Lâcher un job ennuyeux ou en trouver (enfin) un pour travailler de ses mains : une lubie qu'il vaut mieux garder dans un coin de sa tête ? Les élèves de l'Ecole Supérieure d'Ebénisterie d'Avignon affirment le contraire. Et pour cause : l'établissement accueille 80 % d'adultes, dont des femmes, en reconversion. Reportage.

Une école unique en France
Lâcher un job ennuyeux pour travailler de ses mains : une lubie qu'il vaut mieux garder dans un coin de sa tête ? Les élèves de l'Ecole Supérieure d'Ebénisterie d'Avignon nous affirment le contraire. Et pour cause : l'établissement accueille 80 % d'adultes en reconversion. Aucun diplôme demandé à l'entrée, juste une motivation en béton. Alex Suau, un des deux frères à la tête de l'école, l'assure : "''On cherche des gens qui ont à potentiel à libérer. La plupart n'ont jamais touché un bout de bois, on les prend à 0 et on en fait des professionnels en 10 mois''". Le secret de cette formation express : un travail intensif (7 oeuvres à réaliser, 38h de cours par semaine) et une pédagogie innovante. Plus jeune Maître Ebéniste de France à 21 ans, Louis Suau a ouvert l'ESEA en 1983, rejoint 6 ans plus tard par Alex, le gestionnaire.

Un diplôme homologué
De plus en plus de femmes frappent à leur porte, elles représentent aujourd'hui un tiers des 57 élèves. Ce n'est pourtant pas gagné : "''A qualité égale, elle devront davantage s'imposer et montrer ce qu'elles savent faire à la sortie''" déplore Alex Suau. Prof de plongée, commerciale, employée de bureau... Elles côtoient des jeunots et des baroudeurs à la retraite, originaires de Bretagne, de la Réunion, mais aussi de Hollande ou du Brésil : un vrai melting-pot !
12 000 € l'année, ce n'est pas donné. Mais à ce prix là, tout le matériel est fourni et rapporté à l'heure (7,80 €), il défie toute concurrence. De toute façon, seuls 20 % des élèves mettent la main à la poche. Les autres sont financés par un Congé individuel de formation (CIF) ou par la région. A la clé, un diplôme homologué par l'Etat niveau IV.

Le bonheur est dans la reconversion

Créer sa propre entreprise Concentration, les élèves travaillent sur le projet en cours, à créer de A à Z : un bas-relief pour la spécialisation sculpture, une table de jeux pour la section ébénisterie. Chantal, 55 ans, s'est inspirée des affiches de l'expo Archimboldo pour son panneau sculpté. Elle jubile : "''Je suis au Nirvana ici''". Comme beaucoup d'autres élèves, sa passion pour le travail manuel ne date pas d'hier mais a été étouffée dans l'œuf : "''Plus jeune, je voulais faire l'école du Louvre mais mes parents préféraient quelque chose de plus'' "sérieux" ''alors j'ai fait médecine et je devenu cytotechnicienne dans un labo. J'ai toujours gardé en tête l'idée de me reconvertir une fois ma fille élevée. Aujourd'hui, c'est le moment !''" Elle a dû persévérer 3 ans avant d'obtenir un CIF et doit encore plusieurs mois de travail à l'Etat. Mais pas question de bosser à temps plein : elle compte bien préparer la création de sa propre entreprise.

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Investir pour l'avenir Occupée à tailler dans le bois une belle volute, Marie-Jo, 34 ans, est une autre reconvertie heureuse. Elle en avait assez de son travail au service contentieux d'une caisse primaire et des clients râleurs. Son mari, resté chez eux en Corse, l'a encouragée à s'inscrire. "''J'ai tenté l'expérience pour vivre sans regrets, sans penser à une reconversion. Mas aujourd'hui, c'est clair : je veux en faire mon métier.''" Malgré les sacrifices financiers, elle compte bien effectuer une deuxième année à l'école, cette fois dans la section sculpture. Histoire d'ajouter une corde à son arc pour ouvrir un atelier de création et restauration de meubles. "''Ce sera sans doute plus éprouvant, mais côté bien-être, ça va tout changer...''".

Plus d'infos Le site de l'ESEA Tél. / 04.90.33.90.58

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