19 h 30. Je suis dans ma cuisine. Mon royaume. Je prépare le dîner. Mince, un intrus se profile. Qui c'est celui-là ? Mais je le reconnais. C'est mon époux, le gros relou... de la machine à laver la vaisselle... Détails.

Mon royaume (la cuisine) est petit. C'était tendance et surtout ul-tra-con-vi-vial d'avoir des cuisines à l'américaine il y a une paire d'années. La réalité et l'usage démontrent que ce n'est pas si génial que cela. Quand j'y suis seule (l'essentiel du temps) ça va, quand on m'y rejoint, ça va pas. Et c'est naturellement le cas quand il ne faut pas. C'est-à-dire quand c'est le coup de feu in the kitchen. Le soir à 19 h 30.

Il pénètre dans mon royaume alors que j'occupe tout l'espace avec grâce et un effet de cha cha cha. Je suis à la fois dans le frigo (j'attrape le beurre), sur les plaques chauffantes (je remue la sauce), dans l'évier (je rince l'éponge), la paillasse (zut, j'ai renversé du lait), in the placard (je cherche la petite poêle) et paf, il surgit tel le loup de Tex Avery.
Il avance posément d'un pas, se dirige droit vers le lave-vaisselle et l'ouvre. Il va ranger la vaisselle propre. La porte baissée du lave-vaisselle bloque tout le passage et ses va-et-vient aussi. Je ne peux plus bouger d'un pouce. Je suis coincée entre le tiroir de gauche et la cafetière. Inefficace.
Je reste stoïque.
Je souris.
J'attends.

La surprise du chef

20 h 45. Je suis dans ma cuisine. Mon cauchemar. Je range après le dîner. Zut, l'intrus revient. Qu'est qu'il fait celui-là ? Mais je le reconnais. C'est mon époux, le gros relou... de la machine à laver la vaisselle. Re-détails.

Les enfants ont débarrassé la table. Il y en a de partout. Des assiettes à moitié vides sur le bar. Des verres dans l'évier. Des couverts cracras sur la paillasse. Des serviettes sur le sol. Des bouteilles vides ou à moitié pleines en carafe sur la table. Je suis lasse, proche du nervous break-down. Mais je suis la reine.

Publicité

Je vais te ranger tout ce bazar vite fait bien fait. Allez zou ! Tout le monde dans le lave-vaisselle. Dans un sursaut, j'attrape les assiettes et hop, un coup de fourchette, elles sont vidées dans la poubelle, paf, elles glissent dans le lave-vaisselle. Pareil pour les verres. Allez les couverts, on se serre et on se glisse sans mot dire dans le compartiment qui vous revient. Et toi, le grand couteau, c'est pareil. Un coup dessus, ça y est, il est rentré. Un bol ? Pas de problème. Pousse toi, le verre à pied. Clac, il est rentré ! Ah non, il est pété... Tant pis. Hop à la poubelle. Les casseroles, c'est dans le chariot du bas, au fond. La poêle pareil. Comment elle ne rentre pas ? Mais si, par-dessus la casserole. Et voilà le travail. Je ferme la porte. Oh, il reste un saladier caché dans l'évier. D'un geste, je re-ouvre la machine, pfffff, toute cette eau qui surgit, ça rafraîchit comme un vaporisateur. Je re-ferme la porte. Basta la cuisine. Raté.

Publicité
Une voix s'élève alors que je me relève ''"Ah non, ça ne va pas le faire, ce n'est pas possible ça. Comment veux-tu que la vaisselle soit propre ?". ''Il avance. Il rentre dans mon royaume. Il arrête mon geste avant que la porte ne se referme et plonge direct dans l'appareil. Le voilà qui ressort plein de trucs qu'il entasse par ci, par là. Pas grave, je vais laver à la main. Ca arrive aux reines aussi.