Tout a commencé un jour de novembre. Mes enfants m'avaient offert un très joli chemisier, près du corps comme on dit. Justement, voilà où était le problème. Il était tellement près du corps qu'il baillait à s'en décrocher les boutons. Problème, problème...

"Vous êtes des amours, mais vous avez vu un peu juste, il aurait fallu prendre du 42." C'est du XL, Maman, répliqua Charlotte. Bon. Conclusion : ils taillent vraiment mal. Qu'à cela ne tienne : je vais changer.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Je cours chez Zara, et j'explique mon affaire. La vendeuse a 21 ans et pèse 45 kilos avec ses bottes compensées : elle me jauge, et m'annonce qu'ils ne font pas ces tailles-là. Alors ? Remboursez ! La patronne intervient. Oui, remboursez Madame. Sur le pas de la porte, je clame : "Mais vous n'habillez que des pygmées, ici !"

Bon, j'ai épanché ma bile. Me voilà plus légère. Enfin, c'est une façon de parler.

Le lendemain, après une journée courbée sur mon ordinateur, je me lève de mon fauteuil la nuque raide et les épaules nouées. Le meilleur remède, c'est un bon bain. Chaud, pour détendre les muscles. Dans la pénombre, pour reposer les yeux. Sur fond de musique douce, pour libérer l'esprit.

Je me déleste des attributs du tâcheron -la montre et les lunettes- et je m'installe dans l'eau bleutée. Ah ! quel bien-être. Mais qu'est-ce que ce truc blanchâtre qui flotte dans l'eau, créant un îlot dans le nuage de mousse ? Où sont mes lunettes ? Je tâtonne, les trouve, les chausse et... c'est le choc !

Prise de conscience

Ce truc blanc, c'est mon ventre. Je suis dans ma baignoire comme un hippopotame dans sa mare. Un pachyderme qui clapote. Vision d'horreur.

Je n'ose pas monter sur la balance. Moderne et sadique. Parce qu'au lieu d'indiquer le poids par une petite aiguille discrète, elle parle : "70 kg 300 ; vous avez pris 500 g depuis la semaine dernière". Je suis sûre qu'elle va me dire : "Avec votre poids, vous devriez mesurer 2 mètres 32". Je l'entends déjà !

Bon, la décision est prise, je vais voir un diététicien. Celui qui me reçoit se nomme Caroline, a des yeux de braise et une silhouette de liane. Evidemment. Elle doit se nourrir de gelée royale et de jus de carottes. Je lui explique combien c'est bon, une tartine de rillettes avec un petit gorgeon de blanc quand on rentre des courses harassée.

Elle me regarde affolée, et me parle d'équilibre alimentaire. Me voici partie dans ma version de l'équilibre : dix feuillets d'article sur les avantages de la donation-partage valent bien une bonne assiette de cassoulet. Avec du magret de canard confit.

Elle s'étrangle, la malheureuse. Est-ce ma faute si ça n'existe pas, les rillettes allégées ? et si personne n'a eu l'idée de créer un Nobel de charcuterie ? D'accord, plus de whisky sur le coup des 20 heures, juste du vin. Rouge et très bon. D'accord, des fruits et des légumes. Mais un peu de chocolat aussi, pour le magnésium.

Publicité
Tous les après-midi, je crève la faim. Des endives au jambon, ça ne vous tient pas au corps, surtout quand les tranches de jambon sont si fines qu'elles en sont transparentes, et que la crème est tellement light qu'elle s'appelle pudiquement "spécialité à base de crème légère". Certains jours, j'en boufferai la couverture de mon agenda. Mais au prix où est le cuir, je me retiens.

Publicité
Publicité