Comment résister à une aussi charmante invitation ? Ma copine Martine, je l'ai connue sur les bancs de l'école. Nous n'étions pas franchement amies à l'époque, car elle était du genre première de la classe et excellait en latin. Alors que, moi, j'étais la reine du twist et me remettais en classe de mes innocentes soirées du samedi avec quelques potaches boutonneux. Rien à voir avec les raves parties d'aujourd'hui. Bref, on s'est perdues de vue et retrouvées ensuite devant la maternelle en attendant la sortie de nos chères petites têtes blondes.

Son mari l'a abandonnée, ses enfants vivent leur vie, elle est seule et elle est triste. Je ne la laisserai pas tomber. J'entraîne Paulou qui fait la tête car Martine ne sourit pas à ses plaisanteries. Je lui assure que Martine a beaucoup changé. Il y a dix ans, il m'avait déjà dit "Je ne veux plus la voir" car elle lui avait écrasé sa cigarette sous prétexte que ça la gênait qu'on fume devant elle. Il consent trois jours, je lui promets un bon déjeuner sous les pins parasols dans un cadre de rêve. Le deal est conclu. Mais, à une condition : il apportera son Pastis et son vin rosé.

Il est 19 heures, on a fait neuf cents kilomètres, Paulou est fourbu. Martine m'a déjà téléphoné trois fois pour que je lui précise l'heure de notre arrivée afin qu'elle se tienne prête à nous ouvrir le portail de sa somptueuse maison. Quand on est derrière la barrière, elle a égaré le bip, si bien qu'on bloque carrément la route. Concert de klaxon ponctué de quelques noms d'oiseau...

Triste dîner

Nous voici sur la terrasse, avec une vue magnifique sur la mer. Nous attendons, les valises à nos pieds. "Que c'est beau, mais que c'est beau !" Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Paulou qui meurt de soif demande timidement un verre d'eau. Que Martine lui apporte. De l'eau tiède, javellisée à souhait. "Tu n'as pas des glaçons ?" "Je ne sais pas", répond Martine en s'asseyant. Paulou me regarde, je sens venir l'orage et vais prestement farfouiller dans le congélo.

Paulou s'isole dans un coin du jardin. Compte tenu de son humeur de dogue, c'est prudent. Il se change derrière un bosquet "puisqu'on ne nous indique pas notre chambre". Je tente de créer diversion en jouant avec la chienne. Mais Toutouffe n'a pas l'humeur joueuse, car elle ne voit presque plus à cause de son grand âge.

A 20 heures 30, Paulou se verse son deuxième pastis. Pas le plus petit signe de dîner à l'horizon. Je propose de mettre le couvert. Martine pose sur le dessus de plat un taboulé dans sa barquette en plastique. Paulou me fusille du regard. J'essaie d'animer la conversation, de parler du charme des eucalyptus et des cyprès. Martine se lamente sur ses péripéties avec le jardinier, le plombier, le chauffagiste... Paulou lui suggère de vendre la maison. Un ange passe, les ailes complètement plombées. "Et que fait-on demain ?" Je propose la plage. "Oui, mais à 8 heures, dit Martine. Après il y a trop de monde pour se garer".

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Evidemment, se lever à 7 heures en vacances, cela peut paraître rude ! Mais quand on se couche à 9 heures 30 parce qu'il fait sombre et que l'on craint les cambrioleurs, surtout avec des volets pleins, la nuit est longue. Et puis de toutes façons, il faut ouvrir la porte du jardin à Toutouffe très tôt, sinon, elle s'oublie.

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