Camaron, Farina y Chaico
23h00. Les applaudissements s'éteignent, la troupe esquisse un dernier salut, la robe d'Isabel virevolte encore une fois dans les éclats de lumières. Mais elle s'est déjà échappée dans les coulisses...

D'un coup d'épaule et d'un déhanchement efficace, elle retire son costume de scène, enfile un pantalon noir, ses petites claquettes blanches. Elle dévale les escaliers, enfourche son vélo, son gros sac beige coincé sur les épaules. Et vite, elle pédale vers une autre scène.
Le spectacle commence dans dix minutes montre en main.

Isabel est danseuse de flamenco. Elle danse dans deux spectacles différents qui s'enchaînent l'un à la suite de l'autre pendant cette 60e édition du Festival d'Avignon.
Verdine Tempo, à 21 h 45, puis Flamenco Sur, à 23 h 05. Deux spectacles, deux salles, deux publics, deux troupes, mais une seule et unique danseuse. Isabel.

Cette marseillaise, née de parents ''"andalous réfugiés politiques"'' originaires d'Almeria, a de tout temps été imprégnée de musique, de chants et de danse flamenco : ''"Depuis le ventre de ma mère, desde el embarazo !"'', assène-t-elle avec conviction.

Toute son enfance, elle a accompagné ses parents, ''"des purs aficionados"'', aux spectacles de Camaron, Farina et autre Faïco à l'Alcazar de la capitale phocéenne.
"''A la maison, on écoutait Los chichos à la radio et tout l'été, je dansais avec mes cousines à Almeria. Ensuite, à l'adolescence, j'ai refoulé toute cette culture pour écouter en boucle Cabrel, Christopher Cross et la dame de Haute-Savoie. Je n'en pouvais plus de Camaron."''

Alegria, buleria et tango

Puis à l'âge de dix-neuf ans, c'est pour mieux danser la sevillana aux ferias espagnoles avec ses cousines qu'elle s'inscrira à un cours de flamanco. "''Et là, tout est revenu. Je me suis rendu compte que j'avais l'oreille éduquée à tous les rythmes, que je connaissais les différents palos'' (les rythmes),'' alegria, buleria, tango... J'ai dansé, dansé et je n'ai plus arrêté..."''

Son opticien de patron lui permettra de travailler à mi-temps pour se lancer. Pendant les dix ans qui vont suivre, elle partira chaque année à Seville suivre les cours de Manolo Marin, ''"Il n'a pas une personnalité de folie, mais il a une super pédagogie, il a formé Rafaeël Campallo, et la plupart des danseuses de la Cie de Christina Hoyos"'', et ceux de Torombo ''"Lui, il sort de l'école de Farruco".''

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Elle fonde sa propre compagnie en 2002, avec Jean-Pascal Gilly, un chorégraphe de tango qui lui apporte un regard autre, précieux et indispensable. Ensemble, ils ont composé un spectacle mi tango argentin mi tango flamenco, "Ana ana" (à parts égales en argot argentin, le "lumfardo"), puis "Una y otra vez" (un leitomitv, un refrain), un flamenco traditionnel avec un concept plus épuré et six danseurs sur scène.
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