Vous l'avez remarqué, vous aussi ? Dans tous les cocktails, qu'ils soient mondains ou professionnels, il y a toujours une "reine du bal". Entendez par là une pétasse qui se croit mieux que les autres, qui a dû coucher à droite à gauche et qui a su, au moins pendant un certain temps se rendre indispensable, et qui le fait bien sentir à l'assemblée. Elle est plutôt mignonne, bien sûr, car jusqu'à preuve du contraire, les hommes ne frétillent pas devant les laiderons. Elle n'est point sotte car l'art de briller, même de façon éphémère, en société n'est pas l'apanage des cruches. Et elle a un ego surdimensionné, pensant que sa petite prestation tout en sourires, en clins d'oeils allumés et en sous-entendus équivoques va éblouir l entourage pendant que le monde continue à se battre et à mourir de divers maux.

A dix-huit ans, j'admirais l'aplomb de ces reines du bal et pour tout dire, je les enviais. Il m'est bien arrivé une fois ou deux d'être le faire-valoir de ces pimbêches qu'il fallait accompagner aux toilettes pour tenir leur sac et qui demandaient sur un ton sucré si leur rimmel n'avait pas coulé avant de réapparaître en société, le gloss scintillant. Les plus vaches me toisaient en laissant tomber un de ces "Ah tu es là toi ?" qui me clouait au mur.

Pi-to-ya-ble !

A trente ans, je trouvais cela dérisoire et pour tout dire assez pitoyable. Je détournais les yeux de leurs simagrées, d'un air blasé, mais, mine de rien, je rentrais le ventre et serrais les fesses, car, il faut le savoir, les reines du bal ont toute la panoplie de la superwoman, depuis les masques défrippants jusqu'aux soutifs repulpants. Et je passe sur les collants gommants et massants. Plus bien sûr le coloriste, le kiné et autres praticiens de l'esthétique.

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Maintenant, cela m'amuse plutôt. Elles se donnent tellement de mal, les pauvrettes, alors si on m'invite, moi aussi, dans ces cocktails, c'est en dépit de quelques ridules plus ou moins discrètes, de mes souliers plats et de mon air un tantinet narquois, prêt à passer au scalpel de l'humour celui ou celle qui le mérite. Et puis, privilège de l'âge de raison (et de la maternité), j'ai beaucoup d'exigences et un peu de compassion pour ceux et celles qui ne savent pas que le Capitole est proche de la roche Tarpéienne. OK, je frime avec ce vocabulaire littéraire. Traduisez : plus on veut monter haut, plus on risque de se casser la g......