisanat au ministère de l'Economie et des Finances, où elle dirige une équipe de 220 personnes.

De son côté, Nathalie Tournyol du Clos parle de ces femmes qui font en 80 % ce que les hommes réalisent à plein temps : "Elles ont d'autres impératifs. Elles sont nécessairement beaucoup plus efficaces et imaginatives. Il y a des services où quand tu pars le soir à 20 h, on te demande si tu prends ta demi-journée".

Le syndrome de la bonne élève

Et puis il y a ce fameux "syndrome de la bonne élève", un véritable frein. "Tout au long des études, on apprend à suivre les règles et on est récompensé. Dans la vie professionnelle, la promotion ne vient pas comme la bonne note. C'est en contournant les règles qu'on devient force de proposition, et donc visible".

Le sexisme ? Elles en souffrent toutes un peu, à leur manière, ont sans doute appris à en rire. "Au tout début de ma carrière, je travaillais à la COB . En arrivant, les avocats me saluaient avec un sourire et un" bonjour Mademoiselle". Il fallait attendre trois heures de travail pour avoir droit à un "Madame", se souvient la présidente du réseau.

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Toutes conviennent que les choses bougent, que les mentalités évoluent, doucement.

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Alors, une femme Présidente de la République ? Pourquoi pas... "Mais ça reste extrêmement dur pour une femme de faire de la politique. Il faut vraiment qu'elle soit exceptionnelle. Dès qu'elle a un peu de caractère, c'est une hystérique".

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(1) OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economiques(2) COB : Commission des Opérations de Bourse