Si je ne jette rien, c'est que je ne sais pas jeter. Je trouve toujours une raison, pas toujours bonne, pour garder les choses. Je me suis longtemps dit que j'étais ultra sentimentale, une attachée chronique aux preuves en tout genre. Mais que dire de l'attachement aux pots de confiture vides, aux bouchons de bons vins, aux rubans froissés de cadeaux, aux cartes de visite de gens dont je ne me souviens pas, aux vieilles serpillières bien pliées toutes propres sous l'évier, aux piles de cartes postales datées de Mathusalem ?

Je garde tout. Mais je range, la plupart du temps. J'ai une jolie boite remplie de taille-crayons et une autre pleine de gommes, un sac en jute pour les fils de connexion inutiles puisque je ne sais pas ce qu'ils raccordent, un bocal géant plein de galets venant d'un peu partout, un tiroir bourré de CD au rebut, un gros nœud de chaussettes dépareillées, un casier oublié où vieillissent tranquillement des échantillons de produits de beauté.
J'ai aussi quelques sacs de voyage en mauvais état, qui prennent une place considérable, aplatis sur l'étagère du haut, des années de catalogues Habitat classés en rang d'oignon, des livres de recettes vieillots et, dans ma boite à couture, des pin's sans intérêt au milieu de fermetures Eclair qui n'auront jamais la longueur ni la couleur voulues.
J'ai retrouvé un stock d'ampoules à baïonnette, un stock de tee-shirts totalement lessivés, des soutifs en petite forme, le tout bien classé au fond du tiroir.
Et les collants boulochés, et les tubes de remèdes homéopathiques entamés, avec leurs CH mystérieux...

Je veux de la place !

Qu'est ce que c'est que ce truc de l'écureuil, ce truc de l'accumulation, ce minable butin de pharaonne aux petits pieds ? La peur de manquer ? Une confiance absolue dans ma mémoire et dans un avenir où tout peut servir ? Un sentiment de sécurité parce que les placards sont remplis de choses inutiles, dépassées, abîmées, dont, pour la plupart, je n'ai aucun souvenir ? Sûrement, un peu tout ça, et ça ne me plait pas. Je me vois légère, désencombrée, seulement entourée d'objets dont je me sers et auxquels je tiens vraiment. Je veux de la place, du vide, de l'espace.

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Alors hier, pour commencer, j'ai fait deux choses. J'ai laissé les montres sans pile chez l'horloger du coin. Il me les a promis pour la fin de la semaine. Et j'ai posé la Cocotte Minute, en bas de l'escalier, près de l'ascenseur, avec un petit pincement au cœur et un post-it dessus. Quand je suis rentrée, ma Cocotte Minute avait disparu, emportée vers une nouvelle vie. Et moi, j'étais contente.

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