Des sous pour des bébés
Le gouvernement Merkel a trouvé un compromis sur l'introduction d'un congé parental rémunéré. A compter du 1er juillet 2007, le père ou la mère qui cessera son activité professionnelle à la naissance de son enfant percevra 67 % de son salaire net pendant un an. L'allocation minimale s'élèvera à 300 euros, le plafond maximal à 1 800 euros. Au départ, l'idée d'un congé parental payé est un projet de la gauche, repris aujourd'hui par la droite pour tenter de moderniser son image.

Ce qui pourrait sembler anodin chez nous constitue Outre-Rhin une véritable révolution sociétale. D'abord parce que le concept même de "politique nataliste" est tabou dans le pays : il renvoie en effet aux délires expérimentaux nazis des années 30-40 (Lebensraum). Personne depuis la fin de la seconde guerre mondiale n'avait osé s'attaquer à ce sujet.

Pourtant les chiffres sont là ! En Allemagne, un tiers des femmes qui ont fait des études supérieures n'a pas d'enfant. Si l'âge de la première grossesse est proche de la moyenne européenne, les familles nombreuses se raréfient chez nos voisins. Selon un sondage Eurostat, seules 24 % des mères allemandes ont trois enfants, contre 35 % des femmes françaises et 60 % des Islandaises.
Autre élément structurel à prendre en compte : le clivage Est-Ouest. Aujourd'hui, à l'Est on compte 1,2 enfants par femmes contre 1,41 à l'Ouest. A la chute du Mur en 1989, le nombre de naissance a chuté à l'Est en raison des soudaines difficultés économiques. En 1993, on recensait ainsi 0,77 enfants par femme dans l'ex-RDA, soit le taux le plus bas jamais recensé en Europe.

Ce qu'elles en pensent

"Ce congé parental, c'est de la rigolade !", s'insurge Marie Herrmann, guide touristique à Bonn et maman de deux jeunes garçons de 12 et 9 ans. "Le vrai problème en Allemagne, c'est avant tout le manque d'infrastructure. Le fait d'être aidé pendant les 12 premiers mois ne résoudra pas tout". Un argument également avancé par Annie Schmitz-Desbats, cadre commerciale de 47 ans et mère d'une adolescente de 15 ans. "Ici, l'entrée à l'école primaire tourne au cauchemar ! Sous prétexte de ne pas bousculer les enfants, l'année commence avec 2 ou 3 heures de cours par jour seulement! Il faut attendre que les enfants aient 8-9 ans pour que la journée d'école dure jusqu'à 13h". Et là encore, de gros problèmes se posent aux femmes qui veulent continuer à travailler : que faire en effet de sa progéniture l'après-midi ?? Sans compter que les cantines scolaires n'existent pas et qu'il faut pourtant bien nourrir ses oisillons !

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En Allemagne, beaucoup de gens considèrent encore qu'il est préférable pour un enfant d'être élevé au maximum dans son cocon familial. Conséquence : le mythe de la "mauvaise mère" persiste. "Les femmes d'ici manquent de courage, estime encore Marie Herrmann. Elles se laissent influencer par la pression de leur entourage, car elles s'entendent dire sans arrêt que l'on ne fait pas un enfant pour le faire garder par quelqu'un d'autre !"

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