Dans le hall de l'hôtel, elle l'a remarqué. Le sportswear élégant, la cinquantaine grisonnante, des rides profondes dans un visage hâlé, la classe alliée à la décontraction. Qui est donc ce monsieur, se renseigne-t-elle. Tartempion, l'acheteur de X, notre plus gros client. Ah, ah ! Sonia s'approche de l'homme qui, depuis un moment déjà, lui jette des coups d'œil à la dérobée. Serait-ce bientôt le coup de foudre ? Sonia reprend ses esprits : un coup d'œil à l'annulaire du monsieur. Tiens ? Qu'est-ce qu'il tournicote là ? Une alliance, pardi. Grillé, il est grillé !

Au moment de l'apéritif, Sonia, qui n'a pas lésiné sur le blush, le gloss et le musc, se dirige droit vers le monsieur qui lui fleure bon le vétiver. Un homme de goût. Tiens, l'alliance a disparu, comme c'est bizarre.

La soirée s'annonce gaie, l'homme est charmant, plein d'humour et coule des regards velours vers Sonia qui se sent défaillir. Dire qu'on se tartine de crèmes hydratantes, nourrissantes et "repulpantes" qui coûtent une fortune alors qu'il suffit d'un regard torride pour vous rendre les joues roses et le teint lumineux ! L'idylle se noue, le meilleur acheteur est le meilleur amant qui soit. Sonia rêve de retrouvailles la semaine prochaine.

Un gros nuage noir chargé de larmes.
C'est là qu'arrive un gros nuage noir chargé de larmes. Il avoue, l'infidèle : Oui, oui, il a une femme, parfaite bien sûr, qui est restée à la maison, "la pôvre", pour élever leurs cinq enfants. D'ailleurs en province, une femme bien ne travaille pas (son mari lui offre tout ce qu'elle veut). Mais, bien sûr, il n'y a plus rien entre eux depuis la naissance du petit dernier (dix ans). En semaine, le monsieur est libre comme l'air puisqu'il voyage en permanence. Et les week-ends ? Ah non, les enfants ne comprendraient pas, ils ont besoin de leur père, les devoirs, les études, l'écoute, c'est important.

Sonia traduit : il ne reste que les cinq à sept entre deux trains, les "day use" des hôtels près de la gare, les messages codés sur le portable. Bref, la triste vie des amours illégitimes.

Incidemment, le bel ami lâche que sa moitié vient le chercher en voiture. Alors Sonia veut aviver le mal, voir cette femme parfaite, si parfaite que son mari la trompe sans remords. L'heure du départ approche. L'homme devient nerveux, voudrait éloigner sa conquête qui fait du sitting dans le hall de l'hôtel. Sonia se régale de le voir tourner en rond, regarder sa montre. Une dame entre, blonde, mince, pimpante ; elle va vers l'homme l'embrasse, lui caresse la joue. Sonia a le cœur dans les mocassins. Mais on connaît le courage des femmes.Il passe du livide au cramoisi.

Trop sympa, la dame...

Elle va vers la dame, tend la main, se présente, engage la conversation. L'homme passe du livide au cramoisi, s'affaire autour de son sac de voyage, bredouille qu'on est pressé, qu'il faut partir. La légitime est ravie d'être là, pour une fois qu'elle échappe à Intermarché et aux sorties d'école. Sonia pousse le sadisme à les inviter à déjeuner. La dame accepte avec joie, l'homme a l'air d'un noyé que la mer vient de rejeter sur la plage. Il est vert olive.

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Très sympa, la dame. Pas du tout la potiche décrite par son mari. Elle s'épanouit au fur et à mesure que lui se rembrunit. Sonia le voit soudain d'un autre œil : le distingué poivre et sel des cheveux ne serait-il pas plutôt jaune pisseux ? Visage buriné ou ravagé ? Finalement, il est plutôt petit, non ? Tassé même.

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A deux heures, on se sépare, Sonia et la dame ont échangé leurs numéros de portable. Si elle veut venir faire du shopping à Paris, Sonia l'accueillera avec plaisir. Monsieur gardera les enfants, il est assez libre en semaine, paraît-il...
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