Paris 19ème, Porte de la Chapelle. A la lisière du périphérique, un "hôtel meublé"*. "C'est bien ici, il y a le chauffage et les toilettes et la douche sont dans la chambre". Aminata Doussoko (2) vous reçoit avec un sourire. La chambre, c'est la vie d'Aminata : deux lits, une table en formica, un petit frigidaire, une plaque électrique, et la télévision, allumée en permanence. La femme de vingt huit ans vit dans cette pièce de quinze m2 depuis neuf mois, avec ses deux petites filles, Nouma, cinq ans et Maryam, qui a tout juste un an. Le loyer est de 1 550 euros par mois.
 

Aminata a connu pire. Arrivée de Gambie en 1993 avec son mari pour travailler en France, elle divorce quelques années plus tard. Peu après, sa fille aînée, Asseïtou est victime d'un accident de la route qui la rend handicapée à vie. Sans logement stable, Aminata n'a plus le droit de vivre avec sa fille qui est alors placée dans une famille d'accueil. "Ces gens, je ne les ai jamais vu, ça m'empêche de dormir la nuit", soupire Aminata.

Acquérir un logement devient alors sa préoccupation principale. Hébergée quelques mois chez des amis, puis chez sa soeur et son mari, Aminata déménage encore lorsque les médecins décèlent des traces de plomb dans le sang de Nouma. Par crainte du saturnisme, elle décide de prendre une chambre seule. Place à la tournée des foyers d'accueil, qu'elle trouve sur les conseils de son assistante sociale. C'est Montreuil, puis Bagnolet, Epinay-sur-Seine, Sevran, Gagny et enfin ici, à Saint-Denis. Le soir, pour payer sa chambre, Aminata fait des ménages dans les banques.

A Saint-Denis, Paris ou ailleurs

Un temps, elle pense à repartir en Gambie. Le handicap de sa fille l'en dissuade. En 2001, Aminata a fait sa première demande pour obtenir un logement social à Paris. Depuis, elle n'a eu aucune proposition. "Ils pensent que je ne peux pas payer le loyer ? C'est ridicule : il devrait regarder le loyer que je paie pour vivre ici. Tout ce que je cherche, c'est un appartement correct, à Saint-Denis, Paris ou ailleurs. Je veux retrouver ma fille".

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En janvier, comme tous les ans, Aminata a renouvelé sa demande de logement social. A la rentrée prochaine, Nouma, qui est scolarisée en maternelle à Saint-Denis, entrera au CP. Et en attendant son appartement, Aminata regarde les voitures défiler sur le périphérique. Selon le rapport 2006 de la Fondation Abbé Pierre sur le mal logement, 533 000 personnes sont locataires ou sous-locataires d'un hôtel meublé aujourd'hui en France. A elle seule, la ville de Paris compte près de 600 hôtels meublés.

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* Dans l'entre-deux guerres, les hôtels meublés, appelés aussi "hôtels préfecture" ou "garnis", offraient un toit transitoire aux travailleurs nouvellement arrivés en ville. Le loyer s'y paye à la nuit ou au mois** Le nom a été modifié pour préserver l'anonymat de la personne