Eh oui, il paraît que beaucoup de cadres croulent sous les tâches ménagères abandonnées par leurs femmes surbookées par leur job. Etonnant, cet article paru dans un magazine qui n'est pas un spécialiste du second degré. On lit les doléances d'un monsieur qui se plaint que sa femme rentre à 20 heures 30, lui laissant les corvées. Entendez par là les courses et les devoirs des enfants. Un autre déplore avoir loupé une promotion parce qu'il ne travaille pas le mercredi pour garder les enfants. Et enfin, un dernier qui se lamente de devoir garder ses filles quand elles sont malades. Rendons-nous à l'évidence : ce qui est normal quand il s'agit d'une femme ne l'est pas quand il s'agit d'un homme.

Cerise sur le gâteau, le journaliste qui a commis cet article constate qu'autrefois, "bien peu de maris auraient zappé leurs rendez-vous professionnels pour remplir le frigo, mitonner des petits plats et faire réciter leur anglais aux gosses".

Bien sûr Bobonne se chargeait de tout, même quand elle avait un emploi. "Le soir, elle réconfortait son homme et lui suggérait d'inviter à dîner des collègues importants".

Qu'elle soit épuisée, au bord de la dépression, parce qu'elle assume tout ou qu'elle passe à côté d'une bonne moitié de sa vie, qu'elle ne se réalise pas, qu'elle ne s'épanouisse pas, parce qu'elle a renoncé à travailler, quelle affaire, puisque c'est le mâle qui est important dans la famille.

Voilà que ces messieurs perdent le moral dès que madame booste sa carrière. L'égalité des sexes au travail, cela implique l'égalité des sexes à la maison, face à l'aspirateur et aux biberons. Pas terrible pour le confort des hommes, déplore l'article. Le confort des femmes, ça, on n'en parle pas.

Mais le bouquet, c'est l'avis du psy de service qui affirme que "si une femme travaille beaucoup et gagne bien sa vie, son compagnon risque de perdre confiance en lui", et que "le modèle qui reste au fond de nos crânes est : l'homme gagne de l'argent, la femme s'occupe des enfants. Point ".

Point-virgule, Monsieur le thérapeute, car, qu'on le veuille ou non, notre société bouge. En 1946, nos mères ont obtenu le droit de vote. Trente ans plus tard, c'est une femme qui était major de Polytechnique. Les femmes sont bien déterminées à mener leur carrière comme elles l'entendent, et elles seront nombreuses à zapper sur un compagnon qui ne les soutient pas.

L'article souligne que "le pire est de demander à sa conjointe de renoncer à sa carrière. Car, même si elle accepte, elle risque de vous en tenir inconsciemment rancune". J'apprécie l'adverbe inconsciemment. Non, Monsieur le journaliste, c'est en toute conscience que cette femme estimera que son mari est un incapable jaloux et qu'elle attendra son heure pour voguer vers d'autres horizons moins machistes. Cocu et plaqué, l'homme se fera réchauffer une barquette aux micro-ondes en rentrant du bureau avant de repasser ses chemises.

Point virgule !

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Si on s'en tient à cet article le constat est flagrant : "Le sexe faible n'est pas celui qu'on croit". Les hommes ne supportent pas ce que les femmes, elles, encaissent depuis des milliers d'années. Vive la femme qui assume tout sans sourciller et qui a un goût inné du sacrifice. Une vraie femme, pour certains. Malheureusement, les saintes ne font plus partie des archétypes féminins. D'ailleurs, les hommes ont du mouron à se faire. Les femmes sont de plus en plus diplômées, de plus en plus bosseuses, ambitieuses et pas du tout décidées à décrocher.

Moi, dans la candeur de mes cinquante et quelques années, je pensais que les hommes d'aujourd'hui étaient fiers d'avoir épousé des femmes intelligentes et promises à tous les succès. Cruelle déception : l'éternel féminin n'est pas encore très éloigné de la potiche...

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Mais, j'ai quand même espoir. Dans toute évolution de l'espèce, il y a des types qui disparaissent, incapables de s'adapter aux nouvelles conditions de vie. On ne pleurera pas sur ces dinosaures-là.
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