J'ai beau afficher quelques kilomètres au compteur, deux ex-maris, un nombre inavoué d'amants et une fille quasi adulte, ce n'est pas sans appréhension que je me rend, seule, un jeudi après midi pluvieux de novembre, dans un cinéma de centre ville pour visionner "Bataille dans le ciel", le film mexicain de Carlos Reygadas dont tout le monde parle...Et pour cause !
D'accord, j'ai un alibi professionnel, et ce n'est certes pas par plaisir que je vais devoir subir la fameuse scène de fellation de sept minutes qui ouvre le film. C'est professionnel. Il s'agit de récolter mon témoignage pour les besoins d'une enquête sur "le ressenti féminin à ce type de scène "pornographique" dans le cinéma d'auteur".

Aucune copine n'a accepté de m'accompagner dans cette galère : "Pas envie". Les lâches ! En un sens je les comprends. Moi-même j'éprouve une solide répulsion pour la pornographie en général. La "gratuite", celle qui montre des représentations complaisantes et obscènes, dégradantes et humiliantes sans vrai projet derrière. Vaste et récurrent débat avec mon homme. Lui n'y trouve rien à redire et en redemanderait même, s'étonne des "mines de vierges effarouchées" et un poil réprobatrices lorsque je le surprends nuitamment devant XXL. Ce n'est pas le sexe qui me dérange, notez bien. Je pratique avec enthousiasme et je ne donne pas ma part aux cochons dans l'ensemble, ce n'est pas le sexe que je réprouve, bien au contraire. Mais, à choisir, je préfère, et de loin, faire l'amour moi-même que le regarder faire par de pauvres acteurs pathétiques et ridicules". Et vlan ! Tu as compris le message, chéri ? Des gros plans gynécologiques ou de verges érigées ne m'effraient pas, cela m'ennuie et me laisse froide. Zéro émotion.

Sept minutes, c'est long

Sept minutes, c'est long De quoi ont-elles peur mes camarades ? De découvrir une part inconnue d'elles, un plaisir inavoué ? La presse promet "De l'art, du pur, du splendide", du sexe, certes, mais avec un message et une caution intellectuelle. A la guerre comme à la guerre, je paye ma place et entre vaillamment dans la salle obscure. Afin de peut-être y découvrir ma part d'ombre ?

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Désir, foi, violence, culpabilité, Reygadas ne joue pas avec les ingrédients les plus légers et son ambition est grande. Mais je dois dire que tout le fatras mystico-sexuel, rédemption-spiritualité m'est passé un peu au dessus de la tête. La mise en scène est impressionnante, les interprètes courageux, les symboles surmultipliés. Quant à l'objet du délire médiatique pour lequel je suis venue ? La scène bucco-génitale sujette à polémique ? Heu ! J'en suis restée scotchée. Sept minutes, c'est long. Mains in fine, je n'ai pas été émue, à peine dérangée, admirant la prouesse technique et les capacités respiratoires de la belle de jour. Tout ça pour ça ? Une bataille dans un verre d'eau.
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