Condamnés pour GPA

Les jumelles de Clara et Vincent
L'histoire de Clara et Vincent, pseudonymes d'un couple français parti aux Etats-Unis en 2000 pour avoir recours à une mère porteuse, est édifiante.
Deux petites jumelles y naissent grâce à la gestation pour autrui (GPA, ou maternité pour autrui). Clara et Vincent sont les parents biologiques des deux petites filles, reconnus comme tels aux Etats-Unis. Mais la France refuse d'inscrire les bébés à l'état civil et de reconnaître leur filiation.
Le couple est accusé d'enlèvement d'enfants et d'adoption frauduleuse. S'ensuit une bataille juridique rocambolesque. Sept années au cours desquelles les mentalités ont heureusement peu à peu évolué, pour aboutir finalement à l'arrêt de la cour d'appel de Paris du 3 novembre 2007 qui reconnaît la filiation entre Clara et Vincent et leurs enfants.

Une pratique interdite en France
La gestation pour autrui (GPA) est officiellement interdite en France depuis 1994, au nom de la non instrumentalisation du corps humain. Ailleurs, aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Finlande ou encore en Grèce, cette pratique est parfaitement légale.
Chaque année, des centaines de couples français se rendent pourtant à l'étranger pour trouver une femme, une "nounou" comme ils l'appellent, acceptant de porter leur enfant, issu de la fécondation de leur ovule et de leur spermatozoïde. Fécondes, mais dans l'incapacité de mener une grossesse à terme pour des raisons anatomiques ou chirurgicales (malformations utérines, absence d'utérus...), les femmes ayant recours à la gestation pour autrui n'ont aucune autre alternative pour devenir mères biologiques.
Un rapport présenté le 25 juin 2008 au Sénat proposait une légalisation des mères porteuses "pour faire avancer la législation", selon le sénateur de Charente Henri de Richemont (UMP), un des rapporteurs du groupe de travail sénatorial qui a planché sur la maternité pour autrui "Maternité pour autrui" : ''Ce n'est un secret pour personne que l'on va proposer une légalisation des mères porteuses'', a-t-il indiqué à l'époque.

Faire évoluer la loi

Une loi détournée Le parcours est éprouvant, semé d'embûches, extrêmement coûteux (de l'ordre de 15 000 à 20 000 $) et périlleux : trouver une femme volontaire, souvent à des milliers de kilomètres et sur Internet ; se lancer ensuite dans l'aventure de la fécondation in vitro, puis de l'implantation de l'embryon avec tous les aléas que cela comporte. Suivre à distance la grossesse ; assister à l'accouchement et accueillir l'enfant. Une prouesse extraordinaire qui peut prendre des mois, voire des années avant d'aboutir à la naissance tant espérée. Mais l'aventure n'est pas finie pour ces "parents courage" : une fois revenus en France avec le bébé, il leur faut encore batailler avec la justice française pour établir la filiation. Ou bien trouver des subterfuges incroyables, comme celui de la reconnaissance avant la naissance par le père puis de l'adoption par la mère.

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Une nécessaire évolution De nombreux experts, parmi lesquels des médecins, des psychanalystes, des sociologues plaident pour la levée de cette interdiction en France. Tout récemment, le Sénat a annoncé la constitution du bureau d'un groupe de travail sur la question, qui pourrait déboucher sur une proposition d'évolution de la loi. Il devient en effet urgent d'encadrer cette pratique pour éviter toutes les dérives possibles, dans l'intérêt des couples et des enfants. Mieux l'encadrer serait également plus juste socialement car aujourd'hui, seule une petite minorité de couples concernés peut se permettre d'y avoir recours en allant à l'étranger.

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